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21 juin 2013

LONG ARTICLE DANS "JOURS DE CHASSE"

J'ai l'honneur et la joie de voir paraître, dans le numéro d'été 2013 de la belle revue "Jours de chasse" (30000 exemplaires), un long article de 8 pages signé Virginie Jacoberger-Lavoué et portant sur mon travail.

Ce numéro paraît ce vendredi 21 juin 2013.

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09:04 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)

15 juin 2013

LE CAPITALISME ARTISTE, SELON G.LIPOVETSKY

Le sociologue Gilles Lipovestky a publié récemment chez Gallimard un nouvel essai écrit avec Jean Sarroy : "L'esthétisation du monde. Vivre à l'âge du capitalisme artiste" (Coll. "Hors Série Connaissance" - 2013 - 23,50 €) 

A cette occasion, le magazine L'Express du 29 mai 2013 a publié une longue interview de G.Lipovestky.

Le sociologue y explique que nous vivons "un temps suresthétisé et qui, néanmoins, ne se traduit pas par un sentiment d'embellissement du monde". Effectivement, on n'a jamais autant parlé d'esthétique qu'aujourd'hui, et partout dans notre vie : le design est omniprésent, du presse-citron à la voiture, on parle de "relookage" d'un appartement ou d'une maison, de la ligne d'un ordinateur ou d'un téléphone, mais à l'inverse la télévision livre des émissions vulgaires et laides, les entrées de villes sont défigurées par d'affreux panneaux de publicité.

Selon Lipovestsky, cette omniprésence de l'art correspond à un 4ème âge de l'art : après l'art pour les divinités (totems primitifs, temples, cathédrales...), l'art aristocratique des palais, des salons et des cours puis l'art pour l'art des temps modernes (celui des musées et de la "religion de l'art"), voici l'art impulsé par le marché qui d'une part est "pour tous", d'autre part se transforme et évolue en permanence et très rapidement. Le sociologue date le début de ce 4ème âge du milieu du XIXème siècle, avec l'avènement du capitalisme, puis des grands magasins et de la grande consommation, et nous serions "au stade terminal, hypermoderne, du capitalisme artiste".

Cette phase "terminale" se caractérise par des mutations très accélérées (la mode dure très peu de temps, les modèles sont renouvelés en permanence) et par "l'hybridation de sphères qui, autrefois, étaient disjointes" : l'art et les grands magasins, le design et les objets utilitaires, la recherche de belles lignes et l'informatique, etc. Le but de cette introduction de l'art dans notre univers quotidien, de notre cuisine à notre garage, est évidemment de mieux vendre, en jouant sur la corde sensible du consommateur : l'émotion et non plus simplement la recherche de l'efficacité.

L'artiste ne trouve aujourd'hui réquisitionné par de grandes marques, des agences de publicité, des maisons de mode, et devient autant entrepreneur qu'artiste. Même si les peintres, musiciens, sculpteurs d'autrefois n'oubliait pas leur intérêt, le but de grand nombre d'artistes d'aujourd'hui est surtout d'être connu et de faire plus ou moins fortune, et non plus d'inscrire une belle et grande oeuvre dans l'histoire.

Le sociologue détaille aussi de quelle façon notre époque propose un immense accès aux oeuvres d'art, comme cela a rarement, voire jamais, été le cas par le passé : grâce à l'informatique, au cinéma, à la radio, aux musées, à la diffusion des livres, aux facilités de transport, tout le monde ou presque peut, dans des conditions remarquables, contempler les tableaux les plus remarquables, écouter les plus grandes oeuvres des compositeurs, visiter les musées et les monuments du monde entier. Mais Gilles Lipovetsky ne considère finalement pas que c'est forcément un progrès : d'une part, le "capitalisme artiste" produit un grand nombre d'oeuvres de très médiocre qualité, d'autre part "le visiteur contemporain qui reste dix secondes devant une toile de Titien, qu'en tire-t-il ? Que comprend-il à ce qui fait la substance même de la beauté ?"

En fin d'interview, dans laquelle à mon avis on assimile un peu vite art et design, le sociologue donne un conseil : selon lui, il faut "investir la dimension esthétique créative", miser sur la qualité, gage de succès économique majeur pour l'Europe.

Mais les derniers mots de l'auteur forment un constat assez amère mais réaliste : "Le capitalisme artiste globalisé et l'individualisation de notre rapport au monde s'accompagnent du sentiment de passer à côté de la "belle" vie. La société suresthétisée ne conduit pas à une humanité toujours plus heureuse."

Voici une excellente transition vers une prochaine note relative au livre de Charles Pépin : "Quand la Beauté nous sauve" !

20:30 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

10 juin 2013

LES ELEPHANTS (LECONTE DE LISLE)

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Les éléphants

Le sable rouge est comme une mer sans limite,
Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.
Une ondulation immobile remplit
L'horizon aux vapeurs de cuivre où l'homme habite.

Nulle vie et nul bruit. Tous les lions repus
Dorment au fond de l'antre éloigné de cent lieues;
Et la girafe boit dans les fontaines bleues,
Là-bas, sous les dattiers des panthères connus.

Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile
L'air épais ou circule un immense soleil.
Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil,
Fait onduler son dos où l'écaille étincelle.

Tel l'espace enflammé brûlé sous les cieux clairs,
Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,
Les éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes,
Vont au pays natal à travers les déserts.

