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17 septembre 2014

"MONSIEUR BARYE"

Je viens de relire "Monsieur Barye" par Michel Poletti, qui est également, avec Alain Richarme, l'auteur d'un ouvrage de référence paru en 2000 : "Barye - Catalogue raisonné des sculptures" (Gallimard).

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"La vie de Barye se raconte en quinze lignes" (Charles Blanc, historien et critique d'art contemporain de Barye). Heureusement que M.Poletti ne s'en contente pas et va bien au-delà, puisant dans une abondante documentation et s'appuyant notamment sur "L'oeuvre de Barye" de Roger Ballu, paru en 1890.

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"Monsieur Barye" se lit comme un roman. On y découvre un enfant pauvre et sans instruction, entrant très jeune en apprentissage chez un graveur sur acier, mobilisé en 1811 comme huit autres employés mais seul survivant en 1814. Très tôt "tourmenté par sa vocation de sculpteur" selon ses propres mots, son destin a peut-être été radicalement influencé par un sculpteur faisant partie comme lui de la Garde Nationale et qui lui donna des conseils. Barye en parlait comme d'une rencontre importante.

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A l'époque, la seule façon pour un artiste de se faire remarquer, de vendre, d'engranger des commandes et donc de vivre était le salon des artistes français, que l'on appelait simplement "le Salon". Par ses origines prestigieuses - il a été créé par Colbert - et par l'abondance des œuvres présentées, il est extrêmement réputé et populaire. La presse se fait l'écho de ce qu'on y voit, ce qui s'y passe, les critiques y assassinent des artistes ou les portent aux nues, des scandales éclatent à propos de certaines œuvres comme, par exemple, "Le gorille emportant une négresse" de Frémiet (NB : "Le déjeuner sur l'herbe" de Manet fit lui aussi scandale, en 1863, mais c'était au Salon des Refusés).

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A l'époque de Barye, au Salon, les peintres se taillent  la part du lion alors que les sculpteurs sont relégués dans un couloir étroit et sombre. Lors du vernissage - terme né au Salon - la foule est immense et... pas toujours très soigneuse ! Balzac, dans un de ses romans, raconte que les sculptures sont "entassées les unes sur les autres dans un espace de quelques pieds carrés et si serrées que quatre personnes ne peuvent rester en même temps à les examiner". Une chroniqueuse de l'époque évoque "le public le plus vulgaire, les femmes les plus communes, les tournures les plus grotesques. Et puis, quelle foule ! Comme on se pousse ! A chaque porte, quelle cohue !". Avec philosophie, Barye raconte, lui, que ce qu'il présente "placé au bas de l'escalier servait de vestiaire. Souvent, j'y trouvais accroché quelques paletots ou quelques châles. Mais, enfin, j'y étais !".

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Barye aura de nombreux enfants (11 ! dont Alfred, très bon sculpteur lui aussi) mais hélas il en perdra beaucoup, comme sa première femme, et la quasi-misère le forcera à les déposer à la fosse commune. Car il fallut attendre bien longtemps avant que son génie, pourtant remarqué par les critiques dès ses premiers envois au Salon, lui permette d'enfin "décrocher" des commandes publiques, de récupérer ses moules, chefs-modèles et outils - jusqu'à son poinçon - gagés chez son créancier. Ce n'est qu'à près de 60 ans qu'Antoine-Louis Barye peut enfin jouir d'une certaine aisance. "J'ai attendu les chalands toute ma vie, ils m'arrivent au moment où je ferme mes volets !" dira l'artiste avec sans doute un peu d'amertume.

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M.Poletti trace ainsi le portrait d'un homme profondément humble, d'une extrême honnêteté, travailleur infatigable, mû par un élan, une force intérieure qui lui fait traverser toutes les difficiles épreuves de la vie, d'un XIXème siècle très agité, et surmonter les pièges et mauvais coups des jaloux.

Barye était aussi peintre et fit partie de l'école de Barbizon, où il acheta l'ancienne maison de l'excellent peintre Olivier de Penne. La principale source d'inspiration de sa sculpture et de sa peinture, à lui qui ne quittait pas souvent Paris et ne voyagea jamais hors de France, est toujours restée la ménagerie du Jardin des Plantes, où, très jeune, il entrait furtivement à l'aube grâce au gardien (le "père Rousseau"), qui lui offrait parfois quelques tartines soustraites aux ours.

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Comme, plus tard, avec Rosa Bonheur, on pourrait presque dire que les collectionneurs et marchands américains découvrirent Barye avant les Français, précisément à partir de 1859. En 1873, Corcoran, qui venait de créer à Washington la Corcoran Gallery, décide d'y créer une salle entière dédiée à Barye. Pour la remplir, il commande à l'artiste une pièce de chacun de ses modèles. "Mon propre pays n'en a jamais fait autant pour moi !" dira Barye, ému aux larmes. 

