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20 avril 2013

L'ART, LA BEAUTÉ ET L’ESTHÉTIQUE (5)

Pour continuer notre promenade dans le jardin de la philosophie de l'art, de l'esthétique, voici un document qui, à ma grande surprise, se révèle incontournable. il s'agit de la "Lettre aux artistes" écrite par le pape Jean-Paul II en avril 1999.

Je suis surpris non pas que ce pape ait écrit sur l'art, car on sait qu'il y était sensible, qu'il avait fait du théâtre dans sa jeunesse, qu'il avait même écrit une pièce, la Boutique de l'orfèvre, et qu'il citait volontiers les poètes et écrivains polonais et du reste du monde, mais parce que ce texte que l'on pourrait a priori penser réservé aux seuls catholiques, ou au moins aux artistes de sensibilité chrétienne, a rayonné bien au-delà de ce cercle. Si par exemple on tape dans Yahoo "Beauté artistes", on trouve un renvoi vers ce texte dès la première page de réponses, ce qui m'a d'ailleurs permis de découvrir que Benoît XVI avait lui aussi écrit sur l'art et les artistes (nous en reparlerons plus tard). Le rayonnement de la lettre de Jean-Paul II se vérifie également par les nombreux renvois qui y sont faits dans les textes relatifs à l'art et aux artistes, qu'ils soient écrits par des philosophes athées ou croyants. 

Ce document est évidemment destiné en priorité aux artistes chrétiens, ce qui est logique, mais même s'il n'a pas la foi, s'il n'adhère pas à cette pensée et se sent très éloigné de l'Eglise, tout artiste peut y puiser un certain nombres de vérités et passer rapidement sur les paragraphes qui ne le concernent pas.

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Fresque de la cathédrale de Lyon (XIIè)

Une première lecture rapide de cette Lettre aux artistes, il y a quelques années, ne m'avait pas enthousiasmé car je trouvais qu'on y parlait surtout d'art religieux. Mais j'ai repris ce texte récemment et et je l'ai lu avec plus d'attention. Cette fois, j'ai été ébloui par la profondeur et la sensibilité du texte. Le plus frappant est sans doute la parfaite compréhension par l'auteur des sentiments qui animent l'artiste.

Je vous livre donc ici cette lettre, en plusieurs notes successives car elle est très longue. Il s'agit en réalité de très larges extraits : sans en dénaturer le sens et la logique, j'ai enlevé quelques passages relatifs notamment à l'histoire de l'art religieux puisque nous nous intéressons ici essentiellement à la Beauté. J'ai mis certaines parties en rouge car elles me semblent particulièrement belles et pertinentes.

Vous pouvez retrouver l'intégralité de cette lettre en suivant ce lien : http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/letters/documents/hf_jp-ii_let_23041999_artists_fr.html

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La Cène - Philippe de Champaigne (XVIIè)


Du Vatican, le 4 avril 1999, en la Résurrection du Seigneur.

LETTRE DU PAPE 
JEAN-PAUL II 
AUX ARTISTES

(EXTRAITS)

À tous ceux qui, avec un dévouement passionné, 
cherchent de nouvelles «épiphanies» de la beauté pour en faire don au monde 
dans la création artistique.

«Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon» (Gn 1, 31).

L'artiste, image de Dieu Créateur

Personne mieux que vous artistes, géniaux constructeurs de beauté, ne peut avoir l'intuition de quelque chose du pathos avec lequel Dieu, à l'aube de la création, a regardé l'œuvre de ses mains. Un nombre infini de fois, une vibration de ce sentiment s'est réfléchie dans les regards avec lesquels, comme les artistes de tous les temps, fascinés et pleins d'admiration devant le pouvoir mystérieux des sons et des paroles, des couleurs et des formes, vous avez contemplé l'œuvre de votre inspiration, y percevant comme l'écho du mystère de la création, auquel Dieu, seul créateur de toutes choses, a voulu en quelque sorte vous associer.

Quelle est la différence entre «créateur» et «artisan» ? Celui qui crée donne l'être même, il tire quelque chose de rien - ex nihilo sui et subiecti, dit- on en latin -, et cela, au sens strict, est une façon de procéder propre au seul Tout-Puissant. À l'inverse, l'artisan utilise quelque chose qui existe déjà et il lui donne forme et signification. Cette façon d'agir est propre à l'homme en tant qu'image de Dieu. Après avoir dit, en effet, que Dieu créa l'homme et la femme «à son image» (cf. Gn 1, 27), la Bible ajoute qu'il leur confia la charge de dominer la terre (cf. Gn 1, 28). Ce fut le dernier jour de la création (cf. Gn 1, 28-31). Les jours précédents, scandant presque le rythme de l'évolution cosmique, le Seigneur avait créé l'univers. À la fin, il créa l'homme, résultat le plus noble de son projet, auquel il soumit le monde visible, comme un immense champ où il pourra exprimer sa capacité inventive.

Dieu a donc appelé l'homme à l'existence en lui transmettant la tâche d'être artisan. Dans la «création artistique», l'homme se révèle plus que jamais «image de Dieu», et il réalise cette tâche avant tout en modelant la merveilleuse «matière» de son humanité, et aussi en exerçant une domination créatrice sur l'univers qui l'entoure. L'Artiste divin, avec une complaisance affectueuse, transmet une étincelle de sa sagesse transcendante à l'artiste humain, l'appelant à partager sa puissance créatrice. Il s'agit évidemment d'une participation qui laisse intacte la distance infinie entre le Créateur et la créature, comme le soulignait le Cardinal Nicolas de Cues : «L'art de créer qu'atteindra une âme bienheureuse n'est point cet art par essence qui est Dieu, mais bien de cet art une communication et une participation.

C'est pourquoi plus l'artiste est conscient du «don» qu'il possède, plus il est incité à se regarder lui-même, ainsi que tout le créé, avec des yeux capables de contempler et de remercier, en élevant vers Dieu son hymne de louange. C'est seulement ainsi qu'il peut se comprendre lui-même en profondeur, et comprendre sa vocation et sa mission.

