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30 mars 2013

LA VALEUR D'UN BRONZE (50) : JAGUAR DÉVORANT UN LIEVRE, DE BARYE

Madame G. possède un beau et grand bronze de Barye, "un jaguar et un lièvre". Cette internaute m'a d'abord envoyé, non pas des photos, mais un lien vers ceci, en me disant que son bronze ressemblait beaucoup à celui ainsi présenté, mais en 80 cm de long : http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000034249.html

Quelle chance pour cette personne si cela avait été vrai : la photo, prise au Musée du Louvre, montre un magnifique chef-modèle de Barye, qui dans le commerce vaudrait plusieurs dizaines de milliers d'Euros pour un modèle de 80 cm de long !

Je mentionne cette anecdote pour expliquer que chaque bronze est particulier : une forme générale ne peut être un critère de détermination de la valeur d'un bronze. La taille très précise, la qualité de la fonte, de la ciselure, le montage visible sous le bronze, la présence de la signature de l'artiste, éventuellement du fondeur sont indispensables pour distinguer une copie, une fonte tardive, une fonte ancienne, une fonte du vivant de l'artiste, un chef-modèle, les différences d'estimation entre ces variantes du même modèle étant considérables.

J'ai donc reçu par la suite les dimensions exactes du bronze (91 cm de long x 40 cm de haut x 36 cm de profondeur) et d'excellentes photos.

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Il s'agit bien sûr du "Jaguar dévorant un lièvre" de l'illustre Antoine-Louis Barye (1795-1875), dont j'ai abondamment parlé sur ce site. Ce modèle a été créé en 1850 et édité en bronze pour la première fois vers 1857. Ce sujet a d'abord été créé en 1,037 cm de long x 39,5 cm de haut x 38,6 cm de profondeur. J'avoue être un peu surpris par les 91 cm de long qui m'ont été donnés et qui ne correspondent pas. S'agit-il d'une erreur de mesure ? Je ne sais.
Ce modèle a subi deux réductions de la part du fondeur Ferdinand Barbedienne, l'une en 41,1 cm de long, l'autre en 25 cm de long. Barbedienne a acquis le chef-modèle de cette scène en 1876 et en tira le premier exemplaire en 1877.

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Je n'ai pas trouvé beaucoup d'informations sur ce sujet, pourtant très classique, dans le Catalogue raisonné des bronzes de Barye, ouvrage de référence (MM. Poletti et Richarme - UDB - Gallimard), mais davantage dans le beau "Untamed - The art of Antoine-Louis Barye" de Johnston et Kelly. Ils citent notamment l'accueil que reçut ce bronze lors qu'il fut montré pour la première fois.

Les auteurs expliquent que Barye est retourné au Salon en 1850 après en avoir été absent pendant 18 ans, et a montré cette année-là le Lapithe combattant un Centaure : il rencontra un vif succès. Mais quand 2 ans plus tard, Barye montra le modèle - en terre ou plâtre - du Jaguar dévorant un lièvre, l'accueil fut encore plus chaleureux.

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Voici ce qu'écrivit - de façon un peu confuse, je trouve... - Edmond de Goncourt à son propos :

"Il se fait en ce moment en sculpture le mouvement que nous avons signalé en peinture. L'école historique se meurt dans l'art qui fait palpable comme dans l'art qui fait visible. C'est le paysage qui la remplace en peinture ; ce sont les animaux qui la remplacent en sculpture. La nature succède à l'homme. C'est l'évolution de l'art moderne."

Et quand ce modèle est apparu en bronze à l'Exposition universelle en 1855, Théophile Gautier la commenta ainsi : "C'est un poème que ce groupe, et un poème plein de significations sinistres : la force et la faiblesse, le bourreau et la victime, l'homme et la destinée." Gautier parlera alors de Barye comme du "Michel Ange de la ménagerie", expression restée célèbre.

Bref, le modèle de notre internaute est l'une des belles pièces de Barye. Qu'en est-il maintenant de sa fonte, presque aussi importante ? Une signature "F.Barbedienne Fondeur Paris" est beaucoup moins appréciée par les collectionneurs que la marque "F.Barbedienne Fondeur" car la première est l'indication d'une fonte XXème (à partir de 1920), alors que la seconde est le signe d'une fonte XIXème, de meilleure qualité. La valeur d'un bronze peut varier du simple au double sur ce simple petit mot de "Paris" !

