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19 mars 2010

LA VALEUR D'UN BRONZE (28/1) : LEVRETTES DE MENE ET LEVRIER DE GAYRARD

Monsieur Joël M. m'a envoyé de très bonnes photos de deux bronzes représentant tous les deux des lévriers : l'un est de Pierre-Jules Mêne et l'autre est de Gayrard. Il est intéressant de les comparer. J'y consacre donc deux notes successives.

Le premier représente un Lévrier couché. Il est parfois appelé "Lévrier afghan". On connaît ces grands chiens élégants à poils longs qui leur donnent l'air de danser lorsqu'ils marchent ou trottent. Ils sont un peu passés de mode mais il y a encore quelques dizaines d'années, on en voyait beaucoup (avez-vous remarqué que l'on ne voit plus de grands caniches ?). En réalité, même s'il a le poil plus long que les grands lévriers uttilisés pour les courses en Angleterre, ce chien ne me semble pas être un Afghan.

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Ce bronze est l'oeuvre de Paul Joseph Raymond Gayrard (1807-1855), dont le père Raymond était lui-même sculpteur et précurseur avec Barye de l'art animalier. Elève de Rude (auteur de "La Marseillaise" de l'Arc-de-Triomphe) et de David d'Angers ("l'ennemi" de Barye), il exposa très jeune, à 20 ans, au Salon à Paris et connut un très grand succès, en particulier pour ses chevaux et ses chiens, mais aussi pour ses personnages : les Evangélistes de l'église Ste-Clothilde à Paris, des bustes de personnages célèbres, une statue équestre de Napoléon III (plus précisément "Le Prince-Président Louis Napoléon").

Curieusement, sa renommée s'est un peu effacée de nos jours et l'on connaît surtout deux de ses pièces : "le Singe jockey", qui monte un cheval sautant une haie, et notre chien couché.

On note qu'il est signé : "Gayrard London 1848", ce qui laisse évidemment supposer qu'il s'est rendu au Royaume-Uni, mais, selon Pierre Kjellberg ("Les Bronzes du XIXème siècle), on n'en a pas la certitude.

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C'est un joli sujet, très fin, ce qui se vérifie aux pattes avant, à la ciselure du socle représentant feuilles et branchages. Le dessous du socle révèle une fonte ancienne. Mais, d'une part un animal totalement couché (la tête repose sur le sol) est moins plaisant qu'un sujet moins passif, d'autre part il a souvent été édité. Il ne rencontre donc pas un très grand succès en salle des ventes, comme le montrent les résultats relevés :

- 27 mars 2009 à Drouot : estimé 500 à 700 Euros mais invendu.

- 11 novembre 2009 à Londres : estimé 3000 à 5000 GB£ (beaucoup trop cher !) mais invendu.

- 5 novembre 2003 à Drouot : vendu à 550 Euros.

- 12 février 2002 aux Etats-Unis : estimé 1000 à 1500 US$ mais invendu

- 31 mars 1996 à Soissons : vendu 2600 francs (environ 400 Euros).

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On peut donc l'estimer aux environs de 500 Euros, ce qui n'est pas très cher pour un bon sculpteur et une pièce de cette taille (32 cm de long x 15 cm de profondeur x 13 cm de haut). Il existe une réduction en plâtre de ce chien, mesurant environ 20 cm de long. J'ignore si elle a été fondue en bronze. 

23:09 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)

17 mars 2010

ART ANIMALIER : SORTIE DU NUMERO 3

Le troisième numéro de la très belle revue "Art Animalier - Nature et Culture" vient de sortir. En voici la couverture :

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Pour en savoir plus sur cette revue et plus précisément le sommaire du numéro 3, vous pouvez aller sur ce site :

20:43 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

16 mars 2010

DES PHOTOS DE QUALITE

Il est très difficile de faire de bonnes photos des bronzes car les reflets et la masse de l'objet nécessitent un éclairage bien spécifique. Rien ne vaut l'éclairage naturel, mais il est difficile d'installer un petit studio photo en plein air quand on habite en ville.

Lorsque de nouveaux bronzes arrivent de la fonderie, je fais moi-même les photos, le mieux possible, mais ce n'est pas extraordinaire. Alors quand j'ai une dizaine de nouvelles pièces, je les porte chez un photographe professionnel (Guillaume Raulet, à Lyon) qui est maintenant expert en ce domaine. A tel point qu'une de mes galeries fait maintenant régulièrement appel à lui.

Je viens de mettre les photos de Guillaume dans les albums photos des dernières réalisations - vautour, phacochère, Aristote (si difficile à "capter"), vaches, etc - et de certaines plus anciennes. En voici quelques-unes, prises sous des angles inattendus.

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09 mars 2010

L'ELEPHANT N'ETAIT PAS MORT !

Dans ma note du 13 février, je me demandais ce qui avait bien pu arriver à l'Eléphant d'Afrique couché : était-il blessé ? mort ? simplement endormi ? Bonne nouvelle, il devait simplement sommeiller car il vient de se relever !

Difficile de redresser une telle masse. Pourtant il va y arriver, et plus vite qu'on ne l'imaginerait. La tête en avant pour faire contre-poids, il s'apprête à pousser sur ses cuisses et à relever son énorme postérieur. Les oreilles légèrement écartées, il a senti quelque chose et va se mettre en alerte. Il se pourrait bien qu'on le retrouve debout d'ici peu en photo...