 

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Fresque de la cathédrale de Lyon (XIIè)

La vocation spéciale de l'artiste

Tous ne sont pas appelés à être artistes au sens spécifique du terme. Toutefois, selon l'expression de la Genèse, la tâche d'être artisan de sa propre vie est confiée à tout homme : en un certain sens, il doit en faire une œuvre d'art, un chef-d'œuvre.

Il est important de saisir la distinction, mais aussi le lien, entre ces deux versants de l'activité humaine. La distinction est évidente. Une chose, en effet, est la disposition grâce à laquelle l'être humain est l'auteur de ses propres actes et est responsable de leur valeur morale; autre chose est la disposition par laquelle il est artiste, c'est-à-dire qu'il sait agir selon les exigences de l'art, en accueillant avec fidélité ses principes spécifiques. C'est pourquoi l'artiste est capable de produire des objets, mais cela, en soi, ne dit encore rien de ses dispositions morales. Ici, en effet, il ne s'agit pas de se modeler soi-même, de former sa propre personnalité, mais seulement de faire fructifier ses capacités créatives, donnant une forme esthétique aux idées conçues par la pensée.

Mais si la distinction est fondamentale, la relation entre ces deux dispositions, morale et artistique, n'est pas moins importante. Elles se conditionnent profondément l'une l'autre. En modelant une œuvre, l'artiste s'exprime de fait lui-même à tel point que sa production constitue un reflet particulier de son être, de ce qu'il est et du comment il est. On en trouve d'innombrables confirmations dans l'histoire de l'humanité. En effet, quand l'artiste façonne un chef-d'œuvre, non seulement il donne vie à son œuvre, mais à travers elle, en un certain sens, il dévoile aussi sa propre personnalité. Dans l'art, il trouve une dimension nouvelle et un extraordinaire moyen d'expression pour sa croissance spirituelle. À travers les œuvres qu'il réalise, l'artiste parle et communique avec les autres. L'histoire de l'art n'est donc pas seulement une histoire des œuvres, elle est aussi une histoire des hommes. Les œuvres d'art parlent de leurs auteurs, elles introduisent à la connaissance du plus profond de leur être et elles révèlent la contribution originale qu'ils ont apportée à l'histoire de la culture.

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Une scène de déluge - Joseph Désiré Court (XIXè)

La vocation artistique au service de la beauté

Le thème de la beauté est particulièrement approprié pour un discours sur l'art. Il a déjà affleuré quand j'ai souligné le regard satisfait de Dieu devant la création. En remarquant que ce qu'il avait créé était bon, Dieu vit aussi que c'était beau. Le rapport entre bon et beau suscite des réflexions stimulantes. La beauté est en un certain sens l'expression visible du bien, de même que le bien est la condition métaphysique du beau. Les Grecs l'avaient bien compris, eux qui, en fusionnant ensemble les deux concepts, forgèrent une locution qui les comprend toutes les deux : «kalokagathía», c'est-à-dire «beauté-bonté». Platon écrit à ce sujet : «La vertu propre du Bien est venue se réfugier dans la nature du Beau. »

Celui qui perçoit en lui-même cette sorte d'étincelle divine qu'est la vocation artistique - de poète, d'écrivain, de peintre, de sculpteur, d'architecte, de musicien, d'acteur... - perçoit en même temps le devoir de ne pas gaspiller ce talent, mais de le développer pour le mettre au service du prochain et de toute l'humanité.

L'artiste et le bien commun

La société, en effet, a besoin d'artistes, comme elle a besoin de scientifiques, de techniciens, d'ouvriers, de personnes de toutes professions, de témoins de la foi, de maîtres, de pères et de mères, qui garantissent la croissance de la personne et le développement de la communauté à travers cette très haute forme de l'art qu'est «l'art de l'éducation». Dans le vaste panorama culturel de chaque nation, les artistes ont leur place spécifique. Lorsque précisément, dans la réalisation d'œuvres vraiment valables et belles, ils obéissent à leur inspiration, non seulement ils enrichissent le patrimoine culturel de chaque nation et de l'humanité entière, mais ils rendent aussi un service social qualifié au profit du bien commun.

Tout en déterminant le cadre de son service, la vocation différente de chaque artiste fait apparaître les devoirs qu'il doit assumer, le dur travail auquel il doit se soumettre, la responsabilité qu'il doit affronter. Un artiste conscient de tout cela sait aussi qu'il doit travailler sans se laisser dominer par la recherche d'une vaine gloire ou par la frénésie d'une popularité facile, et encore moins par le calcul d'un possible profit personnel. Il y a donc une éthique, et même une «spiritualité», du service artistique, qui, à sa manière, contribue à la vie et à la renaissance d'un peuple.

 

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Un roi mage - Cathédrale de Lyon (XIIè)

Entre l'Évangile et l'art, une alliance féconde

En effet, chaque intuition artistique authentique va au-delà de ce que perçoivent les sens et, en pénétrant la réalité, elle s'efforce d'en interpréter le mystère caché. Elle jaillit du plus profond de l'âme humaine, là où l'aspiration à donner un sens à sa vie s'accompagne de la perception fugace de la beauté et de la mystérieuse unité des choses. C'est une expérience partagée par tous les artistes que celle de l'écart irrémédiable qui existe entre l'œuvre de leurs mains, quelque réussie qu'elle soit, et la perfection fulgurante de la beauté perçue dans la ferveur du moment créateur : ce qu'ils réussissent à exprimer dans ce qu'ils peignent, ce qu'ils sculptent, ce qu'ils créent, n'est qu'une lueur de la splendeur qui leur a traversé l'esprit pendant quelques instants.

