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08 janvier 2010

LA VALEUR D'UN BRONZE (25) : LA VACHE DE DUBUCAND

Monsieur Laurent S. possède une jolie vache en bronze signée Dubucand, qu'il tient de son grand-père. "J'ai beau chercher sur internet l'histoire de ce bronze, nous dit-il, je ne trouve rien".

 

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Effectivement, on ne trouve presque rien sur Alfred Dubucand, ni sur internet ni dans les livres, et c'est une injustice car il a fait de très belles choses. Bien sûr, il y a quelques lignes dans le Dictionnaire des sculpteurs de Kjellberg, ou dans celui des sculpteurs animaliers, du Docteur Hachet, mais c'est finalement dans le très beau "Les Orientalistes" de Stéphane Richemond (Les Editions de l'Amateur) que j'ai trouvé le plus d'informations.

Alfred Dubucand est né à Paris (précisément : 14 rue Martrois) en 1828 et décédé en 1894. Il a commencé à exposer régulièrement en 1867 (39 ans) au Salon des artistes français, jusqu'en 1883. Selon les livres, Dubucand "est", "aurait été" ou "se dit" (on devine bien la nuance !) élève de Barye et Rouillard. Il obtint une médaille en 1879 pour son "Chasseur persan au guépard", qui est effectivement très beau : il représente un cavalier sur un splendide cheval, à la crinière et la queue soignées, marchant presque au pas d'école. Sur la croupe du cheval, juste derrière le chasseur, un guépard - que je trouve toutefois légèrement trop petit - est assis mais en position crispée comme il convient lorsqu'on est ainsi en position un peu instable !

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Si les oeuvres de Dubucand représentent parfois des personnages, ils sont toujours en compagnie d'animaux car il est essentiellement sculpteur animalier, d'inspiration largement orientaliste (d'où sa présence dans ce livre).

On apprend dans le dictionnaire du Dr.Hachet qu'il avait un fils ("E.Alfred Dubucand"), qui a exposé pendant 7 ans au Salon, à la fin du XIXème siècle, mais ne semble pas avoir connu la même renommée que son père.

Parmi les bronzes de Dubucand, je relève des pièces bien réalisées mais finalement de peu d'intérêt de nos jours car trop vues : Faisan, Cerf et biches, Cerf à l'écoute, Bécasse effrayée, Setter, etc. D'autres pièces sont elles aussi parfaitement travaillées mais plus originales ou charmantes : Cavalier et femme arabe à la fontaine, Paire de Greyhounds, Cavalier arabe avec deux lévriers, Chasseur berbère sur son dromadaire, etc. Deux pièces très surprenantes enfin : un Cavalier mexicain au lasso, incroyablement moderne, et une Chasse à l'autruche dans le Sahara, où l'on voit un cavalier au galop s'apprêtant à assommer d'un coup de trique une autruche elle aussi en pleine course. 

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L'une des pièces les plus connues de Dubucand, d'ailleurs reproduites dans les trois livres consultés, est "L'ânier du Caire", jolie scène représentant un jeune garçon négligemment accoudé sur son âne.

On est loin de la belle vache de notre internaute, mais il est intéressant d'évoquer un sculpteur parfois un peu oublié à l'ombre des Barye, Mêne, Frémiet, etc. Les bronzes de Dubucand ont la réputation d'être finement et joliment ciselés. C'est bien le cas de notre vache, d'un très grand réalisme. Vu la petite taille du pis, de nos jours il s'agirait presque plus d'une génisse que d'une bonne grosse laitière comme les usines à lait que l'on trouve maintenant dans nos champs.

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Quelle valeur pour ce bronze, qui mesure environ  26 cm de long, 10 cm de large et 20 cm de haut ? J'ai tenté d'oublier combien le sujet des vaches me plaisait et de rester objectif, pour estimer cette pièce aux alentours de 700 Euros à 800 Euros. C'est tout à fait cohérent avec l'estimation de 500 Euros à 800 Euros donnée par l'étude Beaussant-Lefèvre lors de la vente du 4 juin 2008, où cette pièce était proposée. Mais il devait y avoir un collectionneur de vaches ou un passionné de Dubucand dans la salle car elle est partie à 1300 Euros hors frais soit environ 1600 Euros frais compris.