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Ceci dit, cet exemplaire, bien que portant ce mot, est ici d'une qualité de fonte remarquable. Le montage, tel qu'on le voit sous le socle, le rapproche terriblement d'une fonte ancienne de Barye. Malheureusement, lors d'une vente aux enchères, il sera marqué "Fonte de Barbedienne Paris" et les acheteurs par internet et téléphone ne se rendront pas forcément compte de la qualité de la fonte. Du coup, de façon inévitable, l'estimation sera sensiblement plus basse.

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Dessous du socle.

Quelle valeur, donc, donner à cette pièce ?

Elle a comme avantage sa signature Barye, d'être un beau modèle de cet artiste, de représenter un fauve, ce qui est toujours apprécié, d'être de grande taille (c'est aussi un inconvénient !) et d'avoir été édité par Barbedienne, ce qui montre que ce n'est pas une mauvaise fonte ou une copie.
Elle a pour inconvénient d'être très grande, donc peut-être difficile à placer, de représenter une scène cruelle (c'est absurde mais perçu ainsi...), d'être un modèle très courant et enfin d'être une fonte XXème.

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Lors de ses passages en salle des ventes, cette grande pièce, dans les mêmes dimensions, a donné ces résultats :

- Paris mars 2012 mais en fonte ancienne (XIXème) : estimé 35000 à 45000 Euros mais invendu, ce qui est normal car à mon avis très surestimé.
- Marseille en juin 2010, avec la même fonte que cet exemplaire (Barbedienne fondeur Paris) : estimé 8000 à 10 000 Euros mais invendu.
- Paris décembre 2008 : estimé 20000 à 25000 Euros et adjugé à 17000 Euros, mais malheureusement je n'ai pas d'indication sur la date de la fonte.
- Londres en avril 2005 : adjugé à l'équivalent de 17600 Euros mais là non plus pas d'indication sur la fonte.

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Le marché est parfois décevant car je trouve qu'une telle pièce devrait se vendre autour de 15000 Euros, mais le problème, c'est que... c'est lui qui a raison ! Les commissaires priseurs, les collectionneurs, les marchands ont tous accès aux résultats des ventes et se "calent" dessus. Ils ont donc les éléments que je viens de citer. Du coup, je pense qu'un commissaire-priseur estimerait cette pièce autour de 6000 Euros voire 7000 Euros. Encore ne faut-il pas oublier que sur cette somme, en cas de vente, il prélèvera aujourd'hui 25% voire 27% de frais ce qui laisserait au vendeur environ 4500 Euros environ...

Encore faudrait-il qu'il soit adjugé car nous avons vu qu'il y avait beaucoup d'invendus.

Vous souhaitez un avis sur un bronze animalier ? Envoyez-moi quelques photos bien nettes (vue d'ensemble, signature, dessous du socle, marque éventuelle du fondeur) et les dimensions exactes à damiencolcombet@free.fr. Je vous répondrai rapidement.

20:35 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)

25 mars 2013

L'ART, LA BEAUTÉ ET L’ESTHÉTIQUE (2)

Cette note fait suite à celle publiée le 20 mars 2013 : "L'Art, la Beauté et l'Esthétique (1).

Dans son livre "La naissance de l'esthétique - La question des critères du beau" (cf. note précédente), Luc Ferry explique l'évolution dans le temps de la notion de Beauté dans l'art et d'artiste. Il montre que l'un des moments forts de l'histoire de l'Esthétique est la rupture entre un art en quelque sorte extérieur à l'Homme, fait d'équilibre, d'harmonie, de représentations de divinités, scènes religieuses, mythologiques ou célèbres, de personnages illustres et un art véritablement "humain", fait par l'homme et pour l'homme, la rupture datant de la peinture hollandaise. Cette rupture a permis une double subjectivisation : celle du spectateur, qui décide de son propre chef ce qui est beau et ne l'est pas, et celle de l'artiste, qui n'est plus un artisan doué mais un génie qui fait jaillir la Beauté en la créant.

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Bouquet de fleurs - J. Michel Picart (XVIIè)

Je dois dire que ces théories sont séduisantes en ce qu'elles semblent logiques, et notre esprit cartésien n'aime rien tant que ce qui est logique - il n'a d'ailleurs pas forcément tort ! Mais elles me gênent également beaucoup à plusieurs titres.