Le croyant ne s'en étonne pas : il sait que s'est ouvert devant lui pour un instant cet abîme de lumière qui a en Dieu sa source originaire. Faut-il s'étonner si l'esprit en reste comme écrasé au point de ne savoir s'exprimer que par des balbutiements ? Nul n'est plus prêt que le véritable artiste à reconnaître ses limites et à faire siennes les paroles de l'Apôtre Paul, selon lequel Dieu «n'habite pas dans des temples faits de mains d'homme», de même que «nous ne devons pas penser que la divinité soit semblable à de l'or, de l'argent ou de la pierre, travaillés par l'art et le génie de l'homme» (Ac 17, 24. 29).

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Les premières funérailles - Louis-Ernest Barrias (XIXè)

Vers un renouveau du dialogue

Il est vrai cependant que, dans la période des temps modernes, parallèlement à cet humanisme chrétien qui a continué à être porteur d'expressions culturelles et artistiques de valeur, s'est progressivement développée une forme d'humanisme caractérisée par l'absence de Dieu et souvent par une opposition à Lui. Ce climat a entraîné parfois une certaine séparation entre le monde de l'art et celui de la foi, tout au moins en ce sens que de nombreux artistes n'ont plus eu le même intérêt pour les thèmes religieux.

Vous savez toutefois que l'Église n'a jamais cessé de nourrir une grande estime pour l'art en tant que tel. En effet, même au-delà de ses expressions les plus typiquement religieuses, l'art, quand il est authentique, a une profonde affinité avec le monde de la foi, à tel point que, même lorsque la culture s'éloigne considérablement de l'Église, il continue à constituer une sorte de pont jeté vers l'expérience religieuse. Parce qu'il est recherche de la beauté, fruit d'une imagination qui va au-delà du quotidien, l'art est, par nature, une sorte d'appel au Mystère. Même lorsqu'il scrute les plus obscures profondeurs de l'âme ou les plus bouleversants aspects du mal, l'artiste se fait en quelque sorte la voix de l'attente universelle d'une rédemption.

On comprend donc pourquoi l'Église tient particulièrement au dialogue avec l'art et pourquoi elle désire que s'accomplisse, à notre époque, une nouvelle alliance avec les artistes, comme le souhaitait mon vénéré prédécesseur Paul VI dans le vibrant discours qu'il adressait aux artistes lors de la rencontre spéciale du 7 mai 1964 dans la Chapelle Sixtine. L'Église souhaite qu'une telle collaboration suscite une nouvelle «épiphanie» de la beauté en notre temps et apporte des réponses appropriées aux exigences de la communauté chrétienne.


Suite de cette lettre dans la note suivante...

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15 avril 2013

LA VALEUR D'UN BRONZE (51) : LE CHEVREUIL, DE CLOVIS MASSON

Pour se reposer un peu des discussions "philosophiques" sur l'art, la beauté, l'esthétique, discussions qui reprendront dans une prochaine note, voici un joli bronze appartenant à Monsieur C. de Lyon, et qui nous en envoie de belles photos.

Il s'agit du Chevreuil, de Clovis Masson.

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On ne sait pas beaucoup de choses sur Clovis Masson, si ce n'est qu'il est né  Paris en 1838 et est mort en 1913, qu'il fut élève de Barye père (Antoine-Louis) et de Rouillard (le sculpteur qui réalisa notamment le Cheval à la herse, devant le Musée d'Orsay à Paris), et qu'il participa régulièrement au Salon de 1867 à 1909. Il est aussi le père de Jules Edmond Masson (1871-1932), sculpteur et graveur en médailles qui connut lui aussi un certain succès.

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Clovis Masson réalisa de nombreux sujets, essentiellement des fauves et des cerfs. Comme beaucoup d'autres, dont Mêne, il fit un Combat de cerfs intéressant. Toutefois, toutes ses pièces ne sont pas d'égale qualité car il leur manque souvent un pu de nervosité, et en cela il se rapproche de Dubucand (1828-1894), qui aurait également été élève de Barye. On dit que l'illustre artiste n'était pas très bon professeur, incapable de transmettre son génie à ses élèves. C'est possible et effectivement, bien que les bronzes de bon nombre de sculpteurs soient remarquables, il manque à la plupart la nervosité sans affectation et le naturel des sujets de Barye.

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Le chevreuil de notre collectionneur fait clairement exception parmi les oeuvres de Masson : il est absolument superbe à tous points de vue. L'exactitude morphologique, la naturel de l'attitude, la finesse de la ciselure (il faut admirer le détail des bois, le poil, les sabots...), la réalisation de la fonte sont remarquables.

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Ce bronze mesure 26,5 cm de long, 29,5 cm de haut et 11 cm de profondeur. Le dessous du socle montre un montage ancien, ce qui ne fait que confirmer le sentiment laissé par la fonte parfaite.

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Le chevreuil est un mammifère ruminant de la famille des cervidés très courant en France, dans les bois et les champs proches des forêts. Un trajet en TGV ou en voiture sur autoroute un soir d'été permet à coup sûr d'en voir à la lisière des champs de blé et des les grandes plaines cultivées, parfois en très grand nombre. C'est certainement le plus élégant des hôtes de nos bois. C'est un animal assez petit, mesurant environ 70 cm au garrot et pesant entre 20 et 25 kg. Ses petits bois ramifiés tombent chaque année, comme ceux du cerf, de l'élan, du renne. La femelle s'appelle la chevrette mais est souvent surnommée chèvre.

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Le chevreuil n'a pas de queue et a les fesses couvertes de poils blancs : c'est "le miroir", dont la forme est différente sur le mâle ou la femelle. Il sert notamment de signal d'alerte : en cas de danger, l'animal hérisse les poils de son miroir. Le chevreuil aboie, toiut à fait comme un chien. On l'entend dans les bois ou les plaines au moment du rut. Une autre caractéristique amusante de cette jolie bête : les brosses. Il s'agit de touffes de poils sombre à l'arrière des membres postérieurs. On les devine, légèrement en relief, sur le bronze de Masson (photo ci-dessus).

