Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28 avril 2016

NOUVELLE CREATION : XANTHIPPE, FEMELLE CHIMPANZE

Il y avait longtemps que je n'avais pas fait de singe. Voici donc Xanthippe, femelle chimpanzé.

P1010561 détourée N&B.jpg

Je ne vais pas décrire à nouveau ces grands singes que sont les chimpanzés : il suffit de se reporter à la note relative à Socrate (les plus érudits feront d'ailleurs le lien entre Socrate et Xanthippe !) : Note sur Socrate et sa tortue

P1010566 détourée N&B.jpg

On devine évidemment qu'il s'agit d'une femelle âgée, qui a déjà bien vécu et à qui "on ne la fait pas". Elle a cet air malin et très humain si troublant. "Je fais confiance aux gorilles mais je me méfie des chimpanzés, qui sont aussi voyous que les hommes", me confiait Pierre Thivillon, créateur du Parc animalier de St-Martin-La-Plaine (Loire), qui héberge beaucoup de grands singes dont plusieurs chimpanzés.

P1010567 détourée N&B.jpg

Pierre m'avait fait remarquer que les singes n'ont pas de fesses aussi marquées que les hommes puisqu'ils restent peu de temps en position verticale. Xanthippe a, comme tous les adultes de son espèce, un dos puissant, des mains longues et aime les poser sur les dernières phalanges.

16:57 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)

23 avril 2016

ROSA BONHEUR SUR FRANCE CULTURE. DOMMAGE QUE...

Du 7 avril au 25 juillet, le musée national de Port-Royal des Champs présente une exposition sur "Rosa Bonheur et sa famille : trois générations d'artistes". Voir : Rosa Bonheur à Port-Royal des Champs

Le 16 avril 2016, France Culture consacrait une émission à Rosa Bonheur, illustre artiste dont j'ai abondamment parlé ici. La journaliste Perrine Kervran m'a interrogé et j'ai donc participé - un peu - à cette émission, aux côtés notamment de Marie Borin, excellente biographe de Rosa Bonheur et qui est certainement la personne qui connaît le mieux cette grande artiste, puisqu'elle a eu accès à de très nombreux documents inédits dans les archives de sa propriété, le château de By à Thomery.

P1160119.JPG

Le château de By à Thomery

L'intérêt d'une telle émission est de rendre l'artiste très vivante et d'être facile et agréable à écouter. Différents points de vue sont confrontés et c'est instructif : c'est donc une belle émission que je recommande.

Mais il est curieux de constater que l'émission consacre autant de temps à la supposée homosexualité de Rosa Bonheur : ce sujet revient à plusieurs reprises comme si c'était important. Or, jamais Rosa Bonheur, femme éminemment forte et libre, n'a déclaré ou laissé entendre qu'elle était homosexuelle, malgré les affirmations farfelues que l'on entend au cours de l'émission ("lesbienne assumée" !). 

P1180184.JPG

Comme le dit fort bien Marie Borin, Rosa a certainement été choquée, bouleversée par la vie très difficile de sa mère, dont un mari fantasque prenait fort peu soin, et qui est morte jeune d'épuisement. Son corps a été mis dans la fosse commune faute de moyens, alors que son père oubliait de faire vivre sa famille et se consacrait au saint-simonisme, alors devenu une sorte de secte un peu folle.

Si Rosa a choisi de ne pas se marier, c'est certainement, comme elle le dit, pour ne pas tomber sous la coupe d'un mari qui se comporterait comme son père (que pourtant elle aimait) vis-à-vis de son épouse. Rosa a donc choisi de vivre libre, partageant sa grande maison avec Mme Micas et sa fille - elle considérait la famille Micas comme sa propre famille - puis avec Anna Klumpke, artiste américaine. Il n'y a donc pas grand chose d'autre à en dire.