Avant d'exposer quelques arguments de fond, je voudrais revenir sur la "révolution hollandaise". Je me suis rendu d'ailleurs compte que j'étais très ignorant de l'histoire de l'art - ce que je vais réparer au plus vite - car j'ignorais cette rupture fondamentale. A tel point qu'une visite au Musée des Beaux-arts de Lyon m'est apparue indispensable pour la vérifer. Et effectivement, à première vue, l'art antérieur à la peinture hollandaise ne s'intéresse qu'aux scènes grandioses, mythologiques, religieuses, aux personnages illustres.

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Les mangeurs de ricotta - Vincenzo Campi (XVIè) - Musée de Lyon

Mais en y réfléchissant, j'ai un peu révisé mon point de vue. Il me semble que la peinture et la sculpture classiques et médiévales se sont tournées vers ces grands sujets parce que les commanditaires, les acheteurs, les mécènes, bref ceux qui avaient les moyens de protéger l'art, étaient les grands de l'époque, les institutions, l'Eglise aussi qui de plus y voyait le moyen de catéchiser et instruire par l'image. Il est donc logique que les oeuvres commandées portent sur des sujets touchant de près les mécènes. C'est sans doute bien plus tard que, la population s'enrichissant, des marchands, des banquiers, des petits notables ont pu s'intéresser à l'art et donc aux sujets plus simples qu'ils connaissaient bien.

De plus, la théorie de la Révolution hollandaise me semble contredite par certaines oeuvres :

- statuettes égyptiennes datant de XX siècles avant JC et représentant des scènes de la vie quotidienne (mais on me dira peut-être qu'on est alors bien loin de l'Europe occidentale et qu'elles étaient destinées aux tombes des dignitaires).

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Vache vêlant - Statuette égyptienne - Musée de Lyon

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Audience du maître - Statuette égyptienne - Musée de Lyon

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Brassage de la bière - Statuette egyptienne - Musée de Lyon

- Statuettes gauloises et romaines représentant des animaux (qui ne sont pas pour autant des divinités), des jeux, des esclaves.

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Sanglier et cheval - Musée de Lyon

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Lutteurs - Musée de Lyon

- Art non pictural et non plastique : même au Moyen-âge, il existe un art populaire, qui évidemment utilise des supports moins coûteux et plus faciles que la peinture et la sculpture. Il s'agit par exemple de la musique, des danses, de l'écriture et du théâtre. Il faut penser ici aux farces du Moyen-âge, au Roman de Renart, etc.

Bref, il me semble hasardeux de faire commencer à la peinture hollandaise l'intérêt des artistes pour la vie quotidienne de l'homme.

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L'Air (détail) - Jan Brueghel l'Ancien dit De Velours (XVIè) - Musée de Lyon

Mais revenons maintenant aux arguments plus philosophiques qui découlent de ces théories du Beau, de l'art et de l'artiste.

En premier lieu, elles semblent abaisser l'art "d'avant" - art classique, figuratif, etc. - pour en faire de simples prémisses du véritable art, apparu avec la peinture hollandaise, celle-ci étant d'ailleurs largement remisée dans les greniers de l'histoire puisque, enfin !, nous avons trouvé avec l'art moderne et contemporain le Graal. Je simplifie considérablement, bien sûr, mais c'est la perception que l'on peut en avoir. Et en pratique, il est incontestable, quand on regarde par exemple ce qui est exposé dans les Salons de peinture et de sculpture, que l'art classique, figuratif, même réalisé par des artistes contemporains, est regardé avec dédain par beaucoup. Je suis donc très mal à l'aise avec cette notion de chronologie, qui construit chaque étape sur les décombres de la précédente, largement démolie, et déclare périmé ce qui existait avant en matière de critère de Beauté et d'art.

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Mosaïques à Kairouan (Tunisie)

En second lieu, ces théories sur l'art et la beauté n'expliquent toujours pas pourquoi il y a un consensus de tous ou presque pour trouver magnifiques un soleil couchant en Méditerranée, les couleurs de Rome en fin d'après-midi au printemps, un troupeau d'éléphant d'Afrique défilant majestueusement devant le Kilimandjaro, un tableau de Caillebote, une Ecossaise de Brahms, Le Jeune Homme de François Mauriac, etc.

Si les critères de la Beauté sont "libres", émis par chacun avec son histoire, ses convictions, son âge, sa culture, ses origines, sans aucune référence objective au Vrai et au Beau il devrait y avoir autant de Beautés que d'individus. Or, si tous ne s'accordent pas autour d'une expansion de César, d'une oeuve d'Arman, de Basquiat ou de Georges Mathieu, presque tous s'accordent en revanche sur certaines oeuvres ou spectacles naturels.

