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11 mars 2014

NOUVELLES CRÉATIONS : "LE LION AU CIRQUE", "LE TIGRE AU CIRQUE" ET "L'OURS POLAIRE AU CIRQUE"

Quel sculpteur ne s'est pas un jour confronté au lion ? Bartholdi, Moigniez, Fratin, Jacquemart, Valton, Delabrierre, Alfred Barye, Cain, Jouve, Bugatti se lancèrent dans le modelage du "roi des animaux". Antoine-Louis Barye en réalisa une bonne vingtaine sans compter les agrandissements et réductions. Même le très sage Pierre-Jules Mêne, peu attiré par l'exotisme, fit un "Lion de Haute-Nubie", en réalité peu réussi. Je crois que seul Emmanuel Frémiet négligea ce beau sujet.

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Lion de l'Atlas (zoo du parc de la Tête d'Or à Lyon)

Certains de ces lions ont une pose très naturelle, d'autres sont prétentieux, il y en a qui dévorent une proie ou sont en pleine bataille contre un animal aussi gros qu'un cheval, mais l'un des plus étonnants est celui de Jacquemart au Jardin des Plantes à Paris : parfaitement réalisé mais dans une position curieuse, la tête baissée, il hume un pied humain, sans que l'on sache si ce fauve est ou non l'auteur du meurtre.

Voir : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lionjac1.JPG

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S'attaquer au lion, si j'ose dire, est difficile : comment rendre l'allure ennuyé et noble du félin, sa puissance et son inaction, la force et le calme ? S'y ajoute une autre difficulté : comment modeler correctement la crinière ? Ces longs poils laineux ont causé beaucoup de soucis à mes illustres prédécesseurs. Mêne a préféré ne pas en mettre sur son lion, Fratin en a fait des totalement hirsutes, comme si ses lions avaient abusé d'un puissant gel capillaire, Barye est parfois tombé dans le ridicule, l'un des lions semblant tout droit sorti de chez le coiffeur, la crinière bien gonflée par un brushing.

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J'ai donc osé travailler ce sujet mais je souhaitais simplement faire une esquisse me permettant de faire des essais de crinière. Finalement, cette esquisse, assez petite puisque le lion mesure 14 cm de haut sans la queue ni le tabouret, est devenue un véritable lion. Prolongeant l'inspiration du cirque que l'on retrouve dans l'hippopotame gueule ouverte j'ai juché mon fauve sur un tabouret. Je dois dire que, comme prévu, la crinière m'a donné beaucoup de mal : tantôt gonflée comme si elle était amidonnée, tantôt plate et minable comme si le pauvre lion venait de recevoir une averse, elle est passée par bien des étapes...

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Et notre lion a été rejoint il y a peu par un tigre puis par un ours polaire. Les dompteurs disent que les lions ne sont pas les plus difficiles à dresser, et que les ours et léopards sont plus traîtres ou moins dociles.

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Peut-être qu'une grande série de fauves (ours brun, léopard, puma, etc.) verra ainsi le jour, en hommage aux grands dompteurs qui, tel Alfred Court, réussirent à présenter des numéros mixtes incroyables, où l'on pouvait voir en piste 6 ou 7 espèces différentes, y compris des grands chiens danois.

Lire : http://alfred.court.free.fr/lacageauxfauves.htm

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05 mars 2014

VISITE AU MUSÉE D'ART DE CLERMONT-FERRAND

Clermont-Ferrand : on en connaît la cathédrale, massive, noire et belle, aux superbes vitraux, on associe Clermont à Michelin, on situe la chaîne des puys, les villes voisines (Vichy, Thiers...). Mais connaissez-vous le musée d'art Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand ? 

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Situé dans le quartier historique de Montferrand (pour mémoire, la capitale de l'Auvergne est issue de l'union imposée par Louis XIII puis confirmée par Louis XIV des villes de Clairmont et Montferrand), le musée est installé dans l'ancien couvent des Ursulines (XVII et XVIIIèmes siècles), à l'aspect extérieur un peu austère.

