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26 mai 2006

Note n°6 - POURQUOI LES BRONZES ANIMALIERS SONT-ILS CHERS ?

Quelle tristesse de penser que Barye fit faillite avec sa fonderie, que Bugatti eut bien du mal à survivre, réclamant à ses proches, en particulier son frère, qu’on lui payât les bronzes qu’ils détenaient, afin qu’il puisse régler sa note de chauffage. Alors qu’aujourd’hui, les « Barye » fondus par Barye valent une fortune et quand un Bugatti est en vente, l’annonce fait toute une page dans la Gazette de Drouot !

Les trois premières raisons – absolument évidentes – de la cherté d’un bronze sont : le choix du sujet, la qualité de sa réalisation (fonte) et sa rareté.


Le choix du sujet :

Les peintures de bateau d’un peintre de la marine sont presque toujours plus cotées que ses scènes de genre, ses paysages de campagne, ses animaux. De la même façon, on attend généralement d’un sculpteur animalier qu’il fasse… des animaux. Du coup, ses personnages, par exemple, sont souvent moins cotés. Evidemment, il y a mille exceptions à cette règle.

Il y a aussi les « spécialités » : chez Bugatti, tout est maintenant hors de prix puisque ce sont généralement ses œuvres qui battent tous les records de prix, mais ce sont ses fauves les plus inabordables.

Pourtant, si l’on met de côté l’aspect placement financier, il me semble certainement plus intéressant d’avoir une pièce rare, atypique. Un marchand, à Metz, m’a un jour dissuadé d’acheter le « Tigre et gavial » de Barye, me disant que je me lasserai vite de le voir partout (c’est une des œuvres les plus connues de ce sculpteur). Avec quelques années de recul, je vois comme il avait raison.

Enfin, il y a des sujets porteurs : une scène trop sanguinaire rebutera beaucoup d’acheteurs ; les moutons, les cochons, les chèvres ne plaisent pas à tout le monde, alors qu’un cheval, un chien, une scène orientaliste, un fauve font toujours mouche. Il me semble que les sangliers et cerfs ont un peu lassé les acheteurs. De même, les scènes militaires un peu trop romantiques, du style « La dernière cartouche », « En vedette » (ce qui signifie ; sentinelle faisant le guet), « Le courage militaire » sont passés de mode et ne s’adressent plus guère qu’à un public averti, habitant Saumur ou Coëtquidan ! Ces pièces peuvent pourtant être remarquables.

 
La qualité de la réalisation :

Il faut ici se référer à mes notes précédentes. La qualité de la réalisation tient d’une part au savoir-faire du sculpteur et finalement à cette question : a-t-il compris l’animal ? A mon sens, Barye en a compris toute la morphologie et Bugatti en a compris toute l’essence. Esquisse, réalisme : il n’est pas possible d’établir de jugement de valeurs entre ces deux approches, qui ont toutes deux donné des merveilles mais ont aussi été prétexte à des œuvres pompières ou absurdes. A force de tout suggérer, on en arrive parfois à ne plus rien exprimer !

La qualité tient d’autre part à la fonte. Ayant déjà écrit sur ce sujet, je ne m’y étendrai pas davantage, si ce n’est pour rappeler que la qualité des Bugatti vient beaucoup des merveilleuses fontes de Hebrard et que les fontes de Valsuani sont généralement remarquables.


La rareté : 

Il y a peu de Bugatti donc ils valent une fortune. A titre d’exemple, un petit bouledogue était en vente l’an dernier à Lyon 100 000 Euros, ce qui a été reconnu comme peu cher. Un marchand a tout récemment proposé plus de 300 000 Euros à un collectionneur pour un très beau fauve. Le collectionneur a refusé….

Les Barye fonte Barye sont rarissimes, les Barye fonte XIXème sont assez rares, les Barye fonte XXème et tardives sont courants ; les prix suivent cette logique.

Le catalogue raisonné de Barye, de MM. Richarme et Poletti, donne de précieuses indications sur les éditions de chaque modèle.

Le piège pour un collectionneur est se voir proposer comme pièce rare un sujet en fait peu emblématique du sculpteur.