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Coucher de soleil sur Fourvière (Lyon)

En troisième lieu, la "subjectivisation" du spectateur, de l'esthète, permet de mettre l'étiquette de Beauté sur tout, sans discussion possible sous peine de passer pour un être intolérant dangereusement conservateur. Autrement dit, il n'y a plus de repère : je décide qu'une boîte de conserve cabossée est de l'art et est belle : cette vérité que j'ai ainsi forgée tout seul peut d'autant moins être discutée qu'elle renvoie au domaine des convictions profondes, domaine absolument inattaquable et inviolable. On voit immédiatement les abus possibles. Et de fait ils sont légions...

Enfin - et l'on retrouve un peu l'idée précédente - la subjectivisation de l'artiste le place sur un haut piedestal, voire dans les nuées puisqu'il est un démiurge, mais le recoupement avec le point précédent - tout est art si on le veut - fait que tout individu est artiste s'il déclare créer de l'art, et ce indépendamment de la qualité de sa production.

Autrement dit, la seule référence valable, le seul critère, le juge de paix ultime pour décider si j'ai à faire à l'art et à un artiste est le jugement de l'Homme, sans aucune autre référence possible, sous peine de se révéler aliéné (autrement dit lié, donc pas libre).

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Aile d'un perroquet

Finalement, ce qui me trouble beaucoup dans tout cela est que l'on retrouve dans cette philosophie de l'art et dans sa déclinaison en conception officielle de l'art, de la beauté et de l'artiste - il est d'ailleurs étonnant de constater qu'il y a une tendance officielle, ce qui contrevient en tous points à la théorie de la subjectivisation des critères de l'art et de la beauté - une volonté de faire de l'Homme un roi, un être enfin libre affranchi de toute notion supérieure de beauté et de vérité. Or, l'expérience humaine, intime et collective, montre que l'Homme sans repère se sent certainement plus important, apparemment autonome et libre, mais... fonce aveuglément dans le mur ! La tragique histoire du XXème siècle et de ses totalitarismes meurtriers l'a montré. Je pense qu'il en va de même, heureusement avec moins de conséquence funestes, dans le domaine de l'art.

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Dromadaire harnaché (Bronze de I.Bonheur)

Je crois que l'Homme ne se grandit pas en s'érigeant en seul juge dans tous les domaines. Il me semble que le jugement des Classiques, qui renvoie à l'harmonie, l'équilibre, l'observation, n'est pas si stupide, ou plutôt pas si primitif que cela. Platon écrit : "La vertu [ce qui peut se comprendre comme la Force] propre du Bien est venue se réfugier dans la nature du Beau." Il m'est bien impossible de définir la Beauté - les philosophes s'attaquent depuis toujours à cette tâche sans résultat incontestable, et je ne suis pas philosophe - mais je crois profondément que la Beauté a partie liée avec la Vérité, avec l'émerveillement et, partant, l'enthousiasme. Je ne crois pas que la seule Beauté valable soit celle produite par l'Homme et je ne crois pas non plus que l'esprit humain seul, détaché de tout repère, soit un bon juge pour décider ce qui est art et qui est artiste. Je crois que trop de dérives sont observées dans le domaine artistique pour que ce soit vrai. Et je crois même que l'artiste doit aussi (pas seulement, évidemment) être un bon artisan.

Remettre l'Homme sa place en reconnaissant que certains principes lui sont supérieurs ne le rabaisse pas. L'artiste a le pouvoir extraordinaire de susciter l'émerveillement, le rêve, la paix, le trouble, l'élévation de l'âme, et ce n'est pas rien. La Beauté qu'il crée provoque chez lui et chez le spectateur des sentiments d'une profondeur et d'une complexité considérables. Nous en reparlerons bientôt à propos du livre de Charles Pépin "Quand la Beauté nous sauve". 

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Etude d'oies - E.Lohse

Je ne comprends pas non plus cette histoire linéaire de l'art qui laisse entendre que les intuitions et conceptions du passé sont périmées, dépassées, inapplicables aujourd'hui. Ainsi, la Beauté des oeuvres antiques ne serait qu'une illusion, un "préhistoire primitive", celle des oeuvres médiévales également. Mais tout nous prouve le contraire : nos plus grands musées présentent des oeuvres très anciennes, extrêmement classiques, et tout le monde s'extasie sur leur beauté, ce qui signifie qu'elles ne sont pas là uniquement à titre de témoins du passé, de jalons sur une route qui aurait enfin abouti à notre époque. Et même, de nos jours, bien des artistes réalisent des oeuvres sensationnelles dans un style classique, figuratif, et rencontrent un très grand succès (bien qu'ils ne soient guère reconnus par le milieu artistique branché !). Lors des ventes au enchères, les oeuvres antiques, classiques, anciennes, toutes figuratives, sont extrêmement recherchées. Alors, de quoi vous plaignez-vous, me rétorquera-t-on ?