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L'intérieur est en revanche résolument moderne et très agréable : vastes espaces, lumière naturelle généreuse malgré un temps gris et pluvieux le jour de ma visite, circuit reposant. Le cœur du musée est constitué par un atrium éclairé par une grande verrière (photo ci-dessous). Les collections sont réparties sur 5 niveaux, du sous-sol au 3ème étage.

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Ce n'est pas le Louvre, bien sûr, ni même le Musée des Beaux-Arts de Lyon, mais on peut, en une heure ou deux, y faire un beau voyage dans l'histoire de l'art, de la période médiévale (RDC) à l'époque contemporaine (sous-sol). Sans surprise, ce sont les 1er et 2ème niveaux qui m'ont le plus intéressé, avec des œuvres classiques du XVIIème au XIXème siècle.

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"L'arracheur de dents" de Rombouts.

On y voit avec amusement les inévitables scènes de genre un peu figées, les grandes scènes de la Bible remarquablement composées et réalisées mais très académiques, les paysages devant lesquels on passe trop vite, mais quand on a le temps et qu'il n'y a pas beaucoup de visiteurs (j'étais seul ce jour-là !), on prend le temps de s'arrêter quand même devant quelques cavaliers se reposant sous un arbre ("La halte" attribuée à Wouvermans), de détailler une grande "Foire de village" de Van Marcke, d'admirer une immense vue du "Mont-Dore après l'orage" de Desbrosses ou le charmant "Esclave d'Horace" (de Doerr), qui revenant du marché, son panier à la main, regarde une affiche annonçant le programme des jeux du cirque.

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"Le martyre de Saint Jean à la Porte Latine" par  Halle.

Quelques peintures d'histoire typiquement XIXème suscitent l'admiration. Voici en particulier (ci-dessous) une grande toile "Une porte du Louvre le matin de la Saint-Barthélémy" par Debat-Ponsan, peintre qui connût son heure de gloire sous la IIIème République mais est maintenant presque oublié, à tort me semble-t-il. Au centre de la scène, Catherine de Médicis, le visage impassible, est suivi de ses filles d'honneur et de la cour des Valois, qui selon la notice vinrent "examiner avec encore plus d'impudeur que de curiosité les corps dépouillés des gentilshommes huguenots de leur connaissance" (source : Mémoire de l'état de la France).

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Tout aussi grand mais plus gai, la "Réception de Christophe Colomb par Ferdinand et Isabelle", oeuvre remarquable de Deveria.

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Le musée présente également quelques peintures que l'on pourrait rattacher au courant symboliste, comme ce curieux et très romantique "Les nuits de Musset" par La Foulhouze, scène inspirée d'un poème de Musset, en quatre parties, Les Nuits, paru en dans La Revue des Deux Mondes de 1835 à 1837.

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Voici encore une très belle oeuvre, presque inquiétante : "Sainte Cécile" par Dubufe. Pour avoir refusé de sacrifier aux divinités païennes, Sainte Cécile, la plus populaire des martyres romaines, fut condamnée à mourir étouffée par les vapeurs les plus chaudes des thermes romains, mais une fraîche vapeur céleste la sauva. Elle fut donc décapitée.

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"Sainte Cécile" (détail)

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Une grande salle présente des sculptures (hélas pas de bronze animalier !), de qualités à vrai dire inégales.

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Au 2ème niveau, un espace est dédié à Blaise Pascal, né à Clairmont en 1623. On y voit l'une de ses machines à calculer, des peintures, un masque mortuaire, des tableaux et sculptures dont ce fort joli biscuit en porcelaine de Sèvres, par Pajou. 

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Enfin, le sous-sol abrite une sélection des plus belles œuvres du XXème acquises par Simone et Maurice Combe, mécènes et généreux collectionneurs clermontois. De nombreux tableaux de Bernard Buffet de différentes périodes y sont présentés. Certains sont assez austères comme ce portrait de Simone Combe (ci-dessus) mais d'autres (ci-dessous) sont extraordinairement gais et colorés.

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Musée d'art Roger-Quilliot - Place Louis Deteix - Clermont-Ferrant (fermé le lundi).