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Quelle est la valeur de ce très joli bronze ? Il faut savoir que les modèles de Masson ne cotent généralement pas très haut : dans les résultats de vente aux enchères, presque tous se situent entre 500 et 800 Euros. Mais notre chevreuil fait semble-t-il exception à la règle car en général il est adjugé plus haut, ce qui est tout à fait justifié.

Il ne faut pas confondre ce modèle avec d'autres sujets de Masson comme le Brocard couché, évidemment (on appelle brocard un mâle adulte), mais également avec un autre Chevreuil debout, tout aussi joli et de taille analogue.

Voici quelques résultats :

- Paris févr. 2013 (notre version) : estimé 200 à 300 Euros et adjugé à 300 Euros.

- Paris avril 2012 (dans l'autre version) : adjugé 1200 Euros .

- Paris mai 2003 (notre version) : estimé 600 à 800 Euros mais adjugé à 1100 Euros.

- Soissons déc. 2000 (notre version, mais avec un socle en marbre blanc) : adjugé en francs à l'équivalent de 1700 Euros.

Le premier résultat, tout récent, est incompréhensible. Il est pourtant bien précisé qu'il s'agit d'une épreuve et la fonte est visiblement ancienne. Celui qui a obtenu cette pièce pour 300 Euros a fait une affaire formidable, comme cela arrive parfois en salle des ventes.

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Un exemplaire a été mis en vente le 29 mars à Paris (étude Gros Delettrez) avec mention "Epreuve d'après Masson" ; il s'agit apparemment d'une bonne fonte. Il est estimé entre 1000 et 1200 Euros et, à l'heure où j'écris cette note, je n'ai pas encore le résultat.

Je pense qu'un sujet aussi grâcieux et aussi bien réalisé pourrait être estimé entre 1000 et 1500 Euros.

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10 avril 2013

L'ART, LA BEAUTÉ ET L’ESTHÉTIQUE (4)

Suite de la note n°3 sur l'art, la beauté et l'esthétique. Pour rendre la note plus agréable, je l'agrémente de photos d'oeuvres d'art mais elles n'ont pas forcément un rapport direct avec le texte.

Dans la note 3, avec l'exposition "La pesanteur et la grâce", j'ai situé le cadre d'une polémique entre la philosophe Chantal Delsol et Jérôme Alexandre, co-directeur du département "La parole de l'art" au collège des Bernadins. Pour comprendre ce qui suit, il faut avoir lu cette note n°3 ci-dessous.

Jérome Alexandre a publié en janvier 2010 "L'art contemporain, un vis-à-vis essentiel pour la foi" (Editions Parole et Silence - 146 p.). A cette occasion, il a été reçu par la librairie La Procure et l'on peut voir cet interview en suivant ce lien : http://www.dailymotion.com/video/xbzqw1_jerome-alexandre-l-art-contemporain_creation#.UVFWgRxWySo

En réaction au livre de J.Alexandre et à l'exposition "La pesanteur et la grâce" (cf. ma note précédente), la philosophe Chantal Delsol a publié une critique dans La Revue Théologique des Bernardins.

Que dit-elle ?

Elle s'étonne visiblement de l'exposition, où cinq artistes présentent des matériaux bruts - le spectateur, ou plutôt "le regardeur" comme disent ces artistes (!) risquent de n'y voir que quelques carrés de moquette de couleur - et annoncent qu'ils ont "abandonné leur savoir-faire pour laisser le rôle aux matériaux". L'histoire ne dit pas si "l'abandon de leur savoir-faire" a été rapide ou non...

Elle donne ensuite à sa critique un tour assez amusant car avec ironie elle pousse au bout la logique de cet art contemporain et son rapport avec la foi :

"L'art contemporain ne cherche pas à représenter le monde, et c'est là son caractère résolument nouveau. Il cherche à exprimer la vérité du monde et de la vie tragique des humains que nous sommes". On comprend bien l'absurdité de cette prétendue nouveauté : n'est-ce pas l'un des principaux buts de l'art depuis que l'homme préhistorique peint sur les murs des cavernes ses chasses à l'ours, à l'élan, au bison ? Un petit tour dans n'importe quel musée ne montre-t-il pas que les cimaises, les socles des sculptures sont couverts d'oeuvres de toutes époques cherchant à exprimer "la vie tragique des humains" ?

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Chevreuil - Bronze de Masson

Mais la différence avec les merveilles de nos musées, c'est que l'art contemporain "ne s'attache plus à l'esthétique ni ne quête particulièrement la beauté. Il veut le vrai, et le vrai c'est la réalité, même la plus simple, la plus quotidienne".

Il me semble que c'est ainsi qu'on en arrive à des oeuvres comme celles vues dans la collection Pinault et consistant en un alignement d'une cinquantaine de pelles de chantier, ou encore à cette "sculpture" de Robert Filliou en 1968 représentant un seau en plastique, une serpillière et un balai sur lequel est accroché une petite pancarte en carton portant ces mots "La Joconde est dans les escaliers". C'est une oeuvre visiblement majeure et qui marquera l'histoire de l'art puisqu'elle a été acquise par le musée d'art moderne de St-Etienne... Ce balai fait partie du mouvement Fluxus qui souhaitait notamment "purger le monde des formes de vie bourgeoise". Ce n'est même pas insulter Fluxus que de dire que c'est absurde puisque l'un de ses membres, Robert Watts, explique que "l'essentiel avec Fluxus, c'est que personne ne sait ce que c'est". Pour boucler la boucle, un grand tableau de Ben, bien connu et membre de Fluxus, sera bientôt mis en vente aux enchères à Paris. Sur un fond noir, ces seuls mots "J'aime l'argent". Estimation : 6000 à 8000 Euros...

