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12 mars 2012

LA VALEUR D'UN BRONZE (42) : LE LION DE JACQUEMART

Quelques jours après l'envoi du Groupe de boeufs (cf. note ci-dessous), j'ai reçu de Monsieur Marc S. des photos d'un autre bronze de Jacquemart.

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Ayant rédigé une longue note sur les boeufs, je vais être plus bref à propos de ce fauve, mais je souhaitais le montrer car il absolument magnifique.

Presque tous les sculpteurs du XIXème et du début XXème ont réalisé au moins un lion : de Barye à Delabrierre, de Cain à Fratin, de Valton à Bugatti, cet animal semble les avoir tous fascinés par sa force, sa sauvagerie ou l'expression de noblesse. Quelques exceptions, toutefois, et non des moindres : Pierre-Jules Mêne - qui auraient néanmoins réalisé un "Lion de Haute-Nubie" dont on n'a jamais retrouvé trace - et Emmanuel Frémiet, qui préférait apparemment les ours.

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Les lions ont été reproduits avec plus ou moins de bonheur. Ceux de Delabrierre et Cain sont un peu trop fiers et pompiers, ceux de Fratin sont ébouriffés et ne ressemblent pas vraiment à des lions, ceux de Barye sont presque tous très beaux, à l'exception du "Lion n°3" dont la parfaite mise en pli montre qu'il sort visiblement de chez le coiffeur... Bien souvent, ces lions sont trop musclés, comme si ces fauves pratiquaient la musculation dans des salles de sport, ou bien ils sont curieusement bossus.

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Or il n'en est rien avec ce lion de Henri Alfred Jacquemart (1824-1896). Au Jardin de Plantes à Paris, on peut admirer un autre de ses lions dans une attitude extrêmement naturelle : pattes avant légèrement fléchies, il hume le sol. Ici, l'animal est plus statique, dans une pose moins originale, mais du coup il paraît plus sobre que beaucoup. La crinière n'est pas exagérément abondante, ni parfaitement peignée, et la musculature de la bête reste dans des proportions raisonnables. Levant un peu la tête comme s'il prenait le vent, il semble en alerte sans prendre la pose pour l'éternité ! On note également qu'il possède un corps assez long, comme il se doit. Beaucoup de sculpteurs en ont fait un animal court et trapu, ce qui est une erreur. 

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Jacquemart a réalisé une lionne dans une attitude très proche, qui fait donc le pendant. Elle mesure 30 cm de long alors que le lion de notre internaute fait 33 cm. Elle a été adjugée 5000 Euros à St-Germain-en-Laye le 1er juillet 2007.

Elle était certes très belle, mais ce prix me semble toutefois un peu trop élevé. Il y a peut-être une explication à cela : elle semble la très exacte copie d'un exemplaire mis en vente chez Sotheby's à Londres en novembre 2006 et qui n'a pas été vendue. Or le catalogue précisait qu'il s'agissait d'un chef-modèle. Il n'est pas impossible que cette pièce d'exception ait en fait traversé la Manche pour être reproposée à Paris.

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Le lion de Monsieur Marc S. a peut-être un aussi beau pedigree que la lionne, mais ce serait étonnant. S'il s'agit d'une bonne fonte mais pas d'un chef-modèle, je pense que ce lion pourrait être estimé autour de 3000 Euros, ce qui est déjà élevé pour une signature certes de qualité mais qui n'est pas Barye.

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08 mars 2012

LA VALEUR D'UN BRONZE (41) : LES BOEUFS DE JACQUEMART

Monsieur et Madame B. m'envoient pour avis les photos d'un groupe de boeufs reliés par un joug. Sur le socle, deux marques : A.Jacquemart et F.Barbedienne Fondeur.

 

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J'aime beaucoup les oeuvres du sculpteur Alfred Jacquemart. Elles sont presque toujours très soignées, très élégantes. Ceux qui ont visité le Musée d'Orsay à Paris ont forcément remarqué le magnifique et monumental Rhinocéros indien sur l'esplanade du Musée, où il a pour voisin un cheval à la herse et un éléphanteau entravé. Ce rhinocéros était autrefois installé au Trocadéro.

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Henri Alfred Jacquemart est né à Paris le 22 février 1824 et y est mort le 4 janvier 1896. Elève des Beaux-Arts, il étudia la peinture et la sculpture, puis présenta régulièrement des oeuvres au Salon, de 1847 à 1879, et y reçut nombre de distinctions, dont une médaille en 1857 et une autre en 1865. Il voyagea en Orient (Turquie, Egypte).

