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12 décembre 2014

PARUTION DU LIVRE "ART ANIMALIER - LES ANIMAUX DE LA FERME"

Les Editions Abbate-Piolé se sont spécialisées dans les beaux livres d'art ayant pour thème les animaux. Les 7ème et 8ème tomes de cette collection viennent de paraître : "Les animaux de la ferme dans l'Art contemporain" et "La faune aquatique".

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Laurent Piolé et Colette Abbate m'ont proposé de figurer dans le livre sur le thème de la ferme. J'ai donc l'honneur d'être aux côtés d'artistes dont j'aime beaucoup les oeuvres, comme par exemple Johu Thiam, dont j'avais déjà repéré les étonnantes peintures au SNAA de Bry-sur-Marne, Ariane Lassaigne, Alexandra Kraif, Olivier Claudon et ses belles vaches vosgiennes, l'excellent Franz Bodo et tant d'autres.

Ce livre, illustré par les œuvres de 40 peintres et sculpteurs, est une belle idée de cadeau de Noël.

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"L'invitation" - Franz Bodo

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"Trombinoscope" - Alexandra Kraif

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"Vache et marguerite" - Ariane Lassaigne

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"Le trait" - Johu Thiam

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"Lilas" - Olivier Claudon

Chaque artiste accompagne sa présentation d'un petit texte. Voici celui qui figure sur mes pages.

En ai-je passé, des heures, enfant, dans les fermes bretonnes, en accompagnant mon père ingénieur agronome dans ses pérégrinations ! Lorsque la voiture pénétrait dans la cour, il y avait toujours un gros chien qui bondissait et aboyait, puis sur un ordre du maître se calmait et, traînant bruyamment une longue chaîne, regagnait une niche à la propreté un peu douteuse.

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Suivaient la poignée de main, le contact de cette grosse patte de paysan aussi dure et calleuse que du vieux cuir, l’entrée dans la ferme qui sentait un peu le renfermé et la cuisine froide, l’accueil réservé mais aimable de la fermière qui servait le café dans des verres en pyrex et sortait d’une boîte en métal quelques gâteaux secs, l’arrivée d’un commis en bleu de travail, encore jeune et mince mais au visage déjà un peu couperosé par le travail au grand air, les innombrables insectes qui tournaient autour du papier tue-mouche accroché au lustre...

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Bien vite, je cherchais à déterminer si l’exploitation tournait autour de la culture – dommage... – ou de l’élevage, ce qui était beaucoup plus intéressant. Il fallait alors demander l’autorisation de s’échapper du cercle des adultes, réunis autour de la table recouverte d’une toile cirée à décor de faisans et perdrix et presque tous coiffés de l’inévitable casquette en pied-de-poule gris ou marron, puis filer dans les étables.

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Bien qu’elles me fissent un peu peur, les vaches avaient ma préférence : leurs gros yeux perplexes, le rapide passage de la langue dans chaque naseau, la diversité de leur robes de Normandes, Holstein, Limousines, le mouvement latéral de leur mandibule pendant la rumination me captivaient. Parfois, entrant dans une grange sombre et apparemment déserte, j’entendais un léger bruit de paille remuée et je découvrais deux jolis petits veaux attachés à un anneau.

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Dans la plupart des fermes, il y avait une basse-cour. Les poules, dont je m’étonnais qu’elles errent en liberté dans les champs, les fossés ou qu’elles approchent si près du chien, n’étaient guère intéressantes. Mais il y avait parfois un beau coq, un dindon ou un jars dont il fallait se méfier, et très souvent des clapiers, petites prisons où l’on découvrait de gros lapins gris, blancs, marrons, beaucoup plus gros que les petits lapins de garenne rapportés de la chasse.
Je me souviens aussi d’une belle exploitation où étaient élevés des dizaines, peut-être des centaines de moutons. Elle sentait la paille fraîche et propre et j’entends encore la voix grêle des agneaux qui répondait à la basse profonde des béliers.