Pour ma part, dans la volonté de "purger le monde des formes de vie bourgeoise", je vois à la fois une dangereuse complicité morale avec les mouvements gauchistes qui ont marqué le XXème siècle de leurs dramatiques "purges", pour reprendre les mots de l'artiste, mais aussi  une formidable plaisanterie, une vaste rigolade du style "plus c'est gros, plus ça marche". Et ces artistes ont au moins vu juste puisque le Musée d'art moderne de St Etienne a consacré une exposition en janvier 2013 au mouvement Fluxus, avec ce titre volontairement provocateur "Fiat flux".

Comprenons-nous bien : il ne s'agit pas jeter aux orties tout ce qui a été produit au XXème siècle ou tout ce qui n'est pas figuratif, pas plus qu'il ne faut rejeter en bloc les créations musicales, théâtrales, littéraires d'aujourd'hui, mais il faut quand même débusquer les passagers clandestins du grand vaisseau de l'art, qui prennent les habits d'artiste comme le geai de la fable s'accapare les plumes du paon, et croient ainsi bénéficier par contagion, assimilation excessive, de la reconnaissance due aux grands artistes. Un grand avocat spécialiste du monde des arts et des artistes, rencontré la semaine dernière, dénonçait à juste titre ce suprême détournement qui consiste à présenter une horreur en l'appelant "Hommage à X ou Y", X ou Y étant bien entendu de vrais et grands artistes. Il y a des hommages qui sont des agressions...

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La chasse aux tigres, aux lions et aux léopards - Rubens (XVIIè)

Mais revenons à la critique de Chantal Delsol. Elle explique fort bien que pour l'art contemporain, tout est art et la seule façon de repérer l'artiste est le fait qu'il se dise artiste. Et plus l'artiste s'efface devant la matérialité de la chose, plus il est artiste. Un crayon posé sur la table "témoin de la présence de l'homme au monde et de sa condition existentielle" est une oeuvre d'art. Il faut offrir "la réalité dans sa nudité".

Avec un air malicieux, Chantal Delsol conclut ainsi son article, dont je n'ai repris ici que quelques phrases : "Le lecteur se sent peut-être dépaysé ? C'est qu'il n'a pas renoncé à ses a priori. L'art ancien était une médiation, dont nous n'avons plus besoin - "la beauté sauvera le monde" et autres sornettes. L'art contemporain nous permet désormais de nous approcher directement de la Vérité".

On voit donc que l'on est très, très loin de cette alliance de la Beauté et de la Vérité évoquée dans mes précédentes notes, et l'orgueil insensé de cet art à enfin rechercher la Vérité hors de toute référence.

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Nativite - G. de La Tour (XVIIè)

Il me semble que la grande force de l'art contemporain consiste surtout dans les audaces verbales, le discours qui l'entoure et qui parvient à faire prendre des vessies pour des lanternes. Malheureusement, ce discours omniprésent dans les medias parvient aussi, au bout du compte, à brouiller les esprits, à faire douter les plus influençables de leur bon sens, de leur sensibilité. Je pense même que s'y joue une entreprise de déconstruction du sens de la vraie Beauté, du même registre par exemple que la diffusion pendant de longues années en France de la culture marxiste via les medias, le monde intellectuel, l'enseignement scolaire de l'histoire. Il aura fallu combien de temps et de victimes pour que le vrai visage du marxisme apparaisse et que les maoïstes, communistes, soutiens des "révolutions populaires" ouvrent les yeux et fassent paraître, comme récemment le Nouvel Observateur, des dossiers spéciaux "Le vrai visage de Mao", ses massacres, sa folie... Dommage qu'ils n'aient pas abandonné leurs illusions plus tôt.

En réponse à la critique de Chantal Delsol, Jérôme Alexandre a pris la plume en mai 2011.

"J'ai souvent constaté que les opposants résolus à l'art contemporain en réalité n'aiment pas l'art en général, et de fait, ne connaissent pas plus l'art contemporain qu'ils ne connaissent et ne comprennent l'art plus ancien". Est donc repris ici d'une part la vieille technique des totalitarismes, à savoir la disqualification a priori de l'auteur des critiques plutôt que l'argumentation sur le fond, d'autre part l'affirmation d'un lien indissoluble entre art contemporain et art ancien, dont le but est évidemment la légitimation du premier par le second.

Le refus de la contradiction est même assénée avec une violence assez surprenante par ces mots : "Il est en effet plus surprenant encore que la revue d'une insitution dont je suis l'un des auteurs, et qui est déterminée depuis l'origine à considérer positivement la création artistique contemporaine, accueille dans ses pages une critique ouvertement négative de mes positions." Comme appel à la censure, on ne fait guère mieux ! Pour mémoire, rappelons que la critique de Chantal Delsol est parue dans La Revue Théologique des Bernardins.

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Pont Alexandre III - Paris

J.Alexandre essaie de répondre à la philosophe en expliquant qu'il faut du temps ("un long apprivoisement expérimental") pour comprendre l'art contemporain, complexe, divers. Car il faut faire comprendre au spectateur - au "regardant" (!) - "qu'une provocation, en art, peut avoir parfois une haute valeur".  Je me demande si une bonne part du problème ne réside pas dans le "parfois"...

Je suis très frappé par un autre argument de J.Alexandre : il explique que trop souvent l'art contemprain est vu, à tort, comme "une fiction parallèle, orchestrée par un petit monde sans rapport avec le vrai monde, contre lequel il est par conséquent possible et nécessaire de lutter, comme on a pu lutter contre l'idéolgie marxiste". Or, lorsque j'écrivais le paragraphe un peu plus haut sur la diffusion sournoise d'une "culture" faisant perdre le sens du Beau, à l'image de la diffusion des idées marxistes, je n'avais pas encore lu ces lignes de J.Alexandre ! Mais la grande habileté de l'auteur est de retourner l'argument : vouloir lutter contre l'art contemporain est en fait idéologique et "mortifère" (rien que cela !).

Vous aurez compris je pense que les arguments ici développés ne m'ont pas convaincu et j'ai toujours du mal à comprendre ce que "La Joconde est dans les escaliers" fait dans un musée. Je ne nie pas le droit d'émettre des idées, des théories, des discours, mais selon moi cela relève justement du discours et des idées mais pas de l'art.

