Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27 février 2011

LE ZOO DE VINCENNES (3)

Suite des deux notes ci-dessous :

Le journal Le Monde du 19 février nous donne des nouvelles du projet de rénovation complète du zoo de Vincennes : la Commission départementale des sites, perspectives et paysages de Paris a émis un avis favorable sur le projet tout en émettant de sérieuses réserves, formulées dans le rapport de l'architecte des Bâtiments de France Alain Terseur.

Les critiques formulées sont sévères : "insuffisances graves sur l'aspect architectural" des constructions, "absence de qualité et définition plastique". Il estime que "le recours aux écrans, aux filtres, aux camouflages, filets, treilles (..) est une facilité et une certain précarité". L'architecte regrette "la suppression de 528 arbres", "la banalité des constructions", l'absence de toitures végétalisées et la destruction de tous les rochers artificiels, à l'exception du plus haut.

Le Muséum, propriétaire du zoo, a réagit par la voie de son Directeur général, Thomas Grenon : "on ne fait pas un geste architectural mais paysager, avec un point de vue fondamental : le bien-être des animaux".

Une phrase de M.Grenon, cité par Le Monde, m'a toutefois étonné quand on connaît l'histoire du zoo de Vincennes (cf. note "Le zoo de Vincennes (1)") : "le décor de 1934 est inadapté à la gestion d'un zoo moderne. A l'époque, on montrait les animaux les uns à côté des autres derrière des barreaux". Phrase détournée de son contexte ? Erreur de M.Grenon ? Je ne sais, mais l'originalité du zoo de Vincennes était précisément de montrer les animaux sans barreaux !

Dossier à suivre, donc !

25 février 2011

LE ZOO DE VINCENNES (2)

Dans le journal Le Monde daté du 26 novembre 2010, un grand article intitulé "Le zoo de Vincennes pourrait perdre ses rochers".

La note ci-dessous ("Le zoo de Vincennes (1)") expliquait la genèse de cet espace zoologique. Je me souviens de l'avoir visité enfant et d'avoir été impressionné par la qualité de ce parc, la diversité de la faune et les monumentaux rochers. C'est là que j'y ai vu pour la première fois un okapi et un rhinocéros. Siam l'éléphant d'Asie avait déjà ses gigantesques défenses se croisant devant la trompe (il est maintenant - mal - naturalisé à la Grande Galerie de l'évolution), et les girafes étaient nombreuses. On pouvait déjeuner juste à côté de l'enclos du guépard.

Le Monde nous apprend que le zoo de Vincennes, qui s'étend sur 14,5 hectares, est fermé depuis 2008, les animaux ayant été soit maintenus sur place (girafes, par exemple), soit envoyés vers d'autres zoos comme Thoiry. De grands travaux sont prévus avec une réouverture envisagée en 2014. Bouygues, La Caisse des Dépôts et d'autres sociétés se sont associées dans une structure ad hoc appelée "Chrysalis", qui finance le projet de rénovation et assurera la maintenance du zoo en se rémunérant sur le prix des billets d'entrée pendant 25 ans. L'Etat, propriétaire du zoo (le terrain appartient toutefois à la Ville de Paris), financera 30 des 135 millions prévus.

Il est prévu de créer 6 biosphères : Savane-Sahel, Europe, Patagonie, Guyane, Madagascar et forêt équatoriale.

Un appel d'offre a été lancé en 2005 mais les lauréats ne l'ont pas été bien longtemps. TNPlus avait imaginé un très beau projet dont le coût a été estimé à 250 millions, donc beaucoup trop. Ce chiffrage est contesté par TNPlus, mais Bouygues a remplacé les lauréats par une nouvelle équipe constituée autour de l'architecte suisse Bernard Tschumi. Les travaux devraient démarrer en 2011.

Le projet Tschumi est à son tour contesté : il passerait par une suppression de tous les rochers, hormis le plus grand. Est-ce le bon choix ? Ne devraient-ils pas être classés monument historique ? Faut-il au contraire repartir de zéro ?

Suite de cette aventure sur ce site dans deux jours.

23 février 2011

LE ZOO DE VINCENNES (1)

J'ai lu récemment un petit livre très intéressant sur la genèse du zoo de Vincennes. Il a été écrit en 1947 par Henry Thétard, que les amateurs de cirque connaissent bien pour sa "Merveilleuse histoire du cirque", ouvrage de référence dans ce domaine, même si Madame Violette Médrano m'a dit que certains passages étaient selon elles un peu éloignés de la vérité.