P1160524.JPG

A propos de cette prétendue homosexualité, Rosa dira de ceux qui en ont vu la trace dans son amitié pour Nathalie Micas puis Anna Klumpke qu'ils n'ont rien compris. Elle précisera à la fin de sa vie qu'elle est "toujours restée pure" et fera écrire sur sa tombe que "l'amitié est une affection divine". Elle appelait sa maison "le domaine de la parfaite amitié".

Son indépendance d'esprit et financière, son anticonformisme surprenant pour son époque et qui s'exprimera tant de fois même vis-à-vis des rois, reines et empereurs, l'auraient conduit à assumer sans complexe sa condition homosexuelle si cela avait été la réalité - et nul n'aurait eu à la juger ! - mais ce n'est pas le cas. Il est risible d'entendre que le portrait où Rosa Bonheur pose avec un petit chien sur les genoux et son ami Anna près d'elle est la marque d'un petit couple bourgeois installé dans son homosexualité ! Les autres arguments avancés sont également sans fondements. 

P1030502.JPG

Il est vrai qu'en faisant intervenir très longuement une historienne d'art qui n'a pas écrit de livre sur Rosa Bonheur mais a participé au Mouvement de Libération des femmes (MLF) en 1971, à la fondation du Front homosexuel d'action révolutionnaire et des Gouines rouges, qui s'est fait une spécialité de l'homosexualité féminine, la journaliste savait à quoi s'attendre... Et d'ailleurs, sur le site de France Culture, Rosa Bonheur est présentée ainsi : "Reconnue à l'époque pour son Marché aux chevaux, on s'en souvient aujourd'hui comme une figure pionnière de la cause homosexuelle et féministe". Tout est dit : son oeuvre n'aurait donc plus d'importance aujourd'hui mais ce qui compte, c'est d'imaginer sa vie intime et d'en faire un symbole d'une cause qui lui était en fait complètement étrangère et qu'elle a réfutée elle-même.

Dommage donc qu'une grande artiste comme Rosa Bonheur soit ainsi l'objet de jugements hâtifs et de tentatives de récupération alors que c'était une femme libre, indépendante, forte, généreuse, qui a pris les moyens de vivre différemment des autres, sans juger, mais qui n'aurait certainement pas appréciée de voir sa vie intime ainsi déformée, comme si son indépendance dérangeait et devait être vite rangée dans une case.

Hormis ces divagations (qui n'ont pas plus d'intérêt que de se demander si elle n'était pas végétarienne, si elle avait des enfants cachés ou si elle aurait été résistante ou collaboratrice pendant la guerre de 40 !), l'émission est très intéressante. Bien entendu, 59 minutes, c'est beaucoup trop court pour vraiment connaître la très riche vie de Rosa Bonheur et sa famille. Je conseille donc de lire plusieurs ouvrages :

Bonheur Borin couv.JPG

L'indispensable Rosa Bonheur - Une artiste à l'aube du féminisme - Marie Borin.

Bonheur Klumpke couv.JPG

Si vous réussissez à le trouver, le formidable et très touchant livre de Anna Klupke, qui a longtemps partagé le domicile et l'amitié de Rosa Bonheur

P1180470.JPG

Le petit livre très bien fait édité par le Musée de Vernon à l'occasion d'une belle exposition sur Rosa Bonheur 

Et pour réécouter l'émission :

France Culture : Rosa Bonheur

14:43 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (3)

11 avril 2016

NOUVELLE CREATION : LE DRAGON DE KOMODO

Voici une nouvelle sculpture, encore en terre : le "Dragon de Komodo". Ce très grand varan, sorte de lézard, vit en Indonésie centrale, dans quelques îles près de Bornéo, dont l'île de Komodo. Il en reste environ 5000 individus.

P1010480 détourée N&B.jpg

Varanus komodoensis peut dépasser les trois mètres et peser plus de 150 kg. Le plus grand varan connu mesurait 3,13 m pour 166 kg.