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Mosquée de Kairouan (Tunisie)

Toutefois, j'avoue que ma plus grande perplexité ne vient pas de là : elle vient du fait que tout cela se passe aux Bernardins, haut-lieu de réflexion intellectuelle et chrétienne. Quelle distance incommensurable entre ces expositions "où personne ne comprend rien", et qui d'ailleurs n'attirent plus personne ou presque, et la lumineuse philosophie développée par Jean-Paul II dans sa "Lettre aux artistes", qui est un texte de référence, que l'on soit croyant ou non (j'en mettrai des exraits dans ma prochaine note). Je crains qu'il y ait beaucoup, beaucoup de naïveté comme il a pu y en avoir par le passé dans la tolérance, au nom de la charité, de la diffusion du discours marxiste, habillé de générosité et d'altruisme, et qui a fait énormément de mal. Même sans être croyant, on est frappé par certaines incohérences... On a "fait le ménage" parmi les théories politiques et sociales fumeuses, mais visiblement pas encore dans l'art...

Tant qu'on y est, je me demande si les Bernardins ne devrait pas accueillir en grandes pompes "La neuvième heure" de Maurizio Cattelan, où l'on voit le pape Jean-Paul II écrasé par une météorite, ou même - allons-y gaiement - "Piss Christ" qui représente un crucifix plongé dans l'urine et le sang. Je suis certain qu'on pourrait trouver de bons arguments pour expliquer aux "regardants" qu'il s'agit là d'oeuvres profondément belles et chrétiennes...

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05 avril 2013

L'ART, LA BEAUTÉ ET L’ESTHÉTIQUE (3)

Cette note fait suite aux deux premières, publiées il y a quelques jours. J'en recommande la lecture avant d'aborder celle-ci. J'agrémente ces notes, dans un but purement décoratif, de photos d'oeuvres d'art qui n'ont généralement pas de lien avec la note elle-même.

L'art contemporain fait couler beaucoup d'encre : est-ce vraiment de l'art ou n'est-ce pas plutôt une thèse intellectuelle appuyée par de la matière ? Qui décide qu'il s'agit d'art et d'artiste ? Comment apprécier des oeuvres très rebutantes, incompréhensibles, parfois même dénuées de toute matérialité ? N'abuse-t-on pas de la crédulité du public - en fait pas toujours si crédule ? Tout cela ne recouvre-t-il pas un vaste système spéculatif en comparaison duquel le système Madoff est celui d'un voleur de billes ? Au contraire, n'est-ce pas un art révolutionnaire dans le bon sens du terme, mais qui, plus difficile, demande une "éducation" à recevoir et une sensibilité particulière à acquérir ? Pourquoi l'art contemporain occupe-t-il de nos jours une place aussi hégémonique dans les médias, les expositions, les salons officiels, les commandes publiques ? Pourquoi commence-t-on trop souvent à parler d'art aux petits enfants avec des oeuvres incompréhensibles pour eux, au lieu de leur montrer d'abord les bases classiques ?

J'ai évoqué, il y a déjà 3 ans, un livre, contesté par certains, portant une volée de bois vert aux abus de l'art contemporain : http://www.damiencolcombet.com/archive/2010/03/30/la-grande-falsification.html (et voir aussi, pour rire un peu : http://www.damiencolcombet.com/archive/2011/11/18/un-nettoyage-qui-coute-cher.html).

Je voudrais évoquer ici une petite polémique assez récente (il y a deux ans) et intéressante.

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Paul Chenavard - Jean Gautherin (XIXè)

Situé rue de Poissy dans le 5ème arrondissement de Paris, le Collège des Bernardins créé au XIIème siècle constitue un ensemble remarquable d'architecture médiévale et riche d'une grande histoire, puisque ce fut pendant plusieurs siècles un haut lieu de formation intellectuelle et chrétienne, participant au rayonnement de Paris dans toute l'Europe. Confisqués à la Révolution, les bâtiments servirent successivement de prison, d'entrepôt, de collège, de caserne de pompiers, d'internat pour l'Ecole de police, avant d'être finalement acquis par le Diocèse de Paris et remarquablement restaurés.

Le Collège des Bernardins (http://www.collegedesbernardins.fr/) est aujourd'hui à nouveau "un lieu du dialogue intellectuel et spirituel sans lequel les grands tournants de l'histoire ne peuvent se prendre dans la sérénité", selon les mots de Mgr Vingt-Trois, Archevêque de Paris. Ce lieu abrite des activités d'enseignement, de recherche, de débats, d'expositions, etc. C'est précisément le lieu d'exposition artistique qui nous intéresse ici.

Voici la présentation de la dimension artistique sur le site internet du Collège des Bernardins :

L'art révèle à l'homme ce que les mots ne peuvent dire et qui jaillit de la sensibilité créatrice des artistes. Il explore les profondeurs de l'âme humaine. Il exprime la condition de l'homme et les interrogations et les attentes de son époque.

Ainsi, au Collège des Bernardins, une place importante est donnée à l'expression artistique (arts plastiques, musique, arts vivants…). L'art contemporain est privilégié au regard du patrimoine artistique, en permettant chaque fois que c'est possible une rencontre du public avec les créateurs ou les interprètes.

 Et sur un autre onglet "Questions d'artistes" :

La création contemporaine au Collège des Bernardins souhaite donner place à une recherche exigeante sur l’humanité de l’humain et son devenir.
La programmation "Questions d'artistes"
 confirme sa volonté de présenter l’art comme une expression significative, autant que le sont la science et la philosophie, des conceptions, des recherches et des questionnements des hommes de notre temps. 