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"Art animalier - Tome 7 : Les animaux de la ferme dans l'art contemporain" - Editions Abbate-Piolé - 176 p. - Oct. 2014 - 40 € - Préface de Brigitte Bardot.

"Art animalier - Tome 8 : La faune aquatique" - Editions Abbate-Piolé - 176 p. - Oct. 2014 - 40 € - Préface de Eric Hussenot Fondateur et Directeur d'Océanapolis à Brest.

Toutes les informations sur : http://www.editions.ap-prod.fr/

10:47 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Ah, Damien, ce que tu décris des fermes bretonnes me touche : l'image de Saint-Bonnet me revient en filigrane. Tu sais à quel point j'y suis attachée. La charolaise est ma madeleine à moi.

Je t'offre ces textes que j'ai écrits :

Petite Musique de chambre

Un soupir lointain suivi de meuglements désespérés : une vache solitaire appelle son veau.

Dans les bouchures un joli vacarme : les oiseaux gazouillent en refaisant leurs nids.

Le cliquetis métallique d’une chaîne qui frotte contre le bois de la niche : Biscotte se gratte les puces.

Un soleil timide entre par les lattes irrégulières des volets fermés et dessine des rayures jaunes et floues sur les motifs roses du papier peint défraîchi.

Le vrombissement aigu d’une grosse mouche noire qui fonce à toute berzingue et finit sa course giratoire en s’assommant contre la vitre avec un bruit sec comme celui d’une baguette sur la peau tendue d’un tambour. Elle titube puis reprend ses cercles infernaux, virevolte et tournicote comme la panthère noire du cirque Pinder dans sa cage. Bzzzzz, bzzzzz, bzzzzz.

Au-dessus, une cavalcade effrénée : les souris dansent dans le grenier, jamais un chat ne viendra les embêter.

Le parquet craque. Une porte grince. Des bruits de pas dans le couloir. Puis plus rien. Le silence est vite interrompu par ce qui semble être le gargouillis d’un filet d’eau de source. Mais le grondement qui s’ensuit chasse toute poésie : quelqu’un actionne la chasse d’eau…

Tout en bas, le bruit des bottes en caoutchouc qu’on racle pour en extraire une boue collante. Des voix entament une conversation monotone ponctuée de quelques accents plus chevrotants.

Un cri soudain : « Nom de gueux ! » Trop tard ! Un tonitruant « cocorico ! » retentit. L’odieux volatile s’est introduit dans l’immense cuisine pour échapper à sa capture. L’idiot ! Se jeter ainsi dans la gueule du loup : la bonne le plumera comme les autres et fera roussir son duvet récalcitrant sur la flamme à l’odeur d’alcool à brûler qu’elle aura répandu sur le sol cimenté.

Dehors les poules s’affolent, gloussent et grattent le sol furieuses. Le chien tout excité se met à aboyer. Un bruit sourd et bref : il vient de recevoir un coup de bâton. Pauvre bête ! La voilà qui gémit doucement.

Le moteur du tracteur s’éloigne. Une journée ordinaire commence à Saint-Bonnet.


Et puis :

Haïku charolais

Un rideau de glycine
Au loin le jardin
Une vache rumine


J'en ai d'autres encore... Tu étais trop petit, je crois que tu n'as pas connu l'époque "Saint-Bonnet". Je t'offre donc aussi ma lettre à Marcel Proust :

Lettre à Marcel Proust, Chartres, le 19/04/09

Monsieur Marcel Proust
Du côté des jeunes filles en fleurs
Rue de la Madeleine
PARIS XXème

Monsieur Proust,

Vous n’ignorez pas que votre roman a fait un véritable tabac en même temps que votre célébrité à ce jour bien assise.

Sachez pourtant que les sensations que vous décrivez avec tant d’habileté au travers de celles de votre héros font écho en nous qui avons chacun notre propre histoire à la différence que, ne possédant pas votre talent, nous ne l’écrirons pas.

Car nous aussi nous nous re-souvenons… Longtemps nous sommes allés à Calimont qui était pour nous ce que Combray fut pour vous.