 
Et le reste… :

Alain Delon a « fait » la cote de Bugatti et fera celle d’autres sculpteurs parce qu’il les collectionnait et qu’il a mis son immense notoriété au service de ce sculpteur, dont l’extraordinaire talent reste incontestable. Pour les sculpteurs contemporains, le coup de main des galeries est déterminant. Un grand sculpteur peut rester longtemps méconnu parce qu’il n’a pas l’occasion ou la volonté de se faire connaître. C’est ainsi que Righetti a été « découvert » récemment et que ses œuvres magnifiques peuvent enfin être admirées.

J’ai surtout traité ici des bronzes relativement anciens. Concernant les bronzes contemporains, il sont chers parce que sculpter ou modeler prend du temps (mais peindre aussi) et surtout parce que la fonte et la patine sont extrêmement coûteuses : outre la matière première - le cuivre, dont les cours se sont envolés à des hauteurs inimaginables – le travail de la fonderie est compliqué, minutieux, long, demande beaucoup de main-d’œuvre, les fondeurs devant en plus avoir un sens artistique développé. Le sculpteur doit surveiller la fonte, guider le patineur. Il y a peu de fonderie d’art en France et les délais sont maintenant longs (environ 3 mois). Bref, autant de raisons qui font que le collectionneur peut avoir le sentiment que l’artiste se surestime en fixant des prix prohibitifs alors que c’est bien la fonte qui coûte le plus cher. La galerie joue un rôle important, prenant souvent des risques avec des artistes non confirmés et il faut bien qu’elle vive, elle aussi…

22:55 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0)

24 mai 2006

Note n°5 - ET LES FAUX BRONZES ?

Alors, depuis le décret de 1981 (cf. notes précédentes), il n’y a pas de faux bronze?

 

Si, bien sûr. Ils peuvent être issus soit de fonderies peu scrupuleuses qui fondent plus de 12 originaux et trichent sur les numéros (il y a ainsi plusieurs 1/8, plusieurs 2/8, etc), soit de surmoulages (à partir d’un original, on refait un moule qui servira à refondre des bronzes), soit encore de vulgaires imitations d’après un original qui a servi de modèle, sans avoir recours à un moulage, soit encore de fontes à partir de moules originaux anciens, mais ne portent pas la mention « Copie ».

 

Comment s’y retrouver ? Il faut d’abord faire attention à la finesse des détails. On voit souvent sur des sites de ventes aux enchères internet par exemple, des modèles pompeusement appelés « Barye », « Mène », et qui sont grossiers, lourds, très laids. Le « lion au serpent » de Barye doit avoir été reproduit à un nombre incalculable de fois, dans toutes les matières !

Il faut également bien chercher si le mot « Reproduction » n’a pas été camouflé. Le Louvre édite, tout à fait légalement, de très jolies reproductions en résine (avec la mention « reproduction »), mais il arrive que des petits malins prennent soin de masquer cette mention.

Il faut toujours retourner un bronze pour voir comment il est monté : forme des éventuels écrous, vert-de-gris, etc. Mais là aussi, on trouve des bonnes imitations.

La marque du fondeur est souvent riche de renseignements. Par exemple, selon les époques, le fondeur Barbedienne signait ses fontes de différentes façons : Barbedienne Paris, Barbedienne fondeur Paris, en majuscules, en minuscules, etc. Au fil des années, Barye lui-même a fait évoluer sa signature. On arrive ainsi à dater un bronze avec précision.

 

Et puis il y a ce qui ne trompe pas - ou pas beaucoup, mais qui prend des années, nécessite de lire beaucoup, de voir énormément de vrais et de faux, mais permet souvent au premier coup d’œil de négliger une pièce et de se jeter sur une autre : l’expérience. Pour en avoir un échantillon, amusez-vous à rechercher « Barye » sur les sites de ventes aux enchères de particuliers : vous verrez tout de suite les grotesques imitations et les très rares pièces valables. Le prix est généralement un bon critère.

 

Pour vous cultivez, taper « Barye », « PJ Mène », « Frémiet », « Fratin », « Rembrandt Bugatti », etc, sur internet. Vous trouverez de très nombreuses photos, en particulier sur les catalogues de ventes aux enchères.

Il y a aussi quelques publications, parfois exhaustives (catalogue raisonné de Barye, de Frémiet, de Bugatti), hélas trop rares. J’en dresserai bientôt une petite liste sur ce blog.

13:45 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arts

23 mai 2006

Note n°4 - UN BRONZE ORIGINAL ? UNE COPIE ? UNE SURMOULAGE ?