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Mobilier - Hector Guimard (XIXè - XXè)

Du 23 avril au 12 septembre 2010, s'est tenu au Collège des Bernardins une exposition joliment intitulée des mots de la philosophe Simone Weil "La pesanteur et la grâce" et présentant les oeuvres de 5 artistes : E.Becheri, C.Innes, G.T.Stoll, E.Van der Meulen, M.Wéry.

J'emprunte au dossier de présentation (consultable à cette adresse : http://www.collegedesbernardins.fr/templates/standard/images/pdf/dossier_presse_pesanteur_grace_25-05-10.pdf) les quelques extraits suivants :

Le caractère spiritualisant des œuvres tient au fait que les images créées ne sont pas déterminées par avance mais naissent de la manipulation des matériaux bruts pour provoquer un effet sur le spectateur, le faire accéder à la dimension spirituelle sans l’avoir par avance déterminé. [L'absence de "E" à ce "déterminé" me fait penser que ce mot se rapporte à l'effet ou au spectateur et non à la dimension spirituelle, à moins qu'il ne s'agisse d'une simple faute d'orthographe...]. 

Il s’agit pour eux de poser devant le spectateur une matérialité élémentaire, très élémentaire, et de donner à sentir l’œuvre en cours, la création à venir. Pour tous, le contenu se dévoile, s’ouvre dans la fabrication elle-même, une fabrication qui n’implique pas de savoir-faire mais une espèce de dépossession, de déprise de la maîtrise, d’abondon, de manière à se mettre en retrait pour que ce soient les œuvres elles-mêmes qui se fassent, comme si elles pouvaient se faire d’elles-mêmes.

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La peseuse d'or - David III Ryckaert (XVIIè)

Et dans la présentation de chaque artiste :

Dans la série Shining, [Emanuele Becheri] place de grands panneaux de carton noir sur lesquels passent et déambulent des escargots. En résulte un dessin aux reflets gris et brillants. L’apparence brillante et précieuse de ces dessins est en fait la conséquence directe d’une opération triviale.

En 2008, Emanuele Becheri avait réalisé une installation, Time out of joint, constitué de trois projections vidéo de grand format, montrant la combustion de trois briquets par leur propre flamme. Une flamme jaillit peu à peu de l’obscurité, puis éclaire l’asphalte où elle est posée, avant de faire bouger l’objet qui la produit, jusqu’à l’extinction et le retour à la nuit.

 Ou :

[Les tableaux de Calum Imnes] conduisent à privilégier telle ou telle signification possible en affirmant un premier état, une norme implicite pour ainsi dire, puis en contredisant cet état. […] Ce qui est exposé de cette façon – pour reprendre le titre générique d’une série – ce n’est pas la subjectivité personnelle de l’artiste mais, potentiellement, la subjectivité du spectateur, car si les tableaux pointent ce qui a été là (les couleurs qui ont été ensuite dissoutes) et qui a été là (le peintre), ils pointent surtout ce qui est ici (l’état final de l’œuvre) et qui est ici (le spectateur, la spectatrice). Ils exposent la perte et la plénitude indissolublement mêlées.

 Ou :

« Dans le partage formel avec le spectateur, ces quelques formes simples (des aplats de couleurs quadrangulaires) sont le minimum reconnaissable. Elles se donnent à voir d’emblée et on peut passer à autre chose. On peut aller au-delà de la reconnaissance de ce qu’il y a à voir sur le tableau et en venir à l’expérience du tableau proprement dit. Je conçois l’expérience de la peinture comme une expérience partagée, même si celui ou celle qui va venir devant le tableau s’y confronte seulement dans un second temps. J’ai en tête que ma position et celle du regardeur sont interchangeables. Si je me pose ainsi devant chaque tableau, c’est pour que d’autres puissent le faire à leur tour.» Emmanuel Van der Meulen

J'arrête là les citations mais je vous invite vraiment à lire le dossier de presse. Vous y découvrirez par exemple que l'on ne dit plus "spectateur" ou "visiteur" mais "regardeur", qu'une des artistes "intègre à sa pratique le processus d'auto annulation", que pendant l'exposition, des médiateurs sont présents pour expliquer les oeuvres mais aussi pour inviter les visiteurs à (c'est écrit en gras) "accepter la possibilité de ne pas comprendre ou de ne pas être touché."

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Grand chien danois - Marbre de G.Gardet (XIXè)

Voici pour le contexte. Bien que cela me brûle les lèvres, je m'abstiens de tout commentaire sur cette exposition car je veux en venir à un échange très intéressant entre la philosophe Chantal Delsol et Jérôme Alexandre, co-directeur du département "La Parole de l'art" au collège des Bernardins.

Je vous la résumerai dans la prochaine note, d'ici quelques jours.

20:35 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

30 mars 2013

LA VALEUR D'UN BRONZE (50) : JAGUAR DÉVORANT UN LIEVRE, DE BARYE

Madame G. possède un beau et grand bronze de Barye, "un jaguar et un lièvre". Cette internaute m'a d'abord envoyé, non pas des photos, mais un lien vers ceci, en me disant que son bronze ressemblait beaucoup à celui ainsi présenté, mais en 80 cm de long : http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000034249.html

Quelle chance pour cette personne si cela avait été vrai : la photo, prise au Musée du Louvre, montre un magnifique chef-modèle de Barye, qui dans le commerce vaudrait plusieurs dizaines de milliers d'Euros pour un modèle de 80 cm de long !

Je mentionne cette anecdote pour expliquer que chaque bronze est particulier : une forme générale ne peut être un critère de détermination de la valeur d'un bronze. La taille très précise, la qualité de la fonte, de la ciselure, le montage visible sous le bronze, la présence de la signature de l'artiste, éventuellement du fondeur sont indispensables pour distinguer une copie, une fonte tardive, une fonte ancienne, une fonte du vivant de l'artiste, un chef-modèle, les différences d'estimation entre ces variantes du même modèle étant considérables.

J'ai donc reçu par la suite les dimensions exactes du bronze (91 cm de long x 40 cm de haut x 36 cm de profondeur) et d'excellentes photos.