P1010532 détourée N&B.jpg

Le Dragon de Komodo peut courir à 20 km/h et plonger profondément. Les jeunes grimpent aux arbres pour éviter de se faire dévorer par les grands adultes. Ceux-ci possèdent un corps massif, aux pattes puissantes armées de très grandes griffes. Leur queue est aussi longue que leur corps. Ils marchent généralement à pas assez lents, les coudes vers l'extérieur, ce qui leur donne un air patibulaire, la queue traînant au sol. Ils sortent constamment leur langue, qui est leur principal organe sensoriel. Leur peau forme de nombreux plis.

P1010520 détourée N&B.jpg

Les Dragons de Komodo peuvent s'attaquer à des proies aussi grosses qu'un cerf, un sanglier et même un buffle. Pour ce faire, ils mordent un animal et attendent patiemment que cette blessure s'infecte. Selon certaines sources, l'infection est rapide à cause des marigots, où traînent tous les microbes et bactéries imaginables, et du climat humide et chaud. Selon d'autres sources, le dragon de Komodo empoisonne lui-même ses proies, soit par venin, soit par les nombreuses bactéries hébergées sur ses gencives et ses dents. La question de savoir si le dragon de Komodo est venimeux ou non ne semble pas tranchée. Vidéo Dragon et buffle

P1010539 détourage N&B.jpg

La mâchoire de ces animaux peut s'ouvrir démesurément et leur permet d'avaler une proie aussi grosse qu'une chèvre. Le varan de Komodo peut être dangereux pour l'homme. Toutefois, les cas d'attaques sont très rares. Nicole Viloteau, herpétologue, a réussi à approcher de très près les dragons et a établi une sorte de familiarité avec eux, allant jusqu'à les caresser, les abreuver, arracher les tiques qui les font souffrir, etc. Les varans restent toutefois imprévisibles. Voir : Vidéo Nicole Viloteau et dragons

Dans l'un des derniers James Bond, Skyfall, une rixe se termine dans une fosse contenant des dragons de Komodo et ceux-ci n'ont pas l'air d'apprécier cette intrusion : Vidéo James Bond et les dragons

P1010493 détourée N&B.jpg

Je me suis attaché à rendre ici l'aspect massif d'un grand varan, son ventre lourd, ses pattes puissantes et sa tête si particulière. Il se hisse sur ses antérieurs pour apercevoir une proie ou quelque chose qui l'intrigue. La peau laisse deviner par endroit l'aspect écailleux, toutefois beaucoup moins marqué que sur un crocodile.

P1010521 détourée N&B.jpg

10:24 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (3)

04 avril 2016

LIVRE : L’ÉLÉPHANT DE NAPOLEON

Voici un livre très étonnant qui m'a été offert par une collectionneuse et que je vous conseille : "L'éléphant de Napoléon".

P1160529.JPG

On connait la girafe de Charles X, qui a débarqué à Marseille au XIXème siècle et est remontée à Paris accompagnée de Geoffroy Saint Hilaire, le Conservateur du Muséum, mais l'éléphant dont il est question ici est différent. Il s'agit du projet d'un grand monument qui aurait dû être installé place de la Bastille.

Après avoir envisagé d'y construire un arc-de-triomphe, Napoléon et Vivant Denon, doyen des savants de l'expédition d'Egypte, Directeur du Muséum central des arts et administrateur des arts depuis 1802, décident en 1808 qu'un pachyderme aurait toute sa place sur le lieu de l'ancienne forteresse. Le 2 décembre 1808, la première pierre est posée.

P1130894.JPG

Eléphants de Pairi Daiza (Belgique) arrosant le public

Le 9 février 1810, un décret consacre le projet et prévoit ceci : "Il sera élevé, sur la place de la Bastille, une fontaine sous la forme d'un éléphant en bronze, fondu avec les canons pris sur les Espagnols insurgés ; cet éléphant sera chargé d'une tour et sera tel que s'en servaient les Anciens ; l'eau jaillira de sa trompe. Les mesures seront prises de manière que cet éléphant soit terminé et découvert au plus tard le 2 décembre 1811".