 

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Je n'ai cité ici que quelques épisodes de la vie de ce grand artiste mais on comprend déjà que la vie de Barye ne se résume finalement pas "à 15 lignes" mais est contraire très riche. Abondamment illustré, bien écrit, ce livre est d'un très grand intérêt. A lire.

"Monsieur Barye" - Michel Poletti - Editions Acatos - Novembre 2002 - 322 p.

21:25 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)

02 septembre 2014

EDITION EN BRONZE DES ZÈBRES DE GRANT SE BATTANT

Voici l'édition en bronze des zèbres se battant. Il s'agit en fait d'un étalon harcelant une jument pour la ramener, elle et son petit, dans la harde.

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Pour en savoir plus, vous pouvez vous reporter à la note suivante :

http://www.damiencolcombet.com/archive/2014/04/15/nouvell...

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C'est une pièce assez grande, mesurant environ 40 cm de long.

Ce modèle, le 1/8, est actuellement présenté à la galerie Michel Estades à Lyon.

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D'autres images sur l'album photo à droite de cette page.

Et puis, pour s'amuser, une photo du tout petit poney shetland (10 cm de haut) en bronze mais avec une patine colorée, proche de la robe des véritables poneys.

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20:00 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

12 août 2014

NOUVELLE CREATION : ORYX AU GALOP

L'Oryx est une grande et magnifique antilope africaine, certainement l'une des plus belles avec le grand koudou. Élancée et puissante, élégante, armée de deux immenses cornes, elle ressemble à un bel athlète, avec son cou épais, ses longues jambes fines, son beau masque noir mystérieux.

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L'oryx fut d'abord l'un de mes grands échecs, une tentative ratée, douloureuse, de représenter ce très bel animal qui me fascine depuis que, enfant, je jouais avec un oryx de la marque Starlux que possédait mon frère et qui me semblait très fin. Il avait également un grand koudou qui rejetait la tête en arrière mais, avec ses longues cornes torsadées, il ressemblait à une hystérique. L'oryx avait vraiment plus belle allure ! Mais, bien des années plus tard et jusqu'à ce jour, je n'avais pas réussi à représenter en terre la finesse et la puissance de cette antilope et j'ai dû détruire l'ébauche en terre, ridicule.

Oryx gazelle, gemsbok, oryx d'Arabie, oryx algazelle, voire addax... Il  a de quoi se perdre parmi les multiples noms d'espèces et sous-espèces qui se ressemblent plus ou moins.

Traitons tout de suite le cas de l'addax (Addax nasomaculatus) : même s'il fait partie de la grande famille des Hippotraginés (Oryx et Hippotragues rouans et noirs), ce n'est pas un oryx ; il en a un peu l'allure et les longues cornes (plus d'1 m) mais celles-ci sont légèrement torsadées comme celle des koudous et sa robe est plus claire, presque blanche l'été. 

On peut également reconnaître facilement l'oryx algazelle (Oryx dammah) à la courbure de ses longues cornes (le record mondial est de 1,27 m sur un spécimen tué au Tchad en 1959), à sa robe très claire et à l'absence de marque noires aussi nettes que chez ses cousins.

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Oryx algazelle (zoo de Trégomeur en Bretagne)

Restent les animaux se ressemblant le plus : le Gemsbok, l'Oryx beisa, l'Oryx à oreilles frangées et l'Oryx gazelle. En fait, les trois premiers sont des sous-espèces du quatrième, l'Oryx gazelle.

L'Oryx beisa, le plus lourd, vit en Erythrée, en Somalie, en Ethiopie et au nord du Kénya. Il peut peser plus de 220 kg. L'Oryx à oreilles frangées, qui doit son nom à la touffe de poils qui prolonge chacune de ses oreilles, est le plus léger, ne dépassant guère les 200 kg. Il habite le sud du Kénya et la Tanzanie. Enfin, le Gemsbok se trouve franchement au sud-ouest de l'Afrique, en Namibie, Botswana et Zimbabwé.

Il est bien difficile de distinguer ces trois sous-espèces à leur seule apparence. Notons toutefois les oreilles de l'Oryx à oreilles frangées, la robe plus grise et les traits noirs particulièrement marqués sur le Gemsbok.

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Gemsbok

Les cornes d'Oryx les plus longues ont été mesurées sur un animal tué en 1981 au Botswana. Elles mesuraient 1,23 m. Presque parfaitement droites sauf pour l'algazelle, les cornes d'Oryx sont des armes terribles, qui peuvent être extrêmement efficaces contre les grands fauves comme les chasseurs. Selon Pierre Fiorenza ("Encyclopédie des animaux de grande chasse en Afrique"), "Cet animal est belliqueux et assez dangereux, surtout blessé par un chasseur ou un fauve. Ses charges sont si fréquentes que les lions eux-mêmes, pourtant amateurs de sa chair, l'abordent avec prudence. La captivité lui est pénible et il y conserve son humeur combative".

Curieusement, l'Oryx a été acclimaté en Amérique du Nord où il est maintenant chassé.