Comme beaucoup de sculpteurs, il réalisa des petites pièces pour la maison Christofle, orfèvre.

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A Paris, on peut voir plusieurs de ses oeuvres : outre le Rhino du Musée d'Orsay, citons les deux griffons (animaux fabuleux) de la fontaine Saint-Michel, deux lions en bronze à l'une des portes de l'Hôtel de ville de Paris, les quatre Evangélistes de l'église Saint-Augustin, les lions en bronze de la place Félix Eboué, etc...

Ses bronzes ont été fondus majoritairement par la fonderie du Val d'Osne, par Susse et par Barbedienne.

Parmi les oeuvres les plus connues de Jacquemart, il y a "le chien et la tortue", très fréquent en salle des ventes mais remarquable. Un chien de chasse assis incline la tête presque jusqu'au sol pour observer attentivement la tortue. Le lourd collier du canidé lui tombe presque sur les yeux et on le devine très intrigué par ce drôle de petit animal qui va son chemin sans inquiétude. Un peu moins réussi, mais très connu, Jacquemart a réalisé un loup, la queue entre les pattes. J'ai déjà eu l'occasion de parler de l'éland attaqué par un serpent, que l'on peut admirer au Musée d'Aix-les-Bains. L'antilope est magnifique.

Revenons à nos boeufs.

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Le Dictionnaire des bronzes du XIXème siècle (P.Kjellberg) précise que le "Groupe de boeufs" a été édité en bronze par Barbedienne en trois tailles : 24, 18 et 9,5 cm. Malheureusement, on ne sait si ces mesures se rapportent à la hauteur ou à la longueur. Or, Monsieur et Madame B. nous indiquent que leur pièce mesure 20 cm de haut, 20 cm de large et 35 cm de long. La marque du fondeur ("F.Barbedienne Fondeur") semble bonne et indique a priori une fonte de fin XIXème ou début XXème, mais les dimensions ne sont pas celles indiquées dans le Kjellberg, ce qui est étonnant. Je note d'ailleurs que ce ne sont pas non plus celles relevées lors des derniers passages de ce modèle en salle des ventes. Ceci peut introduire un léger doute sur le caractère original de l'exemplaire de nos internautes, mais il est a priori balayé par la qualité de la signature du fondeur. Cet écart sur les mesures peut également (probablement ?) venir d'une confusion entre longueur totale et longueur du socle.

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Observons maintenant de plus près nos boeufs. Ils ont l'air moyennement puissants, leurs corps rappelant presque celui de vaches bien charpentées. On sent bien la contrainte que constitue le joug, solidement attaché, et qui semble empêcher la vie propre de chaque animal, comme s'il avait hérité d'un frère siamois bien encombrant. Les deux bovins en sont donc réduits à une sorte d'apathie, de résignation face au violent effort qui leur sera demandé dans un instant.

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Néanmoins, j'apporterai trois critiques à ce bronze. En premier lieu, il semble un peu trop statique, ce qui est probablement dû au fait que les deux animaux sont quasiment identiques, dans une attitude très figée. En second lieu, la ciselure me paraît très sommaire : si la tête des bovins est bien détaillée, il n'en est pas de même pour le reste du corps, trop lisse à mon goût. Enfin, et surtout, l'attache de la queue est très curieuse et pas du tout réaliste. On dirait qu'elle a été rapportée tardivement et pour ainsi dire plaquée maladroitement sur le corps  de l'animal, pourtant bien fait au plan morphologique.  On distingue parfaitement une sorte de "marche" qui n'existe pas dans la réalité, la naissance de la queue étant en fait dans le prolongement de la colonne vertébrale.

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C'est à mon sens le défaut majeur de ce bronze, ce qui est trés étonnant de la part d'un grand sculpteur comme Jacquemart. Je parlerai bientôt d'un de ses lions qui est au contraire d'une rare élégance.

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Quel valeur donner à ce groupe de boeufs ? Comme précisé plus haut, les dimensions des pièces relevées en ventes aux enchères ne collent pas exactement avec celles données dans le Kjellberg, bien qu'elles s'en rapprochent, ni avec celles communiquées par nos internautes. Voici néanmoins quelques indications :

- Bruxelles en 2006 pour un exemplaire mesurant 9 x 17 cm : adjugé à 950 Euros.

- Paris en 1997 pour un autre exemplaire de 10 x 17 cm : adjugé à l'équivalent de 1100 Euros.

- Londres en 2002 pour un exemplaire de 19 x 27,6 cm, fonte Barbedienne : estimé entre 3000 et 4000 Euros mais invendu.