Je regrette que l'art moderne et encore plus l'art contemporain aient pris une part hégémonique dans les expositions, les salons, l'enseignement de l'art et de son histoire, l'éducation, le soutien public alors que bien souvent - je ne dis pas toujours - il est construit sur le sable, n'a pas de réelles fondations, rejette comme périmées les conceptions objectives du Beau et du Vrai, valorise des artistes qui n'en sont pas et s'approche généralement plus d'une thèse intellectuelle que de l'art.

De plus, effacer tout le passé, ou plutôt le considérer comme dépassé, périmé, révolu, doit conduire logiquement à considérer que ce qui est produit de nos jours subira d'ici peu le même sort peu enviable, à moins que l'on considère que nous avons atteint aujourd'hui un sommet indépassable, ce qui serait le comble de l'orgueil. Je me demande si ce n'est pas précisément dans l'orgueil que se cache le problème...

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Bateaux à Chausey

D'ici quelques jours, nous continuerons notre promenade pseudo-philosophique en évoquant une petite polémique à propos d'une exposition d'art moderne aux Bernardins à Paris.

20:30 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (5)

20 mars 2013

L'ART, LA BEAUTÉ ET L’ESTHÉTIQUE (1)

De récentes discussions avec des artistes, collectionneurs, simples amateurs sur le sens de la beauté m'ont amené à entamer une petite réflexion sur le sujet, à partir de textes de philosophes.

Comme je n'ai ni le temps, ni le courage, ni la formation nécessaire pour lire des ouvrages ardus comme ceux de Platon, Hume, Kant, Hegel, etc., je me suis référé à des synthèses qui feront probablement frémir les spécialistes mais ont le mérite d'être compréhensibles et d'entamer la discussion.

Bref, il s'agit ici de ma part de quelques réflexions sans prétention et qui feront sourire les connaisseurs. Pour rendre la note moins austère, je l'agrémente de quelques jolies photos, essentiellement d'oeuvres d'art.

Le hasard fait qu'au même moment, paraît en librairie "Quand la beauté nous sauve", du philosophe Charles Pépin. Je suis en train de le lire et je vous en parlerai bientôt.

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 Cloître du monastère des Hyéronimes - Lisbonne

Aujourd'hui, nous allons nous pencher sur un petit livre de Luc Ferry, "La naissance de l'esthétique - La question des critères du beau" paru en 2013 dans la collection Sagesses d'hier et d'aujourd'hui - Suppléments Le Figaro / Le Point (96p. - 8,90 € CD inclus).

Luc Ferry explique que c'est au XVIIIème siècle que l'on commence à définir la beauté, le bon goût, l'oeuvre d'art comme "ce qui plaît à la sensibilité des êtres humains, comme ce qui se révèle émouvant pour le sujet, comme ce qui touche à cette faculté de juger qu'on va commencer - tout cela est lié - à désigner par le vocabulaire du goût".

La grande question est alors de comprendre comment un jugement subjectif - ce qui me plaît à moi - peut avoir une portée universelle - la beauté en général et le consensus autour d'un certain nombre de chefs d'oeuvre artistiques, de beaux paysages, de belles personnes, etc.

 

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Albert Brenet - Défilé sous l'arc de triomphe du Carrousel (gouache)

Luc Ferry nous dit que cette réflexion née au XVIIIème a conduit à subjectiviser le spectateur d'une part, qui devient "un homme de goût", et l'auteur de l'oeuvre d'autre part, qui n'est plus un simple artisan doué mais un génie.

L'auteur attire notre attention sur une révolution artistique : celle de la peinture hollandaise du XVIIème siècle. Avant l'irruption de cet art "populaire", au sens où ces peintures représentent des scènes de village, de fête, de taverne, des intérieurs domestiques, les oeuvres d'art s'appuyaient toujours sur "une grande idée, une grande vision du monde, de grands symboles religieux ou laïcs, des valeurs morales ou spirituelles supérieures", des mythes, des personnages illustres ou reconnus par la communauté. La peinture hollandaise est donc le "premier art sécularisé, laïc et humain", par opposition à l'art antique et médiéval.