Nos premières images ressemblent à celles de la « famille Fenouillard » descendant du train à Charris et cherchant du regard la Traction Avant du gros Gaston qui devait la conduire à la Maison.

Une autre image qui se détache est celle de l’oncle Philibert tournant le dos pour ne pas montrer ses émotions, geste que certains interprétaient mal, comme une marque d’indélicatesse irrévérencieuse.

A travers ces détails furtifs d’autres images viennent se superposer : la grande salle à manger, les tentures aux murs avec ses terribles scènes de chasse à courre, les sangliers trapus aux yeux exorbités par la peur, la meute lâchée à leurs trousses, le piano dans un coin, l’horloge et son carillon dans l’autre, le jambon trônant à toute heure sur l’immense table de campagne autour de laquelle la famille se retrouvait le soir avant de se coucher, les bruits du dehors, le soupir lointain des bêtes que l’on rentrait, la cavalcade sauvage des souris au grenier, le tintement des seaux qu’on rinçait dans l’évier, le tout amplifié par le silence profond de la nuit d’été éclairée par un rayon de lune se filtrant dans les ramures des grands sapins devant la maison dont l’ombre dessinait des figures monstrueuses sur les murs des chambres du premier, fantômes qui hantaient nos rêves la nuit…

Ce sont des fragments de souvenirs qui remontent en filigrane, chacun chassant l’autre ou plutôt se juxtaposant à l’autre pour composer un kaléidoscope de formes, couleurs, bruits et odeurs…

Car nous aussi nous nous re-souvenons et ces résurgences nous permettent, comme vous le fîtes sans doute, de maintenir en vie l’enfant dormant en nous…

Or, vous le savez bien : tout ceci n’est que vanité, un passé décomposé qui respire le flétri et le blet, ces petits riens évoquant les beautés vouées à disparaître…

De là où vous êtes aujourd’hui, que reste-t-il de votre « temps retrouvé » ? Une madeleine de supermarché  que les artistes du pop’art mettraient en scène à la manière des hamburgers géants de Rosenquist, des soupes sérielles de Warhol ou des côtelettes d’acier d’Oldenbourg afin de l’inscrire dans le marbre de l’intemporalité…

C’est dans cet état d’esprit que nous vous rendons hommage et que nous vous prions d’agréer, Monsieur Proust, l’expression de notre plus grand respect.

Anne Hecdoth

Écrit par : Anne Hecdoth | 15 décembre 2014

Merci Odile de ces belles lignes, que je diffuse à la famille !
Damien

Écrit par : Damien Colcombet | 19 décembre 2014

Souffles-tu sur l'argile pour donner vie aux hôtes de ton arche?

Le bronze a le mérite d'échapper a un immense défaut des oeuvres en deux dimensions de la plupart de nos "artistes animaliers" contemporains: la recherche de la reproduction quasi photographique d'un animal. J'ai envie de leur dire en plagiant Boileau: "Faites plutôt des clichés si c'est votre talent que copies sans vie ou planches académiques" . Oui libérez vote mine ou votre pinceau de la tutelle photographique,si vous le pouvez...Trouvez votre style comme Elliot, Crafty, Chambry l'ont trouvé mais cessez ces travaux d'écolier, fussent-ils parfaits! L'intérêt du réalisme proche de la photo s'est éteint avec l'avènement de celle-ci. Mais même nos dessinateurs et peintres "hyper réalistes" de la première moitié du XXème comme Karl REILLE, Oberthür ou l'immense Xavier de PORET restaient artistes quand "ils copiaient la réalité" d'après nature. Ils ne se servaient pas de photo voilà tout. La vie est donnée par l'artiste, la photo recopiée ne la transmet pas. Parce que la vie est donnée par le coeur profond où réside l'Esprit, depuis qu'il y pénétra projeté par le souffle du Créateur. Voilà pourquoi je te souffle: "Répand ton haleine sur tes oeuvres préparées de tes mains pour leur donner la vie".

Écrit par : gilles colcombet | 19 décembre 2014

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