Thétard 1.jpg

Le zoo de Vincennes est né avec l'Exposition Coloniale de 1931, dont le Maréchal Lyautey était Commissaire Général. Lors de son discours d'inauguration, le 7 mai, le Président Paul Reynaud expliquait : "Le but essentiel de l'Exposition est de donner aux Français conscience de leur Empire. La France sait qu'elle a un Empire outre-mer, elle n'en a pas acquis la certitude profonde et compréhensive, l'Exposition lui offre l'occasion d'en prendre conscience ; elle restera sans profit si elle ne provoque pas une transformation de l'esprit public".

De mai à novembre 1931, le nombre de visiteurs sera très important : 33 millions soit près de 180 000 personnes par jour. C'est un évènement considérable, à la mesure des moyens mis en oeuvre : constructions, aménagement du paysage, mobilisation de nombreux artistes parmi lesquels, par exemple, le sculpteur animalier Paul Jouve.

Thétard 2.jpg

Début mai 1929, trois ans auparavant, Lyautey assiste à un gala du Cirque de Paris et, à l'issue de la représentation, rencontre Henry Thétard, qui présente ce soir-là un numéro de dressage d'une dizaine de lions prêtés par le très grand dompteur Alfred Court. Lyautey explique à Thétard qu'il a décidé de montrer un jardin zoologique lors de l'Exposition coloniale et lui demande qui pourrait réaliser ce projet. "Un seul homme, lui répond Henry Thétard : Hagenbeck".

Malgré la réticence du Maréchal à coopérer avec un Allemand, Thétard raconte les innovations de Carl Hagenbeck et de son fils Lorenz en matière de capture et d'importation des animaux sauvages, et le révolutionnaire zoo de Stellingen. La grande innovation d'Hagenbeck, qui nous semble bien naturelle aujourd'hui tant elle est répandue, est de présenter les animaux dans des décors très élaborés (collines artificielles, plans d'eau, etc) et surtout en évitant au maximum les grilles. Les animaux sont donc séparés des visiteurs par des fossés, des rochers, laissant un peu l'illusion que les bêtes sont en liberté. Pour se rendre compte de l'innovation du procédé, il suffit de comparer la fosse aux ours et les grilles du Jardin des Plantes - même si d'importants efforts ont été faits, là aussi - avec les zoos modernes. 

Thétard 3.jpg

Convaincu, Lyautey entrera en pourparlers avec les Hagenbeck en vue de la création du "petit zoo" dont Henry Thétard sera nommé directeur en avril 1931. L'architecte fût Charles Letrosne (1868-1939).

Il serait trop long de raconter ici tous les épisodes de ce parc qui était à l'origine provisoire et s'est finalement maintenu bien au-delà de l'Exposition coloniale. Le projet initial devait s'étendre sur 6 hectares et présenter un panorama de l'ensemble de la faune de nos colonies, mais pour des raisons financières, la surface fut divisée par deux et l'origine de la faune limitée à l'Afrique. Les travaux furent très importants et connurent quelques déboires. On utilisa 250 tonnes de ciment, 600 mètres cubes de sable et de graviers ; on creusa 4 plans d'eau couvrant au total une surface de 2 200 mètres carrés, alimentés par 900 mètres de canalisations.

Mais on reste surtout frappé par le nombre considérable d'animaux qu'il était envisagé d'installer sur une surface somme toute réduite : 2 girafes, 4 éléphants (qui finalement vinrent d'Inde !), 9 zèbres, 12 autruches, 15 antilopes, 14 lions, 100 babouins, 200 oiseaux divers ! 

Thétard 4.jpg

Henry Thétard raconte avec beaucoup de talent et d'humour le transfert des animaux par train à partir de la base de Stellingen, les querelles et jalousies entre fonctionnaires et avec Thétard, l'acclimatation des animaux, les batailles et les morts, les évasions, les nombreuses observations réalisées sur les pensionnaires du zoo. Il n'est pas étonnant que les bagarres aient été nombreuses avec 14 lions ou encore 100 singes, dont un trop grand nombre de mâles.

L'auteur termine ce livre très intéressant par un exposé de sa vision du zoo moderne et il faut reconnaître qu'il voyait juste.

Finalement, le zoo fut conservé, agrandi et transformé après la clôture de l'Exposition.

Et voici que l'on reparle, ces jours-ci, du zoo de Vincennes (suite dans quelques jours).

