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26 février 2014

LA VALEUR D'UN BRONZE (56) : L'ANE BRAYANT DE NAVELLIER

Voici une nouvelle demande à propos d'un beau bronze, qui plus est d'un artiste dont je n'ai encore guère parlé ici : Edouard Navellier. C'est M. Loïc L. de Dinan qui m'envoie quelques photos de cet âne brayant, ou "braillant" comme mentionné dans "Les bronzes du XIXème" de P.Kjellberg. Mais après tout, un âne peut bien braire ou brailler...

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Edouard Navellier est né à Paris en 1865 et mort à Laroche-Migennes dans l'Yonne en 1944. Fils d'imprimeur, il apprend la gravure avec son père mais à la suite d'un accident qui le laissera infirme, il se tourne vers la peinture puis, à l'occasion d'une visite à Paris dans ce Jardin des Plantes qui a nourrit l'inspiration de tant d'artistes, il se lance en autodidacte dans la sculpture animalière. Comme Rembrandt Bugatti (1885-1916), il étudiera aussi les animaux au zoo d'Anvers.

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Il a commencé à exposer ses œuvres au Salon des Artistes français en 1895 puis au Salon d'Automne en 1903. Il y recevra plusieurs médailles. Le Salon d'automne lui consacrera d'ailleurs une rétrospective en 1945, un an après sa mort. 

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Navellier a créé environ 80 modèles. Selon le "Dictionnaire des sculpteurs animaliers" du Dr Hachet, on ne peut rattacher cet artiste à aucun courant existant à l'époque. On peut en effet discerner plusieurs styles dans ses bronzes : certains sont parfaitement finis, très figuratifs, comme le magnifique "Grand rhinocéros debout" qui, avec "Il Passe !" (éléphant écrasant des pélicans), est l'une de ses œuvres les plus connues. Mais on peut aussi voir dans certains autres comme notre âne justement le travail brut du sculpteur, qui ne cherche pas à lisser la surface mais à laisser visible la force des coups de spatules et d'ébauchoirs. Le beau taureau ci-dessous se situe lui dans le style de Rosa ou Isidore Bonheur.

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Navellier a créé une grande diversité d'animaux : chevaux, taureau, âne, éléphant, chat bien sûr, mais aussi kangourous, ours, buffle, bison, zébu, brebis, lionne, chevreuil, etc. Ses bronzes sont en général de très bonne facture car l'artiste les ciselait et les patinait souvent lui-même. C'est précisément le cas de notre âne, nous dit P.Kjellberg dans son ouvrage de référence "Les bronzes du XIXème". Il le date de 1907.

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Avec sa chaude patine marron et noire, cet âne, qui mesure 35 cm de long et 24 cm de haut est superbe : les pattes fines, les sabots petits, le ventre rebondi, le cou étroit, il fait connaître par son affreux cri de poulie rouillée son mécontentement d'être seul. Sa bouche grande ouverte lui donne un air benêt et le collier qu'il porte au cou semble bien lourd. A sa taille, on devine que ce n'est pas un petit âne arabe comme en a modelé Caïn, mais plutôt une grande bête du Cotentin. Quel talent pour saisir ainsi sur le vif cette scène et la rendre si vivante !

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La cote de Navellier sur le marché est assez mystérieuse : ses œuvres sont rares en galerie comme en salle des ventes (45 résultats seulement sur Artprice à comparer par exemple avec plus de 6000 ventes pour Barye), elles sont très souvent d'excellentes qualité et pourtant elles ne sont pas toujours hors de prix. A titre d'exemple, un magnifique cheval au licol de plus de 30 cm de long est généralement adjugé autour de 1600 Euros, ce qui est très raisonnable. Plusieurs pièces estimées autour de 4000 Euros ne trouvent pas preneur. Et puis au contraire, certaines estimations s'envolent avec des adjudications à 5000, 9000, 12000 Euros voire bien plus tel ce rhinocéros vendu à Londres en 2009 à plus de 15000 Euros.

