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31 mars 2010

LA GRANDE FALSIFICATION

Un petit livre paru récemment fait grand bruit en ce moment dans le monde des artistes, galeries, salles des ventes, collectionneurs et jusque sur le site du libraire en ligne Amazon.fr où les commentaires se répondent. Il s'agit de "La Grande Falsification - L'art contemporain" de Jean-Louis Harouel (Avril 2009 - Editions Jean Cyrille Godefroy - 172 p. - 15 Euros).

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L'auteur est diplômé de Sciences Po., Agrégé des Facultés de droit, professeur à Paris II, grand connaisseur de la pensée de l'économiste Jean Fourastié et spécialiste de la sociologie de la culture ("Culture et contre-cultures" - 3ème éd. PUF 2002).

Sa thèse n'est pas tout à fait nouvelle mais elle est claire, documentée, illustrée, écrite d'une plume alerte, et par moment le déboulonnage enthousiaste de quelques grandes figures de l'art moderne est très drôle.

En résumé, l'auteur identifie le début de la crise de l'art - il traite essentiellement de la peinture et un peu de la sculpture mais pas du théâtre - à l'irruption de la photographie, qui a fait paniquer les artistes, persuadés que désormais leur travail de transcription du réel disparaîtrait au profit de cette nouvelle technique. S'en est suivie une tentative de sacralisation de l'artiste pour son rôle de medium, voyant, messie, en communication directe avec la nature ou les forces surnaturelles. Alimentée par une certaine philosophie plutôt obscurantiste et essentiellement d'origine allemande (XIXème), cette tendance poussée à l'extrême a abouti à détacher totalement l'artiste de la création. Autrement dit, puisqu'il est adoré en tant qu'artiste et non plus en tant que créateur d'oeuvres admirables, il peut faire n'importe quoi - ou même rien ! - et doit même si possible se laisser totalement aller : plus je suis moi, plus on m'aime, donc je ne produis plus aucun effort, aucune idée, aucune recherche et ainsi je serai pleinement moi-même, laissant s'exprimer sans contrainte mon essence divine.

Les meilleurs exemples cités en sont d'une part cette exposition il y a quelques années dans une galerie parisienne "branchée" où il n'y avait... rien, les visiteurs étant prié d'entrer deux par deux, de se placer au centre de la pièce, de fermer les yeux et de percevoir les ondes de la création, d'autre part l'exposition par un artiste connu de ses excréments en boîte de conserve (tout ce qui vient d'un dieu est donc digne d'admiration...).

Bien sûr, comme toujours, cette tendance a été récupérée par tous ceux qui y ont vu la possibilité de gagner beaucoup d'argent, soit directement en vendant très cher ce qu'un enfant de 5 ans réaliserait en dix minutes ou ce qu'une usine produit quotidiennement à des centaines d'exemplaires, soit indirectement en bénéficiant d'une publicité massive et gratuite via l'exposition de collections d'art moderne.

En lisant ce livre, je repensais à quelques anecdotes vécues :

-  Un jour, en compagnie du Conservateur, je visitais le musée d'art moderne d'une grande ville française. Comme nous étions pressés, la visite se faisait un peu au pas de charge. Poussant la porte d'une salle encombrée de gravas et de sacs poubelles, il s'excusa que les travaux n'étaient pas tous finis. Après réflexion, il fit marche arrière et retourna dans la salle : il s'agissait non pas d'un chantier mais d'une oeuvre d'art... Il en était un peu confus !

- Un artiste-peintre, deuxième Prix de Rome et décédé aujourd'hui, m'a raconté qu'un de ses amis artiste, de nos jours très connu (et dont je préfère taire le nom), avait trouvé dans un magasin de bricolage une sorte de pâte durcissant à l'air libre et l'avait fait déborder d'une valise entrouverte. "Tu vas voir que ces c... là vont l'acheter très cher" disait-il... Pari gagné !

- J'ai présenté un jour mes éléphants en bronze à une galerie d'art lyonnaise. Après avoir regardé le travail de modelage et admiré la fonte, on m'a dit que c'était très bien mais que pour être exposé dans cette galerie, il fallait faire la même chose mais très moderne, avec des angles droit et quelques gros trous en plein milieu...

- Dans le livre d'or de l'exposition Pinault à Dinard, en 2009, il y avait cette perle : "Madoff avait encore beaucoup à apprendre".

Si l'art n'est plus qu'une idée, est-ce de l'art ? Peut-on réellement dire que la seule fonction de l'art est de "poser question" quand la réponse est immédiate ? Comment peut-on accorder le Grand Palais à un "plasticien" qui se contente d'empiler des montagnes de vêtements ? N'y a-t-il plus aucun grand artiste figuratif contemporain puisqu'aucun n'a droit à une telle enceinte ? Pourquoi le fait d'annoncer que tel artiste "se pose des questons sur la mort", est "interrogé par le temps qui passe" lui donne-t-il automatiquement un statut hors norme alors que mon boucher, le gardien de phare et le PDG d'IBM se posent les mêmes questions ?