Merci à Monsieur S. pour ce bronze rare. Je lui recommande de nettoyer la vache sous l'eau tiède, de la sècher (voir ci-dessous), de la frotter avec une brosse à dent et un peu de savon (type savon de Marseille mais pas de produit liquide), puis de la frotter avec du cirage à chaussure marron (Kiwi, par exemple, mais pas de crème). Une fois sèche, il passera une brosse à reluire ou un chiffon et elle sera magnifique. Une astuce pour étaler facilement le cirage sans encrasser le bronze : le faire chauffer plusieurs minutes au sèche-cheveux. Appliqué aussitôt (j'utilise un pinceau), le cirage sera presque liquide.

Ce week-end, je vous parlerai de ma nouvelle création.

23:05 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (3)

31 décembre 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (24) : "LE TOURNOI" DE BACQUE

Pour bien terminer l'année 2009, voici une note sur un bronze étonnant à plus d'un titre, envoyé par Monsieur Michaël S. qui en a fait d'excellentes photos. Il représente un tournoi de chevaliers et est signé "BACQUE".

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La qualité de la pièce est incontestable mais qui est ce Bacque ? Nulle trace de lui dans le Dictionnaire des sculpteurs de M.Kjellberg, ni dans le Dictionnaire des sculpteurs animaliers du Dr.Hachet. Sur internet, rien non plus. Mais en recherchant "Bacqué", avec un accent, j'ai trouvé quelques informations.

Daniel Bacqué, sculpteur, est né à Vianne (Lot-et-Garonne) en 1874 et décédé dans le dénuement en 1947. Il a exposé notamment au Salon de 1930 ("Portrait du peintre Jean Fouquet") et semble s'être un peu spécialisé dans les Monuments aux morts : mémorial de la guerre de 1914-1918, mémorial d'Armand Fallières, etc.

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Bien que tombé dans l'oubli malgré tout son talent, ce sculpteur a réalisé une oeuvre monumentale devant laquelle passent de nombreux Parisiens et touristes : une statue de femme, de style très 1930 évidemment (dans le genre de Mayol), taillée dans un bloc de grès et installée devant le Trocadéro, où l'on peut d'ailleurs admirer une tête de taureau et un veau de Paul Jouve côté fontaine.

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Ce "tournoi", de grande taille (67 cm de long, 50 cm de haut, 29 kg) est extrêmement détaillé et le chevalier de gauche, en particulier, m'a fait fortement penser à Frémiet. Le travail sur les heaumes, le harnachement des chevaux, le vêtement des cavaliers est absolument remarquable et montre combien il est injuste qu'un tel sculpteur soit oublié.

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En revanche, je trouve deux défauts à cette scène : les jambes des chevaux me semblent un peu trop grosses - même si je n'ignore pas que les chevaux pour ce genre de sport n'étaient pas des pur-sang anglais - et la position du cheval de droite n'est pas réaliste car il ne peut reposer ansi sur ses articulations. L'idée du sculpteur était certainement de représenter l'animal "bondissant" mais il est dommage qu'il n'ait pas mis les sabots à plat.

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Quelle évaluation donner à ce bronze ? Une très grande pièce, fort bien sculptée, avec une jolie patine, certes, mais une scène (le tournoi) plutôt passée de mode et surtout un sculpteur quasiment inconnu : à première vue, je n'aurais pas donné un chiffre très élevé. Et pourtant, ce bronze a été adjugé 7 000 Euros en 1997 à Orléans et encore 7 600 Euros en 2003 à la salle des ventes de Corbeil (était-ce la même pièce ou une autre ? je ne le sais pas).

Malgré tout, le marché n'étant pas favorable et la vente d'un tel ensemble étant quand même très aléatoire car soumise à la présence ce jour-là d'un collectionneur prêt à accueillir pour un prix assez élevé une pièce de très grande taille, je pense qu'une estimation autour de 5 000 Euros est plus raisonnable, ce qui n'est pas si mal !