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L'âne de notre internaute n'atteindrait sans doute pas la cote du rhinocéros, qui se situe toujours au plus haut des ventes d’œuvres de Navellier, mais il possède de nombreux atouts : c'est un sujet plaisant, très bien réalisé, qui a une histoire particulière puisqu'il a été édité, ciselé et patiné par l'artiste lui-même et a été présenté au Salon. Son passage en salle des ventes est rarissime, semble-t-il, ce qui d'ailleurs empêche toute référence de prix. Intuitivement, je pense donc qu'avec un tel pedigree, notre âne brayant pourrait être estimé autour de 2500 Euros, mais il n'est pas impossible qu'en vente un passionné fasse monter bien plus haut cette estimation.

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20 février 2014

NOUVELLE CRÉATION : L'HIPPOPOTAME AU CIRQUE

Encore un hippopotame ! Après le groupe des "Hippos au bain", en voici un au cirque (32 cm de long).

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J'aime beaucoup le cirque et je ne compte plus les séances auxquelles j'ai assisté, en France ou à l'étranger, sous des chapiteaux parfois disparus hélas : Amar, Jean Richard, Pinder, Bouglione, mais aussi l'American Circus, l'American Parade, Medrano, Moralès, etc.

Je sais qu'il est parfois mal vu, de nos jours, d'aimer les ménageries, mais autant le dire, ce sont bien les animaux que je préfère dans ces spectacles : chevaux, éléphants, fauves, otaries, dromadaires, vaches (au cirque Medrano il y a quelques années), mais aussi lamas, zèbres, girafe et même... hippopotame (vu au Circo Americano lors d'une tournée en Espagne). L'irruption sur la piste d'un tel mastodonte est impressionnante et soulève l'enthousiasme des spectateurs. Des hippo son restés célèbres dans la mémoire des amateurs de cirque, comme celui de Fredy Kie Jr. ou celui du cirque Sarrasani. Je veux bien admettre, néanmoins, que la place d'un hippopotame n'est pas forcément au cirque, où il ne dispose guère de conditions de vie acceptables.

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Mais mon hippo en terre, lui, n'est pas si exigeant et je ne souhaite surtout pas qu'il se plonge dans l'eau !

L'idée de ce sujet m'a été soufflée par Monsieur Pascal J., qui a en lui la passion du cirque et m'a parlé de grands dresseurs comme les Dourov ou les Eötvös. Sa suggestion a rejoint mon envie de modeler l'incroyable intérieur de la gueule d'un hippopotame.

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En fait, ce n'est pas une gueule, mais un gouffre compliqué fait de dents démesurées, d'un palais étroit, de replis de chairs flasques, de débordements de lèvres, tout cela sur une bouche qui s'ouvre immensément, dans un sourire vaguement menaçant, laissant en haut une partie supérieure curieusement fine par rapport à la mandibule inférieure. Autre curiosité : on ne distingue guère la langue. Enfin, si l'on compare deux gueules d'hippopotames, on voit qu'il y a souvent de grandes différences dans le nombre et la position des dents. La fonderie va maintenant devoir travailler très soigneusement pour mouler puis fondre cette bouche étrange...

Le tabouret de cirque, impossible à trouver dans le commerce évidemment, m'a causé beaucoup de soucis : comment faire une telle pièce parfaitement circulaire, symétrique et solide ? Après plusieurs essais, j'y suis parvenu en utilisant tubes de cuivre, tuyaux en plastique, clous, carton, cire, etc... Le résultat est satisfaisant.

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D'autres vues sont visibles dans l'album photo à droite.

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14 février 2014

"HISTOIRE DE L'ART" PAR E.H. GOMBRICH

Comme beaucoup, j'aime visiter les musées des Beaux-Arts et, dès que je séjourne dans une ville, j'en profite pour faire un tour, parfois rapide, dans ces lieux où l'on est sûr d'être saisi d'émotion par au moins un tableau, une sculpture, un meuble. Le Louvre, Orsay, les musées de Dijon, de Nantes, de Lyon et tant d'autres méritent que l'on y passe et repasse, si possible avec les enfants à qui l'on promettra une visite très rapide, d'une heure maximum pour ne pas les lasser. J'aime bien leur demander de sélectionner une ou deux œuvres qu'ils aiment particulièrement et de m'expliquer pour quelle raison elle les touche. Avec un peu de chance, on retrouvera ces tableaux en carte postale à la boutique du musée, ce qui leur fera un bon souvenir. Peu à peu, ils éduquent ainsi leur regard et trouvent naturelle la fréquentation des œuvres d'art.