Bien entendu, le livre de de J.-L. Harouel est proche du pamphlet et parfois un peu caricatural, mais il faut s'efforcer - ce qui est facile - de comprendre le message et admettre qu'un petit livre d'environ 170 pages ne peut contenir toutes les nuances qui s'imposent. C'est un livre à lire absolument. Je ne critiquerai qu'un seul passage, celui où l'auteur se moque de la "fièvre créatrice" et de la très grande émotion quasi-surnaturelle de l'artiste lorsque l'oeuvre apparaît entre ses mains de peintre ou de sculpteur. Cette émotion est réelle et n'est pas qu'une posture.

Une chose est rassurante toutefois : j'observe que l'éblouissement devant l'art contemporain se tasse, sans doute après les déconvenues de certains suite à la crise économique, et que les amateurs sont de plus en plus nombreux à dire que le roi est nu...

20:31 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (3)

30 mars 2010

EXPOSITION GUSTAVE MOREAU

Le Musée Gustave Moreau, situé 14 rue de La Rochefoucauld à Paris (9ème - M° : Trinité ou Saint-Georges), présente jusqu'au 17 mai une très intéressante exposition sur les sculptures de ce grand artiste.

Né en 1826 et mort en 1898, il fut membre de l'Académie des Beaux-Arts, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts, se passionna très jeune pour le dessin, l'art classique italien, était considéré comme un maître par les "Fauves" (Matisse, Marquet, Rouault...) et très apprécié de la bourgeoisie napoléonienne, mais avait l'image d'un être un peu mystérieux.

Il faut visiter sa maison, transformée par lui-même en musée, où l'on peut admirer tableaux, dessins, cires et bronzes. Un monumental escalier à vis permet d'accéder à son atelier.

L'exposition qui s'y tient en ce moment permet de voir des sculptures en cire jamais exposées, qui ont été soumises à d'intéressants tests scientifiques. On y découvre ainsi que Moreau utilisait comme armatures des petites formes humaines en métal vendues dans le commerce, à la différence des autres artistes, qui "bricolaient" eux-mêmes leurs armatures. A l'inverse, Moreau composait probablement lui-même sa cire en mélangeant résines, amidons, pigments divers afin d'obtenir la consistance et la couleur qui lui convenaient.

Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 17h15.

Pour en savoir plus sur ce musée et l'exposition : http://www.musee-moreau.fr/index_u1l2.htm

13:59 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)

20 mars 2010

ALAIN DELON COLLECTIONNEUR

Alain Delon est un grand amateur d'art. Il possède une très belle collection de bronzes animaliers, de peintures modernes - bien qu'il en ait vendu une grande partie - et de dessins. A l'occasion du Salon du Dessin à paris, il expose une quarantaine d'oeuvres, souvent très anciennes : Cocteau, mais aussi Géricault, Rembrandt, etc.

La Gazette de Drouot datée de ce vendredi 19 mars 2010 fait paraître une grande interview de l'acteur, qui raconte les débuts de cette passion, ses trouvailles et ses beaux achats, les artistes sont il recherche les oeuvres.

J'ai été surpris et heureux de voir que le journaliste, Alexandre Crochet, mentionnait mon gorille Platon trônant dans le bureau d'Alain !

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00:52 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

19 mars 2010

LA VALEUR D'UN BRONZE (28/2) : LEVRETTES DE MENE ET LEVRIER DE GAYRARD

Cette note fait suite à la note 19/1, qui traite d'un autre lévrier.

Voici encore des lévriers, ou plus précisément des levrettes. Elles sont de la main de Pierre-Jules Mêne, immense sculpteur français (1810-1879). Pour prendre connaissance de son oeuvre, d'une finesse remarquable, il faut se reporter à l'excellent Catalogue raisonné par MM. Poletti et Richarme (Univers du Bronze - Paris).

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J'ai déjà abondamment parlé sur ce site de Mêne, de sa famille - dont son gendre Caïn, de ses sujets de prédilection que constituaient les chevaux et les chiens, de son très grand succès qui ne cesse toujours pas.

La plupart des chiens de Mêne portent un prénom. Les deux levrettes ici présentées s'appellent Jiji pour la plus grande et Giselle pour la plus petite.  Comme il en avait l'habitude, Mêne en a tiré également des éditions fractionnées (un seul des deux chiens).

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Il faut observer de près ces animaux et admirer la finesse des pattes, l'attitude extrêmement bien saisie de ces chiens fragiles et maniérés à l'excès, leur museau pointu. Il existe de nombreuses versions de la terrasse, plus ou moins finement travaillée, selon la liberté prise par le ciseleur. Celle du bronze de notre internaute est très belle. Par comparaison, le lévrier couché de Gayrard (note précédente) paraîtrait lourdaud !

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Ce sujet est l'une des oeuvres de Mêne les plus fréquentes en salle des ventes, et de très nombreuses copies plus ou moins heureuses ont été réalisées. Curieux destin pour un sujet qui a été refusée au Salon de 1847 (mais présenté quand même en 1848).