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Sachez que Monsieur Michaël S. mettra probablement en vente ce bronze : si vous êtes intéressé, je le lui ferai savoir...

Vous avez un bronze animalier et vous souhaitez en connaître l'histoire et la valeur ? Envoyez-moi (à damiencolcombet@free.fr) quelques photos très nettes (vue d'ensemble, signature, marque éventuelle du fondeur, dessous du socle) ainsi que les dimensions très précises, et je vous répondrai, gracieusement et en toute confidentialité.

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18:00 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (5)

12 décembre 2009

OFFREZ-VOUS UN BRONZE ET FAITES UNE BONNE OEUVRE !

La Fondation Jérôme Lejeune fête le Cinquantenaire de la découverte de la Trisomie 21. A cette occasion, elle organise mardi 15 décembre (dans 3 jours) une grande vente aux enchères à l'Hôtel Drouot, animée par le cabinet Beaussant-Lefèvre, grande maison parisienne.

Parmi les lots, seront notamment mis en vente :

- Trois voitures (Saab cabriolet Turbo, Coccinelle 1985, Simca 1300),

- Timbres

- Monnaies anciennes

- Bijoux anciens et montres,

- Tableaux (des grands noms dont Foujita, Picart Le Doux, etc)

- Argenterie

- Grands vins (Pontet-Canet, Gruaud-Larose, Lanessan...)

- Mobilier et objets de vitrine : ivoires, Galle, Lalique, etc

Le bronze "L'ours brun et les ruches" sera mis en vente à cette occasion, l'intégralité du prix de vente revenant à la Fondation.

Si vous aimez les bronzes et que vous souhaitez faire une bonne oeuvre en même temps, c'est l'occasion !

Attention : l'exposition aura lieu le matin même à la Fondation au 37 rue de Vaugirard (XVème), la vente ayant lieu quant à elle à Drouot à 14h (salle 12)

Pour tous renseignements : http://www.beaussant-lefevre.com/html/infos.jsp?id=6134&a...

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20:37 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

08 décembre 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (23) : LE TAUREAU DE FRATIN

Monsieur Bruno de W. m'a envoyé quelques photos d'un grand bronze de Fratin. Voici un sculpteur que je n'ai pas encore eu l'occasion de présenter et je vais profiter de ce taureau pour le faire.

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Christophe Fratin est né en 1801 à Metz et décédé en 1864 au Raincy, près de Paris. Selon les sources, son père aurait été cordonnier ou - ce qui aurait pourrait être l'origine de la vocation de son fils - empailleur d'animaux. Le jeune Fratin suivit des cours de dessin où il obtint quelques prix. Plus tard, il déclara qu'il avait été élève de Carle Vernet et Géricault entre 1821 et 1831, ce qui est possible mais semble-t-il pas absolument avéré. Dans les années 1833 et 1934, Fratin réalise des plâtres d'animaux et les expose. Aussitôt, il est érigé par les uns en rival sérieux de Barye, par les autres en imitateur cherchant bien vainement à ramasser quelques miettes de la gloire de son grand prédécesseur.

 

Pourtant, le succès de Fratin s'affirme au fil des années, en France, où il réalise des commandes publiques - au square Montrouge à Paris, figurait autrefois un monumental "Cheval attaqué par un lion" - et à l'étranger : Autriche, Etats-Unis Allemagne, Angleterre.

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Les oeuvres de Fratin sont très diverses, tant par leur thème - lions, chevaux et chiens bien sûr, mais aussi pintades, autruche, aigle, condor, serpent, singe... - que par leur traitement. J'ai vu récemment un Eléphant écrasant un tigre qui aurait pu être de Barye tant il était de style classique. A l'inverse, Fratin aimait présenter des sujets humoristiques comme "Querelle d'ours" où l'on voit deux de ces animaux se battre au couteau, ou "Ours dentiste", l'un des fauves soignant un autre ours assis dans un fauteuil, "Ours jouant de la cornemuse" ou même "Ours couché lisant un journal politique" ! Il s'est également servi des singes pour présenter ces petits scènes amusantes.