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La chasse au tigre - Rubens - Musée de Rennes

J'ai donc visité beaucoup de musées, en France et à l'étranger, mais je me suis toujours senti très ignorant de l'histoire de l'art, de l'enchaînement des différents courants et de leur "articulation", des facteurs qui ont conduit à l'émergence de la peinture flamande, des impressionnistes, de l'apport d'un Picasso ou d'un Salvador Dali, de l'intérêt pour l'art d'un Jackson Pollock ou d'un Soulages.

Je me suis donc renseigné auprès de conservateurs de musées et de libraires et l'on m'a vivement conseillé "Histoire de l'art" de E.H. Gombrich, dont l'épaisseur (près de 700 pages), l'abondance des reproductions et leur diversité (dessins, peintures, sculptures, architecture...) ainsi que la mention "Plus de 7 millions d'exemplaires vendus" me semblaient des gages de sérieux.

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L'auteur, né à Vienne en 1909, fut notamment directeur de l'Institut et professeur d'histoire de la tradition classique à l'université de Londres, de 1959 à 1976. Il reçut de très nombreuses distinctions internationales et fut même anobli en 1972. Il est décédé en 1976. Son Histoire de l'art a fait l'objet de seize éditions, retravaillées à chaque fois par l'auteur.

Il serait bien prétentieux et insensé de faire ici, en quelques paragraphes, la critique de cet ouvrage monumental et la réécriture de l'histoire de l'art. Néanmoins, je me risquerai à émettre quelques avis suite à la lecture du Gombrich, en faisant d'ailleurs un écho à ma note sur le livre de Luc Ferry

(cf. http:  //www.damiencolcombet.com/archive/2013/03/08/l-art-la-beaute-et-l-esthetique-1.html).

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Une scène de déluge - J.-D. Court - Musée de Lyon

L'auteur prévient, dans sa préface, qu'il poursuit le but de simplement mettre un peu d'ordre dans l'esprit des gens qui découvrent l'art, notamment jeunes et étudiants, qu'il s'est efforcé d'éviter tout jargon prétentieux et source de confusion, et qu'il ne parle que d’œuvres d'art dont on peut retrouver l'illustration dans son ouvrage. De fait, ce livre est extraordinairement facile à lire et les illustrations, de grande qualité, permettent de comprendre immédiatement les propos de l'auteur. On balaye donc les grandes tendances de l'histoire de l'art, de la préhistoire à Cartier-Bresson ou Nicolas de Staël (l'auteur ayant disparu en 1976, il manque hélas son regard sur les œuvres plus récentes).

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La Pieta - Michel-Ange - Basilique Saint-Pierre de Rome

J'émettrai quand même quelques critiques, mineures au regard de l'intérêt de cet ouvrage. Tout d'abord, l'art selon Gombrich se limite essentiellement à la peinture et l'architecture. Il y a bien quelques rares sculptures - aucune de la grande école animalière du XIXème hélas - et photos, mais quasiment pas de meubles ni d'objets d'art tels que les pendules. Gombrich ne parle absolument pas non plus de la musique, même cela peut s'expliquer par sa volonté de ne parler que des œuvres dont une illustration peut figurer dans le livre. Enfin, curieusement, certains courants pourtant marquants tels que l'orientalisme ne sont pas évoqués.

