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28 août 2013

LA VALEUR D'UN BRONZE (53) : LIONNE ÉTENDUE SUR UN ROCHER, DE VALTON

Madame Hélène H. possède une lionne en bronze posée sur un rocher et elle souhaite en connaître la valeur. Elle s'étonne de la signature, gravée en rouge sur la pierre et non sur le bronze lui-même, ce qui l'inquiète quant à l'authenticité de cette pièce.

Son fauve possède les dimensions suivantes : 23 cm de long x 12 cm de haut x 12 cm de profondeur.

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Ce bronze de Valton est très courant mais toujours très apprécié car l'attitude de la lionne est remarquable et la composition, alliant bronze et pierre, est très réussie. C'est un procédé que ce sculpteur a utilisé à plusieurs reprises, notamment pour une souris sur marbre blanc, un sanglier également sur marbre, et surtout pour le "Loup suivant une trace" bien connu, où l'on voit un loup en bronze marchant prudemment sur un socle en marbre blanc dans lequel apparaissent des traces d'homme.

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Charles Valton est né à Paris en 1851 et est mort à Chinon en 1918. Il fut élève de Barye et de Frémiet. Familier de la ménagerie du Jardin des Plantes depuis l'âge de 15 ans, il se révèle très doué et obtient plusieurs médailles et récompenses. Avec son maître Antoine-Louis Barye (1795-1875), il réalise un groupe intitulé "Les deux étalons". Dans son Dictionnaire des sculpteurs animaliers, le Dr Hachet cite Valton évoquant cette sculpture : "Je peux témoigner que dans cette oeuvre nous avons tenu à respecter autant l'émotion et la sensibilité que la pureté des formes. Ce fut pour moi des moments de grande intensité que de côtoyer un talent immense, une main si sure et une modestie toujours bienveillante."

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Valton a exposé très régulièrement au Salon et a travaillé aussi pour la Manufacture de Sèvres. Ses bronzes ne sont pas très courants en salle des ventes et sont généralement de très bonne qualité. Un certain nombre ont été fondus par Barbedienne, Siot-Decauville ou Collin. Pour être plus précis, quelques sculptures de Valton sont très courantes, telles que "La lionne blessée", percée de flèches et qui se traîne sur ses antérieurs, ou le chien de garde "Passez au large !", mais on voit plus rarement les autres, telles ce remarquable dromadaire couché ou ce lion rugissant.

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Revenons à notre lionne couchée. La posture du fauve est superbe : on l'imagine somnolant au soleil avec ses soeurs et brusquement réveillé par un bruit insolite. Est-ce  un impala qui s'approche ? une troupe d'éléphants qui le fera déguerpir ? un lion mâle qui s'avance ? La musculature est bien rendue, sans l'exagération d'un Delabrierre, et la lionne semble très naturelle, même plus que sur beaucoup de modèles de Barye. Le dessous des pattes, les oreilles, les plis du cou sont parfaitement modelés.

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La signature est curieusement gravée sur le granit et reprise à l'encre rouge. Le socle est vissé au métal. A la différence du bronze, coulé dans un moule, le socle en pierre doit être taillé spécialement pour chaque modèle. Il pourrait donc être très différent d'un exemplaire à l'autre. Or, il n'en est rien : sans être strictement identiques, les morceaux de granit, parfois plus ou moins clairs, sont à peu près toujours du même gabarit. 

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On aura compris que le modèle de Madame H. n'est pas une copie mais un bon exemplaire. Il possède une belle patine marron avec des nuances de rouge et de noir. C'est même un bronze très beau, pour le choix original du sujet et la qualité de sa réalisation. 

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 Malgré tout, les résultats de ce modèle en salle des ventes ne sont pas très élevés :

 - Mars 2013 à Paris : estimé 800 à 1000 € mais invendu.

- Août 2012 à Deauville : estimé 1500 à 2000 € mais invendu.

- Déc. 2011 à Paris : adjugé 1250 €

Les quatre précédentes ventes ont vu cette lionne être adjugée entre 700 et 800 €.

Il faut donc bien admettre que la valeur, assez constante, de ce modèle tourne autour de 800 € alors qu'à mon sens, avec une belle patine, il mériterait de dépasser les 1000 €.

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22 août 2013

NOUVELLE CRÉATION : ELEPHANTEAU D'AFRIQUE

Une nouvelle petite création, juste pour s'amuser : un petit éléphanteau d'Afrique. Je dis petit non parce que c'est un éléphanteau mais parce qu'il est vraiment de petite taille : 12 cm de haut.

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A vrai dire, il devait prendre sa place parmi les "Eléphantes d'Afrique se désaltérant" mais il m'a semblé vraiment trop petit par rapport aux adultes. Théoriquement, il aurait pu être proportionné - un éléphanteau très jeune tient debout sous le ventre de sa mère - mais celui-ci a déjà une morphologie d'éléphanteau de 6 mois à un an, avec son dos un peu creux et sa trompe déjà moins courte que juste après la naissance.

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Il n'y a donc pas lieu d'épiloguer longuement sur ce petit animal, que je trouve quand même mignon et qui présente l'une des caractéristiques typiques des éléphanteaux d'Afrique : des oreilles très étroitement plaquées sur la tête et les épaules.

20:35 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

13 août 2013

REMBRANDT BUGATTI : LE LIVRE

En 1987, Les Editions de l'Amateur sortait le catalogue raisonné de Rembrandt Bugatti, par Jacques-Chalom Des Cordes et Véronique Fromanger Des Cordes. Ce livre superbe, très intéressant, a vite été épuisé hélas.