Certains s’étonnent de retrouver, au hasard des galeries et des ventes aux enchères, des bronzes identiques en multiples exemplaires ; d’autres pensent qu’un sculpteur contemporain pourra faire fondre 10, 20 50 exemplaires de son modèle ; on dit aussi qu’il y a beaucoup de faux bronzes et qu’il est très difficile de reconnaître les vrais…

 

En réalité, il faut distinguer la période avant et après le décret du 3 mars 1981, qui a réglementé la production d’éditions originales.

 

Ce décret prévoit que l’artiste doit choisir le nombre d’épreuves qu’il va produire :

-         soit « tirage original » : huit en chiffre arabes (1/8, 2/8,… 8/8) et quatre en chiffres romains (I/IV, II/IV, … IV/IV). Bien que de qualité identique aux huit premières, ces quatre dernières portent le cachet EA, soit « Epreuve d’artiste ». ; en principe, elles ne sont pas destinées à la commercialisation, mais à l’artiste, ses proches, ses amis…

-         soit pièce unique gravée « PU »

-         soit multiples au-delà des 12 exemplaires numérotés, par exemple 1/50, 2/50, jusqu’à 50/50.

 

Le texte prévoit que, outre le numéro de l’épreuve ainsi défini, un bronze doit obligatoirement comporter la signature du sculpteur, le cachet du fondeur et le millésime de l’année de la fonte.

Enfin, le décret précise qu’une reproduction est un « surmoulage réalisé lorsque l’œuvre est tombée dans le domaine public, c’est-à-dire 70 ans après la mort de l’artiste. Le mot « reproduction » est alors gravé sur la pièce. ».

 

Tout semble clair. Théoriquement… Car en fait ce texte est très récent (25 ans) et les bronzes antérieurs ne faisaient l’objet d’aucune réglementation de cette sorte. De plus, de nombreux fondeurs, comme Susse et Barbedienne, par exemple, fondaient volontiers les œuvres en plusieurs dizaines voire centaines d’exemplaires. Ce n’est pas pour autant qu’elles étaient de qualité médiocre : d’une part, le savoir-faire de ces grands fondeurs était exceptionnel, d’autre part, si le décret de 1981 a eu pour mérite de réguler le marché du bronze d’art, ce n’est pas parce qu’il prévoit qu’il y a 12 originaux que les pièces suivantes seraient de moindre qualité. Enfin, pour ajouter un peu à la confusion, certains fondeurs du XIXème siècle choisirent volontairement de numéroter leurs pièces.

 

Mes bronzes sont numérotés 1/8 à 8/8 et I/IV à IV/IV.

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21 mai 2006

Note n°3 - LA FONTE

Les modèles en photo sur ce site ont été réalisés selon le procédé de la « fonte à cire perdue avec préservation du modèle original », même si cette préservation est souvent un peu théorique (cf. note « Le travail de la terre »). 

Ce travail est confié à une fonderie d’art expérimentée et reconnue dans toute la région Rhône-Alpes et Provence, la fonderie Barthélémy, située à Crest près de Valence.

C’est une technique ancienne, utilisée depuis la Renaissance et aujourd’hui de très loin la plus courante. Voici, très résumées, les principales étapes :

 

-         On applique sur le modèle en terre, cuite ou non, un produit protecteur puis une couche de produit élastomère qui va parfaitement épouser la forme et les détails du modèle. Puis après séchage, l’élastomère est retiré, en plusieurs parties, et le modèle original est théoriquement intact. En réalité, les parties fragiles sont souvent cassées mais peuvent parfois être recollées.

-         Dans le moule élastomère ainsi réalisé, on étale avec le plus grand soin une fine couche de cire. Puis le cœur est rempli plus rapidement avec de la cire (pour les petits modèles, qui seront donc pleins) ou avec du matériau réfractaire (pour les plus grands modèles, qui seront donc creux). Plus la couche est fine, plus le bronze sera fin et léger, ce qui est une grande qualité. Mais il faut reconnaître qu’il est bien difficile d’obtenir aujourd’hui des fontes aussi fines que celles d’autrefois, celles qui font que certains bronzes anciens de Barye sont extrêmement légers et même parfois troués quand ils sont un peu usés

-         Quand elles sont bien refroidies donc rigides, les différentes parties en cire sont assemblées et l’on obtient donc la réplique exacte en cire du modèle original en terre.