Dans l'Antiquité, en effet, l'oeuvre d'art obéit à des critères assez stricts. Au Moyen Age, prédominent l'art religieux, la transcendance, le spirituel. La peinture hollandaise va donc se démarquer fortement de ces critères anciens.

Les tableaux des Hollandais représentent souvent des buveurs un peu gris lutinant une servante, jouant aux quilles, se soulageant contre une palissade, ou encore un intérieur de ferme, un carnaval, les jeux de l'hiver sur une rivère gelée, etc.

Après l'Antiquité, le Moyen-âge, la période hollandaise, la 4ème grande période de l'art est celle du XXème siècle, celle de l'art moderne puis contemporain, qui présente "l'imprésentable" (Lyotard), c'est-à-dire "la part obscure, non seulement de l'humain, mais du monde en général", et Ferry cite "l'irrationnel, l'inconscient, la différence, le corps, le sexe".

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L.Tafon - Les porteuses d'eau

Revenons à la double "subjectivisation" évoquée plus haut : alors que l'art classique est censé être objectivement beau grâce à ses qualités d'harmonie, d'équilibre, et que l'art médiéval est objectivement spirituel, la peinture hollandaise échappe à ces critères et donc le beau devient subjectif. Ferry cite Hume, qui écrit en 1755 : "La beauté n'est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes, elle existe seulement dans l'esprit de celui qui la contemple et chaque esprit perçoit une beauté différente."

L'artiste, quasi inconnu dans l'Antiquité, va prendre à cette époque une place importante puisque c'est lui qui, comme un dieu, crée la beauté. Et le philosophe note que plus l'on avance dans le temps, plus l'artiste prend le pas sur l'oeuvre d'art elle-même, et même, de nos jours, on peut connaître un artiste en ignorant ses oeuvres.

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Cheval breton - P.-J. Mêne

Il y a toutefois une énigme, évoquée au début de cette note : si l'oeuvre d'art ne contient plus en elle-même la beauté, si celle-ci est subjective, affaire de goût, comment se fait-il que tous ou presque reconnaissent qu'un concerto pour clarinette de Mozart, le Requiem de Fauré, un coucher de soleil sur un port en Bretagne, le Joueur d'échec de S.Zweig, tel buste de Carpeaux ou ce tableau de Manet soient des chefs-d'oeuvre ?

Selon l'auteur, c'est parce que ces grandes réalisations sont "la réconciliation merveilleuse de l'intelligence et du sensible".

En effet, comme l'explique Kant, la beauté n'est pas tout à fait de l'ordre de la vérité mais en est proche : on ne peut démontrer que telle musique est belle, que ce tableau est magnifique, mais en même temps on ne peut se retenir d'argumenter, de tenter de persuader, de rallier l'autre à son propre jugement. Et la Beauté n'est pas non plus l'agréable : on peut trouver beau un morceau de musique qui nous rend triste. Le chef-d'oeuvre est donc la réconciliation de ces deux notions d'intelligence et de sensibilité.

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Notre-Dame de Grasse (et non "de grâce") - Toulouse

Luc Ferry évoque encore une autre conséquence de la révolution esthétique : nous avons vu que l'artiste prend alors une part importante, s'individualise et qu'émerge la notion de génie. Du coup, "l'innovation et avec elle l'originalité deviennent des impératifs absolus", d'où l'idéal de la vie de bohème comme "détestation de la quotidienneté et comme fuite vers un ailleurs radical". Ferry mentionne encore l'émergence à cette époque des musées, de la critique d'art et de l'histoire de l'art.

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L'Annonciation - Dierick Bouts

En résumé, à la fin de ce petit ouvrage, Luc Ferry rappelle les trois grandes réponses à la question des critères du Beau :

- Réponse des "classiques français" : "Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable" écrit Boileau. Il existe donc une vérité dans l'art, un "vrai bon goût" alors que le mauvais goût, le laid, est une erreur.

- Réponse des "empiristes" : le Beau est ce qui plait à un corps sain, à ses sens. Le laid plait à ceux qui n'ont pas affinés ces sens ou même sont malades.

- Réponse kantienne : la science du Beau des Classiques est une illusion, le Beau n'étant certainement pas du domaine de la science mais étant la "réconciliation merveilleuse  de l'intelligence et du sensible" provoquant ainsi le plaisir esthétique.