Chez les Oryx, mâles et femelles portent des cornes. Elles sont même généralement plus hautes et plus fines chez les secondes, ce qui en fait des trophées recherchés. A noter encore, comme chez de nombreuses antilopes, la position des oreilles, situées très en arrière de la tête, presque déjà sur le cou.

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Oryx à oreilles frangées

Cette fois, je crois être parvenu à modeler un Gemsbok au galop, ses jambes fines, son cou très épais qui descend obliquement presque jusqu'au milieu du dos, son museau bien droit, ses cornes fines parfaitement alignées sur le chanfrein, sa queue touffue, la courte crinière en brosse qui se prolonge en "raie de mulet" jusqu'à la queue, la bouche largement fendue et les naseaux à peine visibles. La fonderie réussira-t-elle à modeler les cornes très fines que j'ai faites en terre et qui se sont cassées trois fois ? Je ne sais pas, mais s'il le faut, je les referai en cire. Sur certaines photos, n’apparaît qu'une seule corne : bien qu'il existe de tels Oryx dans la nature, ce ne sera pas le cas du mien, qui aura bien deux armes sur la tête. Mais pour qu'elles soient bien identiques, je n'en ai fait qu'une et la fonderie la réalisera en double. La pointe sera affinée lorsqu'elle sera en bronze, ce qui n'est pas possible en terre.

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Dimensions : 26 cm (long) x 24 cm (haut) x 7 cm (prof.). Si j'en ai le courage, je ferai bientôt des compagnons d'échappée à ce bel Oryx.

20:14 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)

22 juillet 2014

NOUVELLE CRÉATION : LE COUPLE DE GUEPARDS

Puisque me voilà lancé dans la série des grands fauves, je continue avec ce couple de guépards.

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J'avais déjà modelé un petit guépard, qui m'a bien aidé à comprendre les formes étonnantes de cet animal à mi-chemin entre le chien et la panthère.

Du premier, en particulier du lévrier, il a l'allure altière, la petite tête, les griffes non rétractiles, la mâchoire peu puissante, le thorax profond et la taille de guêpe. De la seconde, il a la tête ronde, le pelage tacheté (bien que les tâches soient plus grandes chez la panthère). Comme d'habitude, c'est en le modelant, en passant de longs moments sur le dos, les postérieures, les doigts que l'on étudie le mieux la morphologie d'un animal. J'ai donc dû être fidèle à la réalité : une tête minuscule, un long corps, un cou assez court (que j'avais à l'origine fait plus long mais que j'ai raccourci), un torse d'un volume considérable, des pattes d'une longueur inouïe, une taille ultra-fine, des "pectoraux" imposants, des cuisses fines mais arrondies, véritables ressorts pour les courses effrénées à plus de 110 km/h, et l'ensemble dégageant une allure assez raffinée, presque fragile.

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C'est la tête du mâle debout qui m'a sans doute donné le plus de difficultés : pendant des heures, j'ai ajouté de la terre, j'en ai enlevé, je l'ai travaillée pour arriver à ce résultat dont je ne suis finalement pas mécontent. Le guépard a une tête petite, ronde, avec un tout petit museau, des arcades sourcilières très prononcées sans doute pour se protéger tant du soleil que du vent de la course. Petit entorse à la réalité : j'ai marqué les traces des deux "larmiers", lignes noires qui descendent des yeux aux commissures des lèvres, alors qu'en réalité il ne s'agit que de taches sur la fourrure. Mais ça me paraissait utile.

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J'aime le contraste entre la femelle, encore jeune, qui se roule sur le dos, mi-joueuse mi-séductrice, tandis que le mâle feint de l'ignorer et observe au loin les dangers ou les proies. Pourtant, il finira par baisser la tête et regarder la belle femelle, et les choses iront alors plus loin entre eux...

Et si, sur ces photos, la femelle semble plus foncée que le mâle, c'est simplement que la terre de celle-ci n'était pas tout à fait sèche !

12:38 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

12 juillet 2014

LA GRANDE INTERVIEW DU FONDATEUR DU ZOO DE ST-MARTIN-LA-PLAINE

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J'ai parlé à plusieurs reprises sur ce site du beau parc animalier de Saint-Martin-La-Plaine dans la Loire, entre Lyon et St-Etienne (160 000 visiteurs par an), et notamment de ses grands singes. J'ai rencontré à plusieurs reprises son fondateur et son épouse, Pierre et Éliane Thivillon, je suis membre de l'Association "Tonga Terre d'Accueil", j'ai visité les coulisses du parc, je me suis inspiré de magnifique Platon et de ses cousins pour certains de mes bronzes.

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Récemment, grâce à Thierry Lyonnet, la radio nationale RCF a interviewé Pierre Thivillon. Je vous invite à retrouver en Podcast cette émission de 55 mn, dense, instructive, très émouvante parfois (il vous faudra vous enregistrer pour accéder à cette émission, mais c'est rapide et gratuit) :

http://podcast.rcf.fr/emission/143216/807902

15:40 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)