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 Histoire de l'Art - E.H. Gombrich - Pages intérieures

La lecture de cette histoire de l'art donne vraiment envie de creuser davantage le sujet. L'auteur parle des grandes œuvres classiques et des artistes les plus connus, du Parthénon à la tapisserie de Bayeux, de Giotto à Manet, de Van Eyck à Matisse, mais il s'arrête aussi sur des artistes moins connus malgré la qualité de leurs œuvres : tout le monde ne connaît pas Peter Parler Le Jeune, Willem Kalf ou Sir John Soane. Et l'incroyable abondance des créations humaines en matière artistique est telle que l'on pressent qu'il faut aller beaucoup plus loin pour commencer à comprendre un peu plus ce vaste domaine passionnant.

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Nef de la basilique de Vézelay

Je vais maintenant émettre quelques réflexions tout à fait personnelles et certainement très approximatives voire erronées aux yeux des experts de l'histoire de l'art, mais après tout pourquoi m'en priverais- je ?

J'ai été frappé en lisant ce livre de l'absence de continuité, de ligne directrice majeure dans l'histoire de l'art. Nous avons souvent en nous la conviction que l'histoire a un sens, marque une progression vers quelque chose, que chaque génération s'appuie sur la précédente pour avancer. Il en serait ainsi pour l'art, l'apogée se situerait chez les impressionnistes pour les plus conservateurs, dans l'art ultra-contemporain pour les plus engagés, et finalement chaque âge ne serait là que pour servir de support au suivant. En réalité, l'histoire de l'art me semble marquée par une série d'allers-retours, de ruptures et d'hésitations. Je ne suis pas du tout certain que Picasso se situe à un rang plus élevé dans l'histoire de l'art que Fra Angelico, que Gauguin marque un "progrès" par rapport à Chardin, que les œuvres de Pollock soit plus intéressantes que les magnifiques fresques figurant sur une certaine tombe de Thèbes, que Le Corbusier ait fait mieux qu les architectes de l'Alhambra à Grenade.

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Le Mont Saint-Michel

Par ailleurs, la tendance actuelle est de s'intéresser à ce qui est original et, par conséquent, à croire que cette recherche de l'originalité et de la nouveauté fut le moteur principal des artistes. Il est exact qu'aujourd'hui, bon nombre de créateurs contemporains cherchant à se faire reconnaître essaient de s'affranchir à tout prix de ce qui a déjà été fait et veulent marquer leur temps par une oeuvre absolument inédite. En réalité, la mise en perspective des œuvres d'art montre, à mon sens, que les grands artistes du passé ont surtout été motivés par la volonté de faire mieux, ce qui est très différent. Cette quête de la perfection, impossible à assouvir, a parfois conduit à des nouveautés techniques et artistiques fantastiques, mais je doute fort que Le Caravage ou Michel-Ange, par exemple, aient voulu au fond d'eux marquer leur époque par la seule volonté de faire quelque chose de purement original. Leur sensibilité les a certainement amené sur des voies bien particulières, mais je crois qu'ils voulaient avant tout réaliser une oeuvre sublime.

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Mosaïque romaine - Tunisie

Enfin - et ce point est lié au précédent - on est frappé par l'importance qu'a peu à peu pris l'artiste par rapport à son oeuvre. Aujourd'hui, des artistes sont plus connus que leurs créations. Quelle différence avec une époque où l'oeuvre était au centre de tout ! Qui connaît les architectes de nos cathédrales ? Encore faut-il distinguer les artistes dont le nom est connu parce que leurs créations sont magnifiques et les artistes qui se sont efforcés de se faire connaître au moyen de leurs œuvres. Et l'on touche là à un aspect essentiel, je crois, de l'histoire récente de l'art : l'orgueil de l'artiste qui tient à s'affranchir de toute référence en vue d'exister pour et par lui-même. Il existe encore de nos jours, Dieu merci, d'excellents artistes mais je vise ici ceux que l'on met systématiquement en avant, ceux qui sont promus à toutes forces par des institutions officielles parce qu'ils sont dans la transgression et la nouveauté, les critères de Beauté et de perfection étant devenus totalement hors-la-loi.

Il serait trop long et très polémique de s'étendre encore davantage sur ce sujet, mais je renvoie, pour ceux que cela amuse, vers cette note : http://www.damiencolcombet.com/archive/2010/03/30/la-gran...