"Des hommes et des bêtes" - Henry Thétard - Editions de la Table Ronde - 1947 - 224 p.

20 février 2011

UN "FAUX" MÊNE

Voici une petite anecdote illustrant la difficulté qu'il y a à identifier les "vrais" bronzes des "faux" bronzes.

Il y a quelques semaines, me promenant dans les boutiques des antiquaires, je repère deux bronzes : l'un représente une grande chienne de meute, est signée Mêne et présente une patine dorée. L'autre est une vache allaitant son veau, est également signé Mêne et possède une très belle patine marron foncée.

J'étais certain de la qualité de la chienne, d'une grande finesse (le moindre ongle était parfaitement ciselé). Un examen du dessous du socle montrait des écrous anciens, rouillés et irréguliers. De plus, les patines dorées n'étant plus du tout à la mode, il était certain qu'une fonte ou une copie récente aurait présenté une patine foncée.

Un examen attentif de la vache montrait également une très bonne ciselure et des détails très soignés. Bien entendu, l'antiquaire m'a expliqué que cette pièce valait beaucoup plus que le prix affiché (c'est un argument qui m'a toujours laissé sans voix, n'ayant aucun sens) et que plusieurs personnes étaient très intéressées (forcément...). Je dois dire que j'étais très tenté, mais un vague pressentiment me faisait hésiter. J'ai donc décidé de procéder à un examen extrêmement attentif de la pièce, sous la lumière. J'ai alors repéré deux sabots mal fendus, alors que les bronzes de Mêne et Frémiet sont toujours impeccables, et le ventre de la vache était un peu trop lisse. Nouvel examen jusqu'à découvrir 3 minuscules lettres sur le socle, cette signature étant la marque d'une fonderie contemporaine. La pièce était bien une reproduction, de très grande qualité mais très récente. Cette vache et son veau est d'ailleurs présentée sur le site internet de la fonderie.

Pour m'amuser, j'ai demandé à l'antiquaire, qui n'avait pas vu que j'avais repéré la marque de la fonderie, s'il pouvait garantir par écrit l'authenticité de ce bronze. il m'a répondu qu'il pouvait simplement mentionner : "Porte la signature PJMêne"...

Quels enseignements tirer de cette anecdote ?

En premier lieu que l'on peut toujours faire de bonnes affaires, la chienne saintongeoise, de Mêne, n'était pas chère.

D'autre part, évidemment, qu'il est extrêmement difficile de distinguer un "faux" bronze, si l'on peut appeler ainsi une reproduction récente, d'un "vrai", qui est soit une reproduction ancienne, soit un bronze du vivant de l'artiste. Il est certain que la notion de vrai et faux est toute relative, puisqu'elle se réfère essentiellement au décret du 3 mars 1981, qui prévoit en son article 9 : "Tout fac-similé, surmoulage, copie ou autre reproduction d'une oeuvre d'art originale au sens de l'article 71 de l'annexe III du code général des impôts, exécuté postérieurement à la date d'entrée en vigueur du présent décret, doit porter de manière visible et indélébile la mention "reproduction".

Si l'on fait une lecture littérale de ce décret, un bronze de Barye fondu courant 1980 n'a pas besoin de porter la mention "reproduction" et peut donc passer pour un bronze ancien, tandis que le même bronze fondu fin 1981 doit porter cette mention, ce qui, lorsqu'il est présenté en salle des ventes ou chez un antiquaire, le prive d'une grande partie de sa valeur, alors que le processus de fabrication est le même.

Pourquoi la vache ne portait-elle pas la mention "reproduction" ? Soit parce qu'elle a été fondue avant 1981, soit, plus probablement, parce que cette marque a été masquée, ce qui est facile à faire.

Bref, on comprend que, comme pour un meuble ou un tableau, il n'y a finalement que l'expérience, la connaissance acquise en étudiant des centaines de pièces, qui peut permettre de distinguer une bonne pièce d'une mauvaise.

Enfin, une dernière leçon à retenir de cette affaire : si l'on veut s'abstenir de tout risque lors de l'achat d'un bronze ancien, il faut soit se faire aider d'un expert - mais on n'en a pas toujours sous la main ! - soit privilégier les galeries spécialisées, comme, à Paris, la galerie Tourbillon au rez-de-chaussée du Louvre des antiquaires (M° Palais-Royal Musée du Louvre) ou bien L'Univers du Bronze, rue de Penthièvre.