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26 février 2014

LA VALEUR D'UN BRONZE (56) : L'ANE BRAYANT DE NAVELLIER

Voici une nouvelle demande à propos d'un beau bronze, qui plus est d'un artiste dont je n'ai encore guère parlé ici : Edouard Navellier. C'est M. Loïc L. de Dinan qui m'envoie quelques photos de cet âne brayant, ou "braillant" comme mentionné dans "Les bronzes du XIXème" de P.Kjellberg. Mais après tout, un âne peut bien braire ou brailler...

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Edouard Navellier est né à Paris en 1865 et mort à Laroche-Migennes dans l'Yonne en 1944. Fils d'imprimeur, il apprend la gravure avec son père mais à la suite d'un accident qui le laissera infirme, il se tourne vers la peinture puis, à l'occasion d'une visite à Paris dans ce Jardin des Plantes qui a nourrit l'inspiration de tant d'artistes, il se lance en autodidacte dans la sculpture animalière. Comme Rembrandt Bugatti (1885-1916), il étudiera aussi les animaux au zoo d'Anvers.

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Il a commencé à exposer ses œuvres au Salon des Artistes français en 1895 puis au Salon d'Automne en 1903. Il y recevra plusieurs médailles. Le Salon d'automne lui consacrera d'ailleurs une rétrospective en 1945, un an après sa mort. 

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Navellier a créé environ 80 modèles. Selon le "Dictionnaire des sculpteurs animaliers" du Dr Hachet, on ne peut rattacher cet artiste à aucun courant existant à l'époque. On peut en effet discerner plusieurs styles dans ses bronzes : certains sont parfaitement finis, très figuratifs, comme le magnifique "Grand rhinocéros debout" qui, avec "Il Passe !" (éléphant écrasant des pélicans), est l'une de ses œuvres les plus connues. Mais on peut aussi voir dans certains autres comme notre âne justement le travail brut du sculpteur, qui ne cherche pas à lisser la surface mais à laisser visible la force des coups de spatules et d'ébauchoirs. Le beau taureau ci-dessous se situe lui dans le style de Rosa ou Isidore Bonheur.

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Navellier a créé une grande diversité d'animaux : chevaux, taureau, âne, éléphant, chat bien sûr, mais aussi kangourous, ours, buffle, bison, zébu, brebis, lionne, chevreuil, etc. Ses bronzes sont en général de très bonne facture car l'artiste les ciselait et les patinait souvent lui-même. C'est précisément le cas de notre âne, nous dit P.Kjellberg dans son ouvrage de référence "Les bronzes du XIXème". Il le date de 1907.

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Avec sa chaude patine marron et noire, cet âne, qui mesure 35 cm de long et 24 cm de haut est superbe : les pattes fines, les sabots petits, le ventre rebondi, le cou étroit, il fait connaître par son affreux cri de poulie rouillée son mécontentement d'être seul. Sa bouche grande ouverte lui donne un air benêt et le collier qu'il porte au cou semble bien lourd. A sa taille, on devine que ce n'est pas un petit âne arabe comme en a modelé Caïn, mais plutôt une grande bête du Cotentin. Quel talent pour saisir ainsi sur le vif cette scène et la rendre si vivante !

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La cote de Navellier sur le marché est assez mystérieuse : ses œuvres sont rares en galerie comme en salle des ventes (45 résultats seulement sur Artprice à comparer par exemple avec plus de 6000 ventes pour Barye), elles sont très souvent d'excellentes qualité et pourtant elles ne sont pas toujours hors de prix. A titre d'exemple, un magnifique cheval au licol de plus de 30 cm de long est généralement adjugé autour de 1600 Euros, ce qui est très raisonnable. Plusieurs pièces estimées autour de 4000 Euros ne trouvent pas preneur. Et puis au contraire, certaines estimations s'envolent avec des adjudications à 5000, 9000, 12000 Euros voire bien plus tel ce rhinocéros vendu à Londres en 2009 à plus de 15000 Euros.