-         Ce modèle en cire est ensuite noyé dans un « moule de potée », épais (pour résister à la pression du bronze en fusion) et bien sûr non combustible. Il est constitué d’argile, plâtre, brique, etc. On laisse des « égouts » et des « évents » pour l’écoulement de la cire et l’arrivée du bronze. L’ensemble est cuit : la cire fond donc et s’écoule. Il ne faut pas qu’il reste la moindre parcelle de cire. Puis le bronze est coulé et occupe l’espace vide ainsi laissé par la cire.

-         Le moule de potée est brisé et il reste le modèle en bronze, qui doit encore être ébarbé, limé, réparé, ciselé, décapé voire assemblé lorsque des pièces sont coulées séparément.

-         La patine est réalisée avec des oxydes qui altèrent superficiellement le bronze, chauffé au chalumeau. Le « patinage » est un vrai travail d’artiste, difficile et délicat. A la fonderie, chaque patineur a son « coup de main » qui lui est propre. La pièce est ensuite cirée, à chaud (elle sera très brillante) ou à froid. On peut obtenir toutes les teintes de patine : rouge, bleu, jaune… De nos jours, les patines des sujets animaliers sont le plus souvent marron foncé ou noir (nitrate d’argent chauffé), alors que les bronzes plus anciens, en particulier ceux du XIXème siècle, étaient volontiers vert, marron clair, dorés, argentés.

 

Pour terminer, la composition du bronze, qui est donc un alliage : plus de 85% de cuivre (dont le prix flambe littéralement depuis un ou deux ans), environ 6% d’étain et quelques % de plomb, zinc, fer.

Le « régule » n’est pas du bronze mais un alliage contenant beaucoup moins de cuivre, donc plus léger, plus fragile aussi, et considéré comme de bien moindre qualité.

23:10 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0)

Note n°2 - LE TRAVAIL DE LA TERRE

Il existe plusieurs façons de sculpter. En réalité, les pièces présentées ici sont issues du modelage. En raccourci, on peut dire que lorsqu’on enlève de la matière, on sculpte (une statue en bois, en marbre…) et quand on en ajoute, on modèle (plâtre, terre, cire…). 

 

Ici, les animaux ont donc été modelés à partir d’un bloc de terre glaise, préparée spécialement à cet effet, alternativement avec les doigts et avec des petits outils en bois ou en métal, que l’on appelle mirettes. Mais de nombreux petits ustensiles de la vie quotidienne sont souvent bien utiles : crayon, clou, morceau de bois, pinceau…

 

La terre ne sèche pas tant qu’elle est étroitement couverte par un plastique. En revanche, à l’air libre, elle sèche, plus ou moins vite, ce qui oblige à la mouiller au vaporisateur. Mais cet inconvénient peut être un avantage : pour travailler certains parties fines, il vaut mieux parfois que la terre soit plus sèche, plus rigide. Pour coller des pièces entre elles, on a recours à un mélange de terre et de beaucoup d’eau, préparé un peu à l’avance, et qui a la consistance du beurre bien mou.

 

Il existe de nombreuses sortes de terre : blanche, grise, rouge, etc. Leur composition est différente et chaque artiste a ses préférences. La terre change radicalement de couleur selon qu’elle est humide, sèche ou surtout cuite (à très haute température et dans des fours particuliers). Par exemple, les modèles ici présentés ont tous été réalisés en terre rouge. Elle apparaît pourtant beige, mais c’est parce qu’elle est « crue ». Elle prend une belle couleur rouge brique à la cuisson. Cuite ou non, elle peut être teintée avec des pigments de toutes couleurs.

 

Pourquoi cuire les pièces ? C’est toujours un grand risque : une petite bulle d’air laissée pendant le modelage - ce qui est fréquent - fera éclater la pièce, au mieux en quelques morceaux que l’on recollera avant de lisser l’ensemble avec du plâtre, au pire en de nombreux petits morceaux irréparables. Mais cuire une pièce la rend beaucoup plus solide puisqu’elle devient dure comme de la pierre et pourra donc être conservée. Si elle est destinée à la fonte, elle pourra généralement être récupérée après la fonte, qui la malmène un peu. Une pièce en terre non cuite ressort en miettes de la fonte.

23:05 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2)