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Il n'a qu'une défense, mais la fonderie voudra bien en fondre deux identiques, qui trouveront leur place de chaque côté. Même s'il est fréquent de voir dans la nature des pachydermes "monopointe", c'est plus joli quand les deux sont bien présentes.
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Il reposera sur le même socle exactement que l'Eléphant d'Afrique couché.
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Dimensions (socle compris) : 45 cm (long) x 27 cm (larg) x 24 cm (haut)

LA VALEUR D'UN BRONZE (27) : CHEVAL PERCHERON DE BARYE

Madame Sylvie F. m'a envoyé un joli cheval en bronze, que l'on sent musclé, dans la position typique des chevaux effrayés ou reculant : l'oeil grand ouvert, les postérieurs ployés et surtout les oreilles en arrière. Dimensions : 20,5 cm x 17 cm.

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Il s'agit bien sûr du "Cheval percheron" d'Antoine-Louis Barye (1795-1875), sculpteur renommé dont j'ai abondamment parlé sur mon site. La première édition de ce Percheron a eu lieu vers 1870. On ne peut s'empêcher de le rapprocher du "Cheval turc", qui a à peu près la même position : un antérieur levé, un postérieur touchant à peine le sol du bout du sabot.

A tort, on assimile souvent les percherons aux plus lourds chevaux de trait. C'est faux et il suffirait de placer côte à côte un Ardennais, un Breton, un Comtois et un Percheron pour que ce dernier ait presque, par contraste avec les trois autres, l'allure d'un cheval de selle.

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Au risque d'être contredit par beaucoup, je trouve que le cheval n'est pas l'animal que Barye père maîtrisait le mieux : son "Cheval demi-sang tête levée" et son "Pur-sang d'Arabie" ont la tête trop petite, le "Cheval attaqué par un tigre" aurait presque un style année 30 et, malgré son immense sucès, son "Cheval turc" n'est pas extraordinaire. Le "Cheval surpris par un lion (1ère version)" est mieux, mais il faut bien reconnaître que l'on est loin des chevaux de Mêne, dont on croit voir les muscles frémir sous la peau.

Ce Percheron me semble avoir, là encore, une tête trop petite, des oreilles trop longues et il est bien haut sur pattes ! La musculature de l'épaule est exagérée et la pièce ne présente guère de  détails ; la ciselure est un peu molle. Enfin, le socle très épais alourdit exagérément la pièce. Mais ce n'est qu'un avis car, comme on le verra plus loin, c'est un bronze de valeur.

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Madame Sylvie F. a relevé un petit cachet sur la terrasse. On y lit les noms suivants : "Fumière Thiébaut Fres Paris Gavignot Srs". Il s'agit de la marque de fondeur de Thiébaut, dont l'histoire est très riche.

En 1787, Charles Cyprien Thiébaut prend la direction de l'entreprise où il travaille, s'installe rue du Faubourg-Saint-Denis et produit essentiellement des cylindres de cuivre et accessoirement quelques objets d'art. Son fils et surtout son petit-fils Victor vont fortement développer la société et créer une fonderie en 1851. Les pièces produites sont brutes et les finitions, ciselures, patines sont réalisées par d'autres fondeurs, comme Barbedienne. Thiébaut va ainsi réaliser des bronzes pour Carpeaux, Pradier, Dubois, etc, ainsi que les médailles de David d'Angers.

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Les trois fils de Victor reprendront ensuite la fonderie et produiront même des armes. Ils déménageront l'atelier rue de Villiers et ouvriront une boutique avenue de l'Opéra. On leur doit notamment le monument à la Défense de Paris (Barrias), le Triomphe de la République (Dalou) place de la Nation ainsi que la statue de la Liberté du pont de Grenelle. Fin XIXème siècle, le dernier survivant des trois frères Thiébaut s'associe avec Fumière et Gavignot, d'où le cachet sur notre percheron, puis d'autres cessions et associations suivront rapidement, avec des cachets différents et, finalement, la société disparaîtra en 1926.

Thiébaut a acheté huit modèles de Barye, dont notre Percheron mais aussi le "Petit chameau de perse", la petite "Lionne debout", le petit "Lion debout".

On peut donc dater avec assurance la pièce de notre internaute des dernières années 1800, probablement 1898. On mesure ici l'importance de relever la présence sur un bronze d'une marque de fondeur.

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Ce bronze apparaît régulièrement en salle des ventes mais n'est tout de même pas extrêmement courant. Le hasard fait qu'un exemplaire fonte Thiébaut sera mis aux enchères dans quelques jours (28 mars) à Deauville. Il est estimé entre 9000 Euros et 12 000 Euros hors frais, ce qui est beaucoup trop cher. Il me semble absolument impossible que ce bronze monte à ce prix. N'oublions pas que les fontes Thiébaut sont des fontes posthumes, et donc qu'elles ne peuvent pas être estimées au prix d'une fonte du vivant de Barye.

J'ai trouvé quelques exemples de vente de ce Percheron qui, bien que trop élevées à mon sens, sont plus raisonnables : 30 000 francs (4500 Euros) à Pontoise le 3 mars 2001, 4 500 GB£ le 29 avril 2003 à Londres, 4 850 Euros le 14 décembre 2009 chez Artcurial (pour une estimation de 2000 Euros à 3 000 Euros).

Je pense que l'estimation donnée par Artcurial est la bonne : ce bronze devrait valoir environ 3000 Euros. Mais visiblement le sujet attire les collectionneurs et il se vendrait plutôt autour de 4 500 Euros.

Merci à Madame Sylvie F. d'avoir envoyé des photos de cette belle pièce.

Vous avez un bronze animalier et vous souhaitez en connaître la valeur et l'histoire du sculpteur ? Envoyez-moi (damiencolcombet@free.fr) quelques photos très nettes de l'ensemble de la pièce, du dessous du socle, de la signature et de toute autre marque visible (cachet, marque de fondeur, etc). Je vous répondrai (grâcieusement) sous quelques jours.