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L'âne de notre internaute n'atteindrait sans doute pas la cote du rhinocéros, qui se situe toujours au plus haut des ventes d’œuvres de Navellier, mais il possède de nombreux atouts : c'est un sujet plaisant, très bien réalisé, qui a une histoire particulière puisqu'il a été édité, ciselé et patiné par l'artiste lui-même et a été présenté au Salon. Son passage en salle des ventes est rarissime, semble-t-il, ce qui d'ailleurs empêche toute référence de prix. Intuitivement, je pense donc qu'avec un tel pedigree, notre âne brayant pourrait être estimé autour de 2500 Euros, mais il n'est pas impossible qu'en vente un passionné fasse monter bien plus haut cette estimation.

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20 février 2014

NOUVELLE CRÉATION : L'HIPPOPOTAME AU CIRQUE

Encore un hippopotame ! Après le groupe des "Hippos au bain", en voici un au cirque (32 cm de long).

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J'aime beaucoup le cirque et je ne compte plus les séances auxquelles j'ai assisté, en France ou à l'étranger, sous des chapiteaux parfois disparus hélas : Amar, Jean Richard, Pinder, Bouglione, mais aussi l'American Circus, l'American Parade, Medrano, Moralès, etc.

Je sais qu'il est parfois mal vu, de nos jours, d'aimer les ménageries, mais autant le dire, ce sont bien les animaux que je préfère dans ces spectacles : chevaux, éléphants, fauves, otaries, dromadaires, vaches (au cirque Medrano il y a quelques années), mais aussi lamas, zèbres, girafe et même... hippopotame (vu au Circo Americano lors d'une tournée en Espagne). L'irruption sur la piste d'un tel mastodonte est impressionnante et soulève l'enthousiasme des spectateurs. Des hippo son restés célèbres dans la mémoire des amateurs de cirque, comme celui de Fredy Kie Jr. ou celui du cirque Sarrasani. Je veux bien admettre, néanmoins, que la place d'un hippopotame n'est pas forcément au cirque, où il ne dispose guère de conditions de vie acceptables.

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Mais mon hippo en terre, lui, n'est pas si exigeant et je ne souhaite surtout pas qu'il se plonge dans l'eau !

L'idée de ce sujet m'a été soufflée par Monsieur Pascal J., qui a en lui la passion du cirque et m'a parlé de grands dresseurs comme les Dourov ou les Eötvös. Sa suggestion a rejoint mon envie de modeler l'incroyable intérieur de la gueule d'un hippopotame.

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En fait, ce n'est pas une gueule, mais un gouffre compliqué fait de dents démesurées, d'un palais étroit, de replis de chairs flasques, de débordements de lèvres, tout cela sur une bouche qui s'ouvre immensément, dans un sourire vaguement menaçant, laissant en haut une partie supérieure curieusement fine par rapport à la mandibule inférieure. Autre curiosité : on ne distingue guère la langue. Enfin, si l'on compare deux gueules d'hippopotames, on voit qu'il y a souvent de grandes différences dans le nombre et la position des dents. La fonderie va maintenant devoir travailler très soigneusement pour mouler puis fondre cette bouche étrange...

Le tabouret de cirque, impossible à trouver dans le commerce évidemment, m'a causé beaucoup de soucis : comment faire une telle pièce parfaitement circulaire, symétrique et solide ? Après plusieurs essais, j'y suis parvenu en utilisant tubes de cuivre, tuyaux en plastique, clous, carton, cire, etc... Le résultat est satisfaisant.

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D'autres vues sont visibles dans l'album photo à droite.

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14 février 2014

"HISTOIRE DE L'ART" PAR E.H. GOMBRICH

Comme beaucoup, j'aime visiter les musées des Beaux-Arts et, dès que je séjourne dans une ville, j'en profite pour faire un tour, parfois rapide, dans ces lieux où l'on est sûr d'être saisi d'émotion par au moins un tableau, une sculpture, un meuble. Le Louvre, Orsay, les musées de Dijon, de Nantes, de Lyon et tant d'autres méritent que l'on y passe et repasse, si possible avec les enfants à qui l'on promettra une visite très rapide, d'une heure maximum pour ne pas les lasser. J'aime bien leur demander de sélectionner une ou deux œuvres qu'ils aiment particulièrement et de m'expliquer pour quelle raison elle les touche. Avec un peu de chance, on retrouvera ces tableaux en carte postale à la boutique du musée, ce qui leur fera un bon souvenir. Peu à peu, ils éduquent ainsi leur regard et trouvent naturelle la fréquentation des œuvres d'art.