Histoire de l'art - E.H. Gombrich - Ed. Phaidon - 2001 - 688 p. - Existe également en édition poche. 

 

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08 février 2014

LA VALEUR D'UN BRONZE (55) : LE BOUQUETIN MORT DE A.-L. BARYE

Monsieur Romain L. de Nantes possède un bronze signé Barye et me demande quelle est sa valeur.

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Il s'agit du "Bouquetin mort", d'Antoine-Louis Barye (1795-1875). En ayant souvent parlé sur ce site, je ne reviendrai pas longuement ici sur la vie et l'oeuvre de Barye, ce très grand artiste à l'origine de la prestigieuse école française de la sculpture animalière souvent qualifiée de romantique, bien que ce terme ne me semble guère appropriée. On entend généralement par là que Barye a introduit une rupture avec la sculpture animalière d'alors, assez figée et représentant le plus souvent un personnage célèbre à cheval, un lion dans une pose hiératique, un aigle martial. Barye a en effet représenté des animaux sauvages et domestiques très variés, du hibou au gnou, du lapin au dromadaire, et dans des attitudes naturelles. L'adjectif de "naturaliste" lui conviendrait donc beaucoup mieux.

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Pour créer ses sculptures, Barye a longuement observé les animaux notamment à la Ménagerie du Jardin des Plantes. Pour comprendre la nouveauté de ce courant artistique, il faut réaliser que les zoos ouverts au public sont une grande nouveauté en ce début du XIXème siècle : jusqu'à présent, les zoos étaient la propriété de quelques rois et princes et l'homme de la rue ne pouvait observer que les bêtes présentées dans les cirques et ménageries ambulantes, qui ne devaient probablement détenir que des singes, ours et autres animaux beaucoup moins intéressants que les grands fauves ou les pachydermes.

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L'animal ici représenté ne fait pas partie, bien sûr, de la catégorie des animaux exotiques mais c'est peut-être à la Ménagerie que Barye, qui n'a jamais quitté Paris, a observé ce bouquetin, à moins que ce ne soit quelque chasseur qui le lui ait soumis, en supposant qu'il se soit correctement conservé. Quoiqu'il en soit, le bouquetin est un sujet que Barye a travaillé à plusieurs reprises, plutôt en petites tailles. En témoigne par exemple ce "Bouquetin effrayé" mesurant moins de 10 cm de long. Il existe également un bouquetin debout, fort joli. Il faut se méfier du titre des œuvres proposées en salle des ventes car il y a parfois des erreurs : récemment, un modèle identique à celui de notre collectionneur était annoncé comme "Bouc couché". Un kevel (petite gazelle) de Barye a également porté ce nom erroné dans un catalogue de vente. Et même dans l'excellent "Catalogue raisonné des bronzes de Barye", ouvrage de référence de MM.Poletti et Richarme Gallimard, un groupe de mouflons est appelé "Famille de bouquetins".

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Barye n'est pas le seul à avoir été inspiré par ce bel animal : Dubucand (1828-1894), par exemple, a réalisé le grand bouquetin ci-dessous.

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Revenons à notre bronze de Barye : il a été édité pour la première fois vers 1874, donc tout à fait à la fin de la vie de Barye. Le musée du Louvre en conserve le modèle en plâtre et le chef-modèle en bronze. En fait, comme expliqué dans "La griffe et la dent" édité par ce musée, il s'agirait d'une reprise d'une des pièces constitutives du grand surtout de table commandé à Aimé Chenavard et Antoine-Louis Barye en 1834 par le Duc d'Orléans. Terminé en 1838 et porté aux Tuileries en 1839, ce spectaculaire ensemble comprenait au centre une Chasse au tigre à dos d'éléphant et aux quatre coins des duels animaliers : Un lion et un sanglier, Un python étouffant un gnou, Un tigre renversant une grande antilope et Un aigle qui vient de s'abattre sur un bouquetin mort. Il faut encore mentionner quatre scènes de chasse entourant le surtout : Chasse au lion, Chasse au taureau sauvage, Chasse à l'ours et Chasse à l'élan. Je recommande vivement d'aller admirer, au Louvre, le modèle en plâtre de ces scènes extraordinaires.