L'exemplaire de nos internautes est visiblement le plus grand des trois réalisés par Barbedienne. Il a donc pour défaut les trois points mentionnés ci-dessus, mais a comme atout sa grande taille et surtout une bonne signature. Je pense qu'en salle des ventes, il pourrait donc être estimé autour de 2000 à 2500 Euros.

23:42 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

29 février 2012

ALLEZ FAIRE UNE VISITE AU LOUVRE !

Dès que je le peux, je file au Louvre ou au Musée d'Orsay voir les sculptures. Il y a toujours, à la librairie, un beau livre à acheter (cette fois, "Le cheval et la sculpture" par la Dieleman Gallery - Editions du Perron). Mais surtout, il y a les plus beaux bronzes animaliers que l'on puisse imaginer. Par exemple, si vous avez 10 Euros en poche et une heure devant vous, allez voir, dans l'aile Richelieu du Louvre, la très belle collection des Barye, dont les modèles du surtout de table du Duc d'Orléans.

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Il s'agissait (il a malheureusement été dispersé) d'un remarquable ensemble auquel plusieurs artistes renommés ont travaillé, et qui comprenait notamment, d'Antoine-Louis Barye, quatre grandes scènes de chasse et plusieurs animaux isolés. Au Louvre, on peut voir deux scènes : la chasse au lion (le lion et la lionne ont tué un buffle et se font à leur tour attaquer par les cavaliers, qui ont l'air d'avoir quelques soucis) et la chasse au taureau sauvage. Il s'agit d'un incroyable enchevêtrement d'hommes et d'animaux qui laissent une terrible impression de sauvagerie et de puissance.

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On peut admirer également une partie de la chasse au tigre : l'éléphant d'Asie surmonté d'un cornac. Il manque la nacelle où ont pris place les chasseurs ainsi que les tigres qui montent littéralement à l'assaut de l'ensemble. Sur la photo, derrière cette pièce, on aperçoit le cavalier attaqué par un serpent dont j'ai parlé dans ma note sur le "Serpent python avalant une biche".

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Parmi les autres grandes pièces, il faut voir le très curieux "Angélique et Roger montés sur l'hippogriffe" fondu par Gonon, dont la version en bronze et colorée est en couverture du Catalogue raisonné des bronzes de Barye MM.Richarme et Poletti).

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Et puis il y a toutes les autres pièces de Barye, de Frémiet, de Cain, Fratin... Les photos ne sont pas très bonnes car je les ai prises dans de mauvaises conditions (je les referai dès que possible) mais elles donnent un aperçu de la richesse de la collection.

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Enfin, on peut admirer un très grand exemplaire, d'une ciselure remarquable, du Lion au serpent.

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26 février 2012

QUELQUES STATISTIQUES SUR CE BLOG

Voici près de 6 ans (depuis avril 2006) que ce blog a été créé et, pour s'amuser, j'ai recensé quelques statistiques :

226 notes publiées (dont 30 relatives à des bronzes anciens) soit une moyenne d'un peu plus de 3 par mois

60 albums photos contenant chacun en moyenne 5 photos soit plus de 300 photos

124 abonnés à la Newsletter

Et en termes de fréquentation (moyenne mensuelle 2012 - source : hébergeur Hautetfort) :

2 585 visiteurs uniques, en progression de 31% par rapport à la moyenne mensuelle 2011

6 815 visiteurs totaux, en progression de 54% par rapport à la moyenne mensuelle 2011

14 996 pages vues, stable par rapport à la moyenne mensuelle 2011

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20 février 2012

NOUVELLE CREATION : LE BUFFLE D'AFRIQUE AU GALOP

Après une interruption hélas assez longue, due à des raisons extra-artistiques, j'ai remis les mains dans la terre. Pour conjurer la crainte de ne plus y arriver, de voir l'inspiration se tarir, j'ai décidé de recommencer la sculpture avec un animal que je connais bien puisque c'est le troisième que je fais : le buffle d'Afrique de l'est. Inutile de rappeler les caractéristiques de cet animal puissant, farouche, courageux, car je l'ai déjà fait à plusieurs reprises.

Après le buffle en alerte (épuisé), le buffle couché, le voici galopant. Il ne charge pas, il fuit plutôt, mais résolument, sans peur : il cherche à mettre de la distance avec le danger qu'il a senti. Et du coup me vient l'idée d'une lionne le poursuivant. A suivre, peut-être...

Le bout des cornes sera affiné lorsque la pièce sera coulé en bronze.

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