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La chasse au tigre - Rubens - Musée de Rennes

J'ai donc visité beaucoup de musées, en France et à l'étranger, mais je me suis toujours senti très ignorant de l'histoire de l'art, de l'enchaînement des différents courants et de leur "articulation", des facteurs qui ont conduit à l'émergence de la peinture flamande, des impressionnistes, de l'apport d'un Picasso ou d'un Salvador Dali, de l'intérêt pour l'art d'un Jackson Pollock ou d'un Soulages.

Je me suis donc renseigné auprès de conservateurs de musées et de libraires et l'on m'a vivement conseillé "Histoire de l'art" de E.H. Gombrich, dont l'épaisseur (près de 700 pages), l'abondance des reproductions et leur diversité (dessins, peintures, sculptures, architecture...) ainsi que la mention "Plus de 7 millions d'exemplaires vendus" me semblaient des gages de sérieux.

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L'auteur, né à Vienne en 1909, fut notamment directeur de l'Institut et professeur d'histoire de la tradition classique à l'université de Londres, de 1959 à 1976. Il reçut de très nombreuses distinctions internationales et fut même anobli en 1972. Il est décédé en 1976. Son Histoire de l'art a fait l'objet de seize éditions, retravaillées à chaque fois par l'auteur.

Il serait bien prétentieux et insensé de faire ici, en quelques paragraphes, la critique de cet ouvrage monumental et la réécriture de l'histoire de l'art. Néanmoins, je me risquerai à émettre quelques avis suite à la lecture du Gombrich, en faisant d'ailleurs un écho à ma note sur le livre de Luc Ferry

(cf. http:  //www.damiencolcombet.com/archive/2013/03/08/l-art-la-beaute-et-l-esthetique-1.html).

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Une scène de déluge - J.-D. Court - Musée de Lyon

L'auteur prévient, dans sa préface, qu'il poursuit le but de simplement mettre un peu d'ordre dans l'esprit des gens qui découvrent l'art, notamment jeunes et étudiants, qu'il s'est efforcé d'éviter tout jargon prétentieux et source de confusion, et qu'il ne parle que d’œuvres d'art dont on peut retrouver l'illustration dans son ouvrage. De fait, ce livre est extraordinairement facile à lire et les illustrations, de grande qualité, permettent de comprendre immédiatement les propos de l'auteur. On balaye donc les grandes tendances de l'histoire de l'art, de la préhistoire à Cartier-Bresson ou Nicolas de Staël (l'auteur ayant disparu en 1976, il manque hélas son regard sur les œuvres plus récentes).

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La Pieta - Michel-Ange - Basilique Saint-Pierre de Rome

J'émettrai quand même quelques critiques, mineures au regard de l'intérêt de cet ouvrage. Tout d'abord, l'art selon Gombrich se limite essentiellement à la peinture et l'architecture. Il y a bien quelques rares sculptures - aucune de la grande école animalière du XIXème hélas - et photos, mais quasiment pas de meubles ni d'objets d'art tels que les pendules. Gombrich ne parle absolument pas non plus de la musique, même cela peut s'expliquer par sa volonté de ne parler que des œuvres dont une illustration peut figurer dans le livre. Enfin, curieusement, certains courants pourtant marquants tels que l'orientalisme ne sont pas évoqués.

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 Histoire de l'Art - E.H. Gombrich - Pages intérieures

La lecture de cette histoire de l'art donne vraiment envie de creuser davantage le sujet. L'auteur parle des grandes œuvres classiques et des artistes les plus connus, du Parthénon à la tapisserie de Bayeux, de Giotto à Manet, de Van Eyck à Matisse, mais il s'arrête aussi sur des artistes moins connus malgré la qualité de leurs œuvres : tout le monde ne connaît pas Peter Parler Le Jeune, Willem Kalf ou Sir John Soane. Et l'incroyable abondance des créations humaines en matière artistique est telle que l'on pressent qu'il faut aller beaucoup plus loin pour commencer à comprendre un peu plus ce vaste domaine passionnant.