Cette note est déjà longue. C'est donc dans la prochaine, d'ici quelques jours, que je donnerai mon point de vue (intuitif et peu appuyée philosophiquement !).

20:30 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)

14 mars 2013

LA RESERVE AFRICAINE DE SIGEAN (AUDE)

Lorsque j'étais enfant, dans le couloir souterrain de la gare de Rennes, une grande affiche d'un lion en majesté, avec ces mots "Réserve africaine de Sigean", me fascinait. Je ne savais pas bien, à l'époque, si cette réserve se situait en Afrique, en Bretagne ou ailleurs. Grande fut ma déception lorsque j'appris, un peu plus tard, qu'elle était à l'autre bout de la France, dans l'Aude, ce qui revenait à peu près au même que si elle était sur la lune, et que je ne la visiterai probablement jamais.

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Et puis la semaine dernière, près de 40 ans plus tard, à l'occasion d'un séjour dans l'Hérault, j'ai découvert cette fameuse réserve.

Créée à l'initiative de Paul de La Panouse, également propriétaire du zoo de Thoiry, et de Daniel de Monfreid, elle a ouvert ses portes en avril 1974. Elle s'étend sur 300 hectares et accueille 350 000 visiteurs par an. Lors de notre visite - en matinée, ce qui est toujours plus propice à l'observation des animaux - l'affluence était très réduite malgré le beau temps.

 

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Springboks

La visite commence en voiture par un circuit traversant 8 parcs différents, où l'on peut admirer des ours à colliers, des lions, des girafes, des rhinocéros blancs, des antilopes, des buffles d'Afrique, des gazelles, des watuzis, etc. en semi-liberté. La vision d'un troupeau de buffles nains longeant, au soleil, la lisière d'un bois m'a littéralement transporté en Afrique de l'Ouest.

 

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Hippotragues noirs

Le circuit à pied est très agréable car il borde en grande partie un étang au bord duquel on observe de très nombreux flamants, canards, oies, pélicans, et autres d'oiseaux d'eau.

 

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Flamants

Le zoo présente un immense plaine africaine, beaucoup plus grande que celle que l'on peut voir dans les autres zoos, où se mélangent un grand nombre d'herbivores.

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Rhinocéros blanc

Parmi les espèces particulièrement intéressantes, on notera les lycaons, les rhinos blancs, les buffles, un troupeau de girafes considérable, les girafes réticulées, les hippotragues noirs, les guépards, les gnous à queue blanche, bien particuliers avec leurs cornes en avant et leur toupet de poils hérissé sur le museau, les grands koudous, les élands, un superbe éléphant d'Afrique mâle, les sitatungas (antilopes très discrètes), etc.

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Gnou à queue blanche, avec ci-dessous un zoom sur la brosse de poils au garrot et sur le chanfrein.

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Voici encore quelques photos.

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Girafes

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Lionne

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Sitatunga

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Lycaons

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Eléphant d'Afrique mâle

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Eléphants d'Afriques femelles

Vous pourrez retrouver toutes les informations relatives à cette réserve sur le lien suivant :

http://reserveafricainesigean.fr/

Et puis, bien que ce ne soit pas un zoo, si vous êtes à Sigean, ne manquez pas de faire une visite, à quelques dizaines de kilomètres, de la magnifique forteresse de Salses, dont voici quelques photos.

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08 mars 2013

L'ARCHE DE BABYLONE (LE ZOO DE BAGDAD)

Voici un livre passionnant dont je vous conseille la lecture, et pas seulement si vous aimez les animaux et les zoos :

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Comme l'indique le sous-titre, c'est le récit du sauvetage du zoo de Bagdad en 2003 à l'initiative d'un Sud-Africain, Lawrence Anthony. Voici la fiche de présentation sur le site des "Editions Les 3 Génies" : 

Tous les amoureux des animaux et de l’aventure ne pourront qu’être conquis par le récit captivant et véridique du sauvetage du zoo de Bagdad, au milieu du chaos, des dangers et de l’incertitude d’une ville en guerre. Refusant que les lions, ours et autres pensionnaires du zoo de Bagdad soient les victimes des guerres humaines, Lawrence Anthony s’est engagée dans une mission qui l’amène, entre chars Abrahams et tirs de soldats irakiens, à faire travailler ensemble irakiens et américains au nom du respect et de l’amour des animaux. C’est avec bonheur que l’on découvre comment furent sauvés de la boucherie les derniers purs sangs arabes de Saddam et avec jubilation que l’on prend part à la traversée de Bagdad en guerre par des autruches, un dromadaire et des ours, sous le regard amusé de la population et des soldats. Au final, ce livre constitue un témoignage d’amour pour les animaux et d’humanité qui ne pourra que rendre profondément optimiste, quel que soit son âge.