Vivant Denon prévoit qu'il faudra 177 tonnes de bronze. Car c'est un colosse qui est prévu : 15 mètres de haut et 16 mètres de long, l'ensemble culminant à près de 24 mètres.

P1160531.JPG

Hélas, la conscription a emporté loin de Paris les ouvriers dans la force de l'âge et l'on manque de bras. Le chantier prend du retard et, en 1813, bien que les travaux de terrassement et de maçonnerie soient presque terminés, Napoléon s'impatiente. Tous les ouvriers disponibles doivent être embauchés, surtout les plus âgés, décide-t-il.

Plusieurs projets ont été envisagés : un éléphant nu et seul, un éléphant couvert de draperies et tentures surmonté d'un guerrier grec brandissant une lance, un éléphant portant un immense trône ou encore un siège dont se lève un dignitaire égyptien présentant en offrande un sabre, un éléphant de guerre avec une vaste tour sur le dos, etc.

Louvre 3.jpg

Eléphant monté par un indien - AL Barye (Musée du Louvre)

Dans tous ces projets, il est prévu une fontaine et des jeux d'eau. Jaillissant parfois de sa trompe vers le ciel, l'eau est également présente sous forme d'une cascade entourant tout le socle. L'alimentation viendra du canal Saint-Martin.

P1160530.JPG

En 1810, voulant se faire une idée précise des proportions du géant, Vivant Denon commande aux sculpteurs Moutoni puis Bridan un modèle grandeur nature en bois et fer, recouvert de plâtre. Il est installé sous un vaste hangar au sud-est de la place de la Bastille. Un gardien, le dénommé Levasseur, lui est affecté. Il loge dans une des pattes de l'éléphant.

Mais en 1815, la Restauration stoppe le chantier. S'en suivent idées d'abandon et tentatives de terminer le projet. L'éléphant en plâtre reste là et se dégrade peu à peu. On raconte qu'il héberge des milliers de rats, qu'il sert de refuge aux voleurs. Dans son roman, Victor Hugo en fait le refuge du jeune Gavroche.

Finalement, à la place du pachyderme, on érigera la colonne de Juillet en mémoire des victimes des trois journées de 1831. Et ce n'est qu'en 1846 que le modèle en plâtre, en piteux état, est démoli. Effectivement, des cohortes de rats s'en échappent, terrorisant pour longtemps le quartier.

P1160532.JPG

Lorsqu'on lit ces incroyable histoire, on se demande pourquoi elle n'est pas plus connue. Pour ma part, jamais je n'avais entendu parler de ce projet gigantesque et j'ignorais que la taille excessive du socle de la colonne de Juillet, les têtes de lions sur son pourtour, la voûte circulaire en sous-sol, le passage du canal Saint-Martin dataient du chantier de l'éléphant.

L'intérêt de ce beau livre, passionnant, est multiple : raconter cette incroyable histoire, bien sûr, mais aussi l'illustrer très abondamment avec de nombreuses reproductions de gravures et dessins, élargir la réflexion à la vision de l'orient à cette époque, aux réalisations artistiques et architecturales sur le thème de l'éléphant, etc.

La dernière partie de l'ouvrage est spectaculaire et m'a fait croire que cet éléphant existait bien ! Les auteurs ont en effet reconstitué virtuellement le monument et font défiler à ses pieds majestueux les Parisiens de 1930, 1936, 1968, 2013, etc.

P1160533.JPG

Je vous conseille donc vivement cet ouvrage aussi agréable à lire qu'étonnant et instructif.

L'éléphant de Napoléon

Matthieu Beauhaire - Mathilde Béjanin - Hubert Naudeix - Préface de Georges Poisson

Editions Honoré Clair - 96 pages - ISBN : 978-2-918371-17-5 - Octobre 2014 - 32 €

17:54 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)