Même si rien ne remplace un examen attentif de la pièce en réalité, on peut dire que l'exemplaire qui nous est ici présenté est une très belle fonte, certainement ancienne, comme le montre le montage sous le socle. La ciselure est fine, la patine est jolie : c'est une bonne pièce. Elle mesure 21 cm de long (terrasse) x 12 cm de large x 15 cm de haut, ce qui correspond bien aux dimensions "officielles" (les surmoulages ne sont pas exactement de la bonne taille).

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Voici quelques résultats d'enchères, qui montrent la fréquence de son passage en salle des ventes :

- 18 déc 2009 à Drouot : estimée 1500 à 2000 Euros et vendu 1600 Euros

- 18 mai 2008 à St-Germain-en-Laye : estimée 1500 à 2000 Euros mais invendue

- 8 juin 2007 à Drouot : estimé 1500 à 2000 Euros et vendu 2880 Euros (probablement frais inclus)

- 30 mai 2007 à Drouot : estimée 1500 à 2000 Euros et vendue 1730 Euros (idem)

- 28 janv. 2004 à Drouot : estimée 1200 à 1500 Euros et vendue 1925 Euros (idem).

Je crois qu'on ne prend pas beaucoup de risque à l'estimer entre 1500 et 2000 Euros, mais à mon avis la qualité de cette pièce la situe en haut de la fourchette.

Vous voulez connaître la valeur d'un bronze animalier et l'histoire du sculpteur ? Envoyez à damiencolcombet@free.fr les dimensions précises et des photos très nettes de la pièce, la signature, l'éventuelle marque de fondeur, le dessous du socle.

23:54 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)

LA VALEUR D'UN BRONZE (28/1) : LEVRETTES DE MENE ET LEVRIER DE GAYRARD

Monsieur Joël M. m'a envoyé de très bonnes photos de deux bronzes représentant tous les deux des lévriers : l'un est de Pierre-Jules Mêne et l'autre est de Gayrard. Il est intéressant de les comparer. J'y consacre donc deux notes successives.

Le premier représente un Lévrier couché. Il est parfois appelé "Lévrier afghan". On connaît ces grands chiens élégants à poils longs qui leur donnent l'air de danser lorsqu'ils marchent ou trottent. Ils sont un peu passés de mode mais il y a encore quelques dizaines d'années, on en voyait beaucoup (avez-vous remarqué que l'on ne voit plus de grands caniches ?). En réalité, même s'il a le poil plus long que les grands lévriers uttilisés pour les courses en Angleterre, ce chien ne me semble pas être un Afghan.

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Ce bronze est l'oeuvre de Paul Joseph Raymond Gayrard (1807-1855), dont le père Raymond était lui-même sculpteur et précurseur avec Barye de l'art animalier. Elève de Rude (auteur de "La Marseillaise" de l'Arc-de-Triomphe) et de David d'Angers ("l'ennemi" de Barye), il exposa très jeune, à 20 ans, au Salon à Paris et connut un très grand succès, en particulier pour ses chevaux et ses chiens, mais aussi pour ses personnages : les Evangélistes de l'église Ste-Clothilde à Paris, des bustes de personnages célèbres, une statue équestre de Napoléon III (plus précisément "Le Prince-Président Louis Napoléon").

Curieusement, sa renommée s'est un peu effacée de nos jours et l'on connaît surtout deux de ses pièces : "le Singe jockey", qui monte un cheval sautant une haie, et notre chien couché.

On note qu'il est signé : "Gayrard London 1848", ce qui laisse évidemment supposer qu'il s'est rendu au Royaume-Uni, mais, selon Pierre Kjellberg ("Les Bronzes du XIXème siècle), on n'en a pas la certitude.

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C'est un joli sujet, très fin, ce qui se vérifie aux pattes avant, à la ciselure du socle représentant feuilles et branchages. Le dessous du socle révèle une fonte ancienne. Mais, d'une part un animal totalement couché (la tête repose sur le sol) est moins plaisant qu'un sujet moins passif, d'autre part il a souvent été édité. Il ne rencontre donc pas un très grand succès en salle des ventes, comme le montrent les résultats relevés :

- 27 mars 2009 à Drouot : estimé 500 à 700 Euros mais invendu.

- 11 novembre 2009 à Londres : estimé 3000 à 5000 GB£ (beaucoup trop cher !) mais invendu.

- 5 novembre 2003 à Drouot : vendu à 550 Euros.

- 12 février 2002 aux Etats-Unis : estimé 1000 à 1500 US$ mais invendu

- 31 mars 1996 à Soissons : vendu 2600 francs (environ 400 Euros).

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On peut donc l'estimer aux environs de 500 Euros, ce qui n'est pas très cher pour un bon sculpteur et une pièce de cette taille (32 cm de long x 15 cm de profondeur x 13 cm de haut). Il existe une réduction en plâtre de ce chien, mesurant environ 20 cm de long. J'ignore si elle a été fondue en bronze. 

23:09 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)