LE LIVRE

Quand la guerre d’Irak a commencé, Lawrence Anthony, défenseur de la nature, était hanté par une pensée : quel serait le destin du zoo de Bagdad, pris entre deux feux au centre de la ville ? Il décida de s’y rendre alors même que les combats continuaient. Lorsqu’il arriva sur place, ses pires craintes se vérifièrent. La violence des combats et le pillage incontrôlé avaient causé la mort d’un grand nombre d’animaux.

Fort heureusement, il y avait des survivants. Même au plus fort de la bataille, des soldats américains avaient pris le temps de s’en occuper et quelques employés du zoo étaient revenus travailler malgré les fusillades incessantes. Ensemble et en dépit de la méfiance et des préjugés de tous bords, Américains et Irakiens s’organisèrent pour maintenir en vie les animaux qui avaient échappé aux bombes et aux pillards.

L’Arche de Babylone est la chronique d’un zoo détruit par le chaos et transformé en un parc paisible grâce aux efforts considérables d’un homme dont l’objectif était de maintenir les animaux en vie et de ramener la sécurité. Au long du livre, Lawrence Anthony raconte notamment comment il a soigné un groupe de lions ayant appartenu à Uday Hussein, le fils de Sadam, fait fermer un zoo privé servant à alimenter le marché noir et sauvé les purs-sangs arabes de l’ex-dictateur cachés dans une écurie d’Abu Ghraib.

Vivre à Bagdad fut une expérience unique qui permit à Lawrence Anthony de faire de L’Arche de Babylone une histoire chaleureuse et extraordinaire sur la façon dont des défenseurs des animaux, des soldats et des civils ont balayé leurs différences et se sont unis pour reconstruire un zoo, seul vrai signe d’humanité au milieu de la guerre.

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Ce livre est très intéressant à plusieurs titres. Il évoque d'abord l'intérêt du clan de Saddam Hussein pour les animaux - en particulier les fauves et les chevaux - et les zoos, qu'ils soient privés ou public. Je ne dis pas "amour" des animaux mais "intérêt" car les bêtes n'étaient pas toujours bien traitées et le pouvoir tolérait trafics et ménageries sordides, où les animaux vivaient dans des conditions atroces, tel cet ours dont le plafond de la cage était si bas qu'il avait le haut du crâne tout écorché. Ce livre pose également la question de l'importance des priorités : est-il bien raisonnable de risquer sa vie - réellement et à de nombreuses reprises - et celle des autres pour quelques animaux alors que le pays est en guerre, que les Irakiens connaissent la famine, que l'avenir du pays est en question ? On comprend au fil des pages que c'est effectivement fou, mais que, heureusement, le sauvetage du zoo de Bagdad se termine bien et qu'il ne s'est pas fait au détriment d'autres enjeux plus importants.

Cet ouvrage nous parle aussi de la bêtise humaine, même de la méchanceté gratuite, vis-à-vis des animaux, phénomène que tous les gardiens de zoo connaissent hélas. Dès le début de la guerre, la plupart des animaux du zoo ont été tués, parfois pour nourrir les habitants de Bagdad - ce qui peut d'une certaine façon se comprendre - mais souvent par simple jeu. Dans une autre ménagerie, les gens faisaient boire régulièrement de l'alcool à l'ours brun.

 

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Mais l'une des richesses du livre est aussi - et cela n'a plus rien à voir avec les animaux et le zoo - de décrire la vie quotidienne dans Bagdad en guerre : les pillards, qui chaque nuit volent les aménagements réalisés au zoo, les nuits où les tirs et les explosions rendent le sommeil impossible, les snipers et les balles perdues dans les rues, les marchés à la sauvette et les trafics, le rôle de l'armée américaine, des agences de presse, des "mercenaires", la peur des habitants, les règlements de compte, etc.

"L'Arche de Babylone - L'incroyable sauvetage du zoo de Bagdad"

Lawrence Anthony avec Graham Spence -Editions Les 3 Génies - 2007 - 230 p.

Ce lvre se trouve facilement sur les sites des bouquinistes.

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