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Il s'agit bien sûr du "Jaguar dévorant un lièvre" de l'illustre Antoine-Louis Barye (1795-1875), dont j'ai abondamment parlé sur ce site. Ce modèle a été créé en 1850 et édité en bronze pour la première fois vers 1857. Ce sujet a d'abord été créé en 1,037 cm de long x 39,5 cm de haut x 38,6 cm de profondeur. J'avoue être un peu surpris par les 91 cm de long qui m'ont été donnés et qui ne correspondent pas. S'agit-il d'une erreur de mesure ? Je ne sais.
Ce modèle a subi deux réductions de la part du fondeur Ferdinand Barbedienne, l'une en 41,1 cm de long, l'autre en 25 cm de long. Barbedienne a acquis le chef-modèle de cette scène en 1876 et en tira le premier exemplaire en 1877.

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Je n'ai pas trouvé beaucoup d'informations sur ce sujet, pourtant très classique, dans le Catalogue raisonné des bronzes de Barye, ouvrage de référence (MM. Poletti et Richarme - UDB - Gallimard), mais davantage dans le beau "Untamed - The art of Antoine-Louis Barye" de Johnston et Kelly. Ils citent notamment l'accueil que reçut ce bronze lors qu'il fut montré pour la première fois.

Les auteurs expliquent que Barye est retourné au Salon en 1850 après en avoir été absent pendant 18 ans, et a montré cette année-là le Lapithe combattant un Centaure : il rencontra un vif succès. Mais quand 2 ans plus tard, Barye montra le modèle - en terre ou plâtre - du Jaguar dévorant un lièvre, l'accueil fut encore plus chaleureux.

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Voici ce qu'écrivit - de façon un peu confuse, je trouve... - Edmond de Goncourt à son propos :

"Il se fait en ce moment en sculpture le mouvement que nous avons signalé en peinture. L'école historique se meurt dans l'art qui fait palpable comme dans l'art qui fait visible. C'est le paysage qui la remplace en peinture ; ce sont les animaux qui la remplacent en sculpture. La nature succède à l'homme. C'est l'évolution de l'art moderne."

Et quand ce modèle est apparu en bronze à l'Exposition universelle en 1855, Théophile Gautier la commenta ainsi : "C'est un poème que ce groupe, et un poème plein de significations sinistres : la force et la faiblesse, le bourreau et la victime, l'homme et la destinée." Gautier parlera alors de Barye comme du "Michel Ange de la ménagerie", expression restée célèbre.

Bref, le modèle de notre internaute est l'une des belles pièces de Barye. Qu'en est-il maintenant de sa fonte, presque aussi importante ? Une signature "F.Barbedienne Fondeur Paris" est beaucoup moins appréciée par les collectionneurs que la marque "F.Barbedienne Fondeur" car la première est l'indication d'une fonte XXème (à partir de 1920), alors que la seconde est le signe d'une fonte XIXème, de meilleure qualité. La valeur d'un bronze peut varier du simple au double sur ce simple petit mot de "Paris" !

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Ceci dit, cet exemplaire, bien que portant ce mot, est ici d'une qualité de fonte remarquable. Le montage, tel qu'on le voit sous le socle, le rapproche terriblement d'une fonte ancienne de Barye. Malheureusement, lors d'une vente aux enchères, il sera marqué "Fonte de Barbedienne Paris" et les acheteurs par internet et téléphone ne se rendront pas forcément compte de la qualité de la fonte. Du coup, de façon inévitable, l'estimation sera sensiblement plus basse.

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Dessous du socle.

Quelle valeur, donc, donner à cette pièce ?

Elle a comme avantage sa signature Barye, d'être un beau modèle de cet artiste, de représenter un fauve, ce qui est toujours apprécié, d'être de grande taille (c'est aussi un inconvénient !) et d'avoir été édité par Barbedienne, ce qui montre que ce n'est pas une mauvaise fonte ou une copie.
Elle a pour inconvénient d'être très grande, donc peut-être difficile à placer, de représenter une scène cruelle (c'est absurde mais perçu ainsi...), d'être un modèle très courant et enfin d'être une fonte XXème.

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Lors de ses passages en salle des ventes, cette grande pièce, dans les mêmes dimensions, a donné ces résultats :

- Paris mars 2012 mais en fonte ancienne (XIXème) : estimé 35000 à 45000 Euros mais invendu, ce qui est normal car à mon avis très surestimé.
- Marseille en juin 2010, avec la même fonte que cet exemplaire (Barbedienne fondeur Paris) : estimé 8000 à 10 000 Euros mais invendu.
- Paris décembre 2008 : estimé 20000 à 25000 Euros et adjugé à 17000 Euros, mais malheureusement je n'ai pas d'indication sur la date de la fonte.
- Londres en avril 2005 : adjugé à l'équivalent de 17600 Euros mais là non plus pas d'indication sur la fonte.

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Le marché est parfois décevant car je trouve qu'une telle pièce devrait se vendre autour de 15000 Euros, mais le problème, c'est que... c'est lui qui a raison ! Les commissaires priseurs, les collectionneurs, les marchands ont tous accès aux résultats des ventes et se "calent" dessus. Ils ont donc les éléments que je viens de citer. Du coup, je pense qu'un commissaire-priseur estimerait cette pièce autour de 6000 Euros voire 7000 Euros. Encore ne faut-il pas oublier que sur cette somme, en cas de vente, il prélèvera aujourd'hui 25% voire 27% de frais ce qui laisserait au vendeur environ 4500 Euros environ...

Encore faudrait-il qu'il soit adjugé car nous avons vu qu'il y avait beaucoup d'invendus.

Vous souhaitez un avis sur un bronze animalier ? Envoyez-moi quelques photos bien nettes (vue d'ensemble, signature, dessous du socle, marque éventuelle du fondeur) et les dimensions exactes à damiencolcombet@free.fr. Je vous répondrai rapidement.

20:35 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)