D'un point de l'horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière, et l'on voit,
Pour ne point dévier du chemin le plus droit,
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine;
Sa tête est comme un roc et l'arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux
Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

L'oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l'oeil clos. Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume,
Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

Mais qu'importent la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé?
Ils rêvent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s'abrita leur race.

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,
Où nage en mugissant l'hippopotame énorme,
Où, blanchis par la lune et projetant leur forme,
Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.

Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité;
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l'horizon s'effacent.

 Charles Marie René Leconte De Lisle - Poèmes barbares - 1862

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20:36 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

05 juin 2013

"LES DERNIERS RHINOCÉROS" DE LAWRENCE ANTHONY

Il y a quelques mois, en mars 2013, je vous recommandais un livre passionnant, "L'Arche de Babylone", racontant le sauvetage du zoo de Bagdad par Lawrence Anthony :

http://www.damiencolcombet.com/archive/2013/03/08/l-arche...

Est sorti récemment un autre livre du même auteur : "Les derniers rhinocéros". Il raconte cette fois la volonté de L.Anthony de sauver les derniers représentants d'une sous-espèce de rhinocéros blancs d'Afrique, la sous-espèce dite du Nord ("Ceratotherium simum cotoni"), par opposition à celle du Sud ("Ceratotherium simum simum").

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Il reste environ 12 000 rhinos blancs du Sud dont 750 en captivité, où ils se reproduisent (on peut en voir dans de nombreux zoos français dont Sigean, Beauval, Montpellier, etc.) alors qu'il ne reste que quelques exemplaires en captivité de la sous-espèce du Nord, dans un zoo tchèque où elle a du mal à se reproduire, et peut-être une quinzaine à l'état sauvage dans la réserve de Garamba en RDC (ex-Zaïre).

Or le braconnage qui s'est considérablement intensifié ces dernières années fait des ravages dans les populations de rhino du Sud mais également du Nord. Le kilo de corne de rhinocéros se vend aujourd'hui plus cher que l'or, ce qui permet aux braconniers commandités par de riches Asiatiques de mettre en oeuvre des moyens importants pour s'approprier ces cornes : hélicoptères, fusils puissants ou mitrailleuses, corruption de fonctionnaires, etc.

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La réserve de Garamba est située au coeur d'une zone de conflit entre l'armée congolaise et les redoutables rebelles de l'ARS (Armée de Résistance du Seigneur), conflit qui a entraîné de gigantesques déplacements de population (deux millions de réfugiés), des massacres (environ 150 morts par semaine), une misère épouvantable dont celle des enfants-soldats. Pour vous en persuader, reportez-vous à cette page : http://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_de_r%C3%A9sistanc...

Les dirigeants de l'ARS, dont Joseph Kony, sont recherchés par la Cour pénale internationale de La Haye.

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Rhinocéros blanc - Bronze (épuisé)

Dès lors, comment sauver 15 malheureux rhinos dans une des zones les plus dangereuses de la planète, qui plus est dans une réserve que les gardes ont déserté pour "sauver leur peau" et où les braconniers sont donc tranquilles pour achever leur triste besogne ?

Je ne dévoilerai pas ici l'issue de l'aventure - l'auteur a-t-il ou non réussi à sauver les derniers rhinocéros du Nord ? - mais elle aura mené Lawrence Anthony bien plus loin qu'il ne l'imaginait au départ, le forçant à devenir acteur des négociations de paix au Congo.

Ce livre se lit d'une traite, comme un polar. Je le recommande vivement. Je vous incite également à visiter le site de cet incroyable Sud-Africain qu'est L.Anthony : http://www.lawrenceanthony.co.za/

"Les derniers rhinocéros" - Lawrence Anthony avec Graham Spence - Editions Les 3 génies - 2012 - 372 p. - 19,90 €

20:30 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

31 mai 2013

CONFÉRENCE HOMME / ANIMAL

Je vous recommande d'écouter cette conférence :

"L'Homme et l'animal : quand la frontière disparaît..." avec Vinciane Despret et Tristan Garcia.

http://xn--entre-l-fwa.net/?p=729

Vinciane Despret, née à Bruxelles, est philosophe, psychologue et ethologue. Tristan Garcia, né à Toulouse, est écrivain et philosophe.

Cette conférence aborde des thèmes intéressants. Par exemple : pourquoi la sensibilité de l'homme moderne à la souffrance animale a-t-elle évolué si vite ? Au début du XXème siècle, il y avait des abattoirs en pleine ville et les animaux n'y étaient pas bien traités, mais presque tout le monde s'en accommodait, ce qui n'est plus possible aujourd'hui. Ou bien : jusqu'à quel point peut-on parler d'intelligence chgez les animaux ?

Cette longue conférence est à la fois de haut niveau et très facilement compréhensible. On peut ne pas approuver tout ce qui est dit mais le bon sens est très présent dans le discours de ces philosophes. J'aime notamment lorsque Vinciane Despret explique qu'elle n'est pas dans l'empathie avec les animaux : elle déteste les araignées mais ne les écrase pas parce que cela est idiot. C'est la bonne voie de l'écologie : on ne se bat pas pour un animal parce qu'il est touchant mais parce que c'est utile, ou alors il faut s'en abstenir.

20:35 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)