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Nef de la basilique de Vézelay

Je vais maintenant émettre quelques réflexions tout à fait personnelles et certainement très approximatives voire erronées aux yeux des experts de l'histoire de l'art, mais après tout pourquoi m'en priverais- je ?

J'ai été frappé en lisant ce livre de l'absence de continuité, de ligne directrice majeure dans l'histoire de l'art. Nous avons souvent en nous la conviction que l'histoire a un sens, marque une progression vers quelque chose, que chaque génération s'appuie sur la précédente pour avancer. Il en serait ainsi pour l'art, l'apogée se situerait chez les impressionnistes pour les plus conservateurs, dans l'art ultra-contemporain pour les plus engagés, et finalement chaque âge ne serait là que pour servir de support au suivant. En réalité, l'histoire de l'art me semble marquée par une série d'allers-retours, de ruptures et d'hésitations. Je ne suis pas du tout certain que Picasso se situe à un rang plus élevé dans l'histoire de l'art que Fra Angelico, que Gauguin marque un "progrès" par rapport à Chardin, que les œuvres de Pollock soit plus intéressantes que les magnifiques fresques figurant sur une certaine tombe de Thèbes, que Le Corbusier ait fait mieux qu les architectes de l'Alhambra à Grenade.

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Le Mont Saint-Michel

Par ailleurs, la tendance actuelle est de s'intéresser à ce qui est original et, par conséquent, à croire que cette recherche de l'originalité et de la nouveauté fut le moteur principal des artistes. Il est exact qu'aujourd'hui, bon nombre de créateurs contemporains cherchant à se faire reconnaître essaient de s'affranchir à tout prix de ce qui a déjà été fait et veulent marquer leur temps par une oeuvre absolument inédite. En réalité, la mise en perspective des œuvres d'art montre, à mon sens, que les grands artistes du passé ont surtout été motivés par la volonté de faire mieux, ce qui est très différent. Cette quête de la perfection, impossible à assouvir, a parfois conduit à des nouveautés techniques et artistiques fantastiques, mais je doute fort que Le Caravage ou Michel-Ange, par exemple, aient voulu au fond d'eux marquer leur époque par la seule volonté de faire quelque chose de purement original. Leur sensibilité les a certainement amené sur des voies bien particulières, mais je crois qu'ils voulaient avant tout réaliser une oeuvre sublime.

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Mosaïque romaine - Tunisie

Enfin - et ce point est lié au précédent - on est frappé par l'importance qu'a peu à peu pris l'artiste par rapport à son oeuvre. Aujourd'hui, des artistes sont plus connus que leurs créations. Quelle différence avec une époque où l'oeuvre était au centre de tout ! Qui connaît les architectes de nos cathédrales ? Encore faut-il distinguer les artistes dont le nom est connu parce que leurs créations sont magnifiques et les artistes qui se sont efforcés de se faire connaître au moyen de leurs œuvres. Et l'on touche là à un aspect essentiel, je crois, de l'histoire récente de l'art : l'orgueil de l'artiste qui tient à s'affranchir de toute référence en vue d'exister pour et par lui-même. Il existe encore de nos jours, Dieu merci, d'excellents artistes mais je vise ici ceux que l'on met systématiquement en avant, ceux qui sont promus à toutes forces par des institutions officielles parce qu'ils sont dans la transgression et la nouveauté, les critères de Beauté et de perfection étant devenus totalement hors-la-loi.

Il serait trop long et très polémique de s'étendre encore davantage sur ce sujet, mais je renvoie, pour ceux que cela amuse, vers cette note : http://www.damiencolcombet.com/archive/2010/03/30/la-gran...

Histoire de l'art - E.H. Gombrich - Ed. Phaidon - 2001 - 688 p. - Existe également en édition poche. 

 

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