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Pour reprendre les termes de "La griffe et la dent", "cette monumentale création va constituer pour Barye un vivier riche de modèles et de schémas dans lequel il puisera tout au long de sa vie". Effectivement, Barye va éditer presque en l'état le Sanglier blessé ainsi que Le bouquetin mort, et reprendra avec quelques transformations des fragments des autres scènes.

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Le Catalogue raisonné précise que l'édition du vivant de Barye de ce Bouquetin mort fut extrêmement réduite - ce qui semble logique puisque Barye a disparu l'année suivante - et que les éditions posthumes par Barbedienne sont également peu nombreuses. La représentation d'un animal mort peut avoir déplu aux collectionneurs. Mais justement, ce sont les modèles les plus rares qui sont aujourd'hui les plus recherchés : posséder ce bouquetin mort, même en fonte posthume, est beaucoup plus intéressant que d'avoir dans sa collection un Barye édité à des dizaines voire des centaines d'exemplaires et que l'on peut retrouver chaque semaine ou presque dans la Gazette de Drouot.

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Les dimensions du bronze de notre internaute sont les suivantes : 30,2 cm de long x 19 cm de large (terrasse). A quelques millimètres près, ce sont bien celles mentionnées dans le Catalogue raisonné. Mais il n'y avait de toutes façons aucun doute possible sur l'authenticité de ce bronze : outre sa rareté, la finesse de sa ciselure et la qualité de la patine, il porte la marque du fondeur F.Barbedienne Fondeur et surtout le "cachet or" avec les initiales FB, qui date avec certitude une fonte des années 1876-1889.    

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Monsieur L. possède donc une pièce absolument remarquable : très rare, parfaitement fondue et ciselée, elle s'inscrit dans une histoire prestigieuse - le surtout du Duc d'Orléans - et elle peut-être datée avec certitude du XIXème siècle. Et pour l'anecdote, on retrouve sur des croquis de Barye une étude au crayon de l'entrecroisement des pattes postérieures du bouquetin.

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Pour une pièce si rare, il est difficile de trouver des estimations en salle des ventes. J'ai relevé toutefois les deux éléments suivants :

- New York en octobre 1992 pour "L'aigle terrassant un bouquetin mort" : adjugé à l'équivalent de 9700 Euros, mais il n'est pas dit s'il portait une marque de fondeur ;

- Saint-Germain-en-Laye en octobre 2012 cette fois pour le même modèle que celui de notre internaute, en fonte Barbedienne mais sans cachet or : estimé 6000 à 8000 Euros mais invendu.

Bien qu'un animal mort puisse décourager certains acheteurs et que le prix des bronzes anciens ait tendance à baisser, un véritable collectionneur des bronzes de Barye ne devrait pas hésiter devant une telle pièce en fonte ancienne cachet or. Il me semble donc qu'une bonne estimation pour ce bouquetin serait de l'ordre de 6000 Euros.

Si vous possédez un bronze animalier et que vous voulez connaître son histoire et sa valeur, envoyez-moi des photos très nettes (vue d'ensemble, dessous, signature, marque éventuelle du fondeur) et ses dimensions précises à damiencolcombet@free.fr et je vous répondrai.

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03 février 2014

RENCONTRE LE 6 FÉVRIER AUTOUR DU LIVRE "INSTANTANÉS ANIMALIERS"

INVITATION

 

A l'occasion de la sortie de mon livre "INSTANTANES ANIMALIERS", la galerie Michel ESTADES de Lyon organise une rencontre et soirée dédicace. Je serai heureux de vous y retrouver.

Jeudi 6 février 2014 de 18h à 21h

Galerie Michel Estades (www.estades.com)

61 quai Saint Vincent (quai de Saône à hauteur de la place des Terreaux)

69001   LYON 

04 78 28 65 92

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