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Il y a quelques années, en 2009, cet éditeur a resorti un ouvrage très proche : "Rembrandt Bugatti - Répertoire monographique" par Véronique Fromanger. Le texte et les documents ressemblent beaucoup au précédent mais la mise en page a été remise au goût du jour et les photos, parfois en couleurs, sont plus belles.

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C'est vraiment un livre de référence que tout amateur d'art animalier doit posséder. On y redécouvre l'extraordinaire talent de cet artiste trop vite disparu hélas, et la richesse de sa courte vie. Les photos de Bugatti au zoo, notamment d'Anvers où il passa beaucoup de temps, sont captivantes.

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Rembrandt Bugatti travaillait vite et très bien. Il a su s'éloigner du style de Barye, Frémiet, Mêne pour créer le sien, d'une grande exactitude morphologique, bien qu'un peu brute et donnant le sentiment d'une grande compréhension de chaque sujet. Il a souvent été copié et a inspiré bien des sculpteurs contemporains, mais ils ont rarement approché son talent. Les fontes, réalisées par la très renommé fonderie Hébrard, sont superbes.

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Comme dans le le premier Catalogue raisoné, j'ai retrouvé avec plaisir dans cette réédition une carte postale écrite par Bugatti d'un petit village breton que j'aime particulièrement et qui a inspiré de nombreux artistes : Saint Briac, près de Saint Malo.

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02 août 2013

LA VALEUR D'UN (FAUX) BRONZE (52) : LE LIÈVRE DE GARDET

M. Vincent L. m'envoie des photos d'un lièvre assis, d'environ 12 cm et signé Gardet, sur lequel il a quelques doutes. Nous allons donc examiner ensemble ce bronze.

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Georges Gardet est né à Paris en 1863 et y est décédé en 1939. Fils de sculpteur, il fut élève du très grand Emmanuel Frémiet. On connaît surtout de lui ses fauves, dont le tigre et la tortue, les deux panthères se battant, un couple de tigres dans une attitude tendre, tout comme un lion et une lionne. Il fit un remarquable ours assis, la tête levée, semblant mendier une friandise.

Au parc Montsouris à Paris, on peut admirer "Drame au désert", où une panthère découvre avec fureur le serpent qui a tué ses petits. Exposé au Salon alors que l'artiste n'avait encore que 24 ans, cette scènel attira sur lui les louanges. Polyvalent, ce artiste sculpte égalemet dans la pierre, notamment le magnifique chien danois en marbre tacheté que l'on peut admirer au Musée des Beaux-Arts de Lyon, où il n'est malheureusement guère mis en valeur (photo ci-dessous).

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Gardet a réalisé de nombreuses oeuvres monumentales, présentes dans de nombreux musées français et étrangers, où il jouit d'une excellente réputation, à mon sens justifiée. Ses bronzes ont été édités par plusieurs fonderies dont Thiébaud, Barbedienne, Siot-Decauville, Valsuani, Colin. Certains modèles ont également été réalisés en biscuit de Sèvres.

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La patine du lièvre de notre internaute est assez jolie, avec ses teintes marron et noires, nuancées de doré qui est en fait le cuivre apparaissant en transparence. En revanche, sans être rédhibitoire à première vue, la ciselure semble assez pauvre, surtout quand on connaît le talent de Gardet. Le bout des pattes du lièvre, le poil du ventre ne sont pas très détaillés. A ce stade, on peut donc penser qu'il s'agit simplement d'une fonte tardive. 

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Tout amateur de bronze commence par le retourner et regarder ce qui est son véritable pedigree : le dessous du socle. C'est là que l'on voir des vis, dont la forme et l'apparence sont riches d'enseignement. Le montage, parfois une marque de fondeur comme le fameux H des excellentes fontes de Brame) ou une inscription permettront de dater la pièce.

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Le dessous du lièvre n'est pas exaltant : une couleur grisâtre, un aspect un peu trop lisse, trop propre, des coulures. C'est mauvais signe. Et l'examen des détails de la sculpture vont confirmer ce sentiment : le bord des oreilles est mal ébarbé et certaines parties présentent même des trous.

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On trouve généralement sur le socle une signature, théoriquement assez nette, et parfois une marque de fondeur sous la forme d'une inscription (Barbedienne Fondeur, par exemple, ou Susse, Rudier ou autre), d'une estampille (comme Barye, pour les fontes d'atelier) ou d'un cachet (Valsuani, Hebrard, Siot Decauville, etc.). Mais là, la signature est à peine visible, très faiblement gravée, et le cachet rond (à doite sur la photo ci-dessous) est illisible. De plus, il y a une goutte de bronze juste sous la queue (rond rouge du haut), ce qui n'est pas normal du tout.

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Une ciselure très approximaive, un dessous du socle trop propre, une signature à peine lisible, un cachet de fondeur illisible, des trous et un ébarbage mal fait : ce bronze est un surmoulage ou une copie malhabile. Un collectionneur ne s'y attardera pas : ce lièvre dont l'attitude est pourtant jolie n'a qu'une valeur décorative et à mn sens ne devrait pas être présenté en vente comme un bronze "de" mais au mieux comme "d'après" et idéalement comme "dans le style" ou "dans le goût" de Gardet. Il ne devrait donc pas être adjugé plus de 100 ou 150 Euros. 

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