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On reconnaît généralement un bronze de Fratin à sa ciselure, en particulier sur les animaux ayant un pelage abondant : le poil de ses ours, la crinière de ses lions, le cou de ses cerfs sont profondément striés, creusés, parfois trop à mon goût. Même les animaux à poil plus ras sont très ciselés : le corps des tigres, des lionnes, des chiens, des vaches n'est jamais lisse mais comme "grenu".

A mon avis, bien que très renommé, Fratin est très loin du talent de Barye ou de Frémiet. Ses animaux ont des allures un peu surprenantes et pas toujours réalistes. Il a en particulier tendance à présenter des sujets maigres au dos fortement arqué. On dirait parfois les premiers bronzes non édités de Barye, réalisés pendant sa jeunesse.

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Le taureau de notre internaute est un grand modèle : 39 cm de long (terrasse) x 12 cm de large x 30 cm de haut au niveau des cornes. Même s'il n'était pas signé, on reconnaîtrait facilement un Fratin précisément par la ciselure décrite ci-dessus. J'ai pourtant eu un moment de doute en voyant la signature : Fratin signait en majuscule et non comme ici, avec un "a" minuscule. Mais ce taureau est bien de ce sculpteur. On en voit d'ailleurs une photo sur le site de M.Gilles Perrault, expert dans la formidable affaire du faussaire Guy Hain, qui produisait des bronzes "anciens" à la chaîne, y compris des Rodin, et finit par être arrêté. Cette affaire a d'ailleurs créé une grande psychose des faux-bronzes animaliers dans le milieu des collectionneurs.  

 

Il est intéressant de remarquer la façon dont Fratin a travaillé les détails : ils sont bien visibles (voir sous le ventre et les sabots par exemple), mais pas de façon aussi exacte, anatomiquement parlant, que Frémiet par exemple.

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D'autre part, le muffle du taureau, arrondi et non pas carré comme il devrait l'être pour un bovin, est un peu curieux.

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La terrasse du bronze de Monsieur de W. possède une inscription : "Société des bronzes". Cette écriture cursive, maladroite, est étonnante et fait référence à une fonderie inconnue. Il existait de 1875 à 1930 une Société des bronzes de Paris, ayant ses ateliers boulevard Voltaire, mais son cachet était tout à fait différent. Il y a là un mystère à éclaircir.

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Je pense que ce taureau pourrait être estimé autour de 3000 Euros environ. Il a pour lui d'être une grande pièce, de plus peu commune. A l'inverse, Fratin n'est pas le plus coté des sculpteurs du XIXème.

Je terminerai en signalant que MM.Richarme et Poletti (L'Univers du bronze, à Paris) éditeront bientôt un catalogue raisonné de Christophe Fratin. Peut-être y trouverons-nous des informations complémentaires tant sur ce modèle que sur la fonderie...

Vous possédez un bronze animalier et vous souhaitez en connaître l'histoire et la valeur ? Envoyez-moi quelques photos très nettes (vue d'ensemble, signature du sculpteur, le cas échéant marque du fondeur, dessous du socle) et les dimensions exactes au millimètre près à : damiencolcombet@free.fr.

20:44 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (7)

06 décembre 2009

REVUE D'ART ANIMALIER

Une nouvelle et très belle revue est née en novembre : "Art animalier - Nature et culture", qui porte en sous-titre "Le 1er magazine qui enracine l'écologie dans la création".

Il s'agit d'une production des Editions Abatte-Piolé à Paris, qui ont déjà fait paraître deux (et bientôt trois) livres d'art animalier.

Au sommaire de ce premier numéro, on trouve notamment :

- Nicolas Vanier et son film "Loup",

- Une longue interview de Corinne Lepage,

- Un reportage photographique sur les Lémuriens de Madagascar,

- Le portrait de l'artiste Marie Sillières

et plein de petits reportages ou chroniques sur le métier de maréchal-ferrand, la fable des Animaux malades de la peste (Jean de La Fontaine), l'expo Darwin au Museum d'histoire naturelle, etc.

En fin de revue, on trouve beaucoup d'annonces d'expo : Vendamme à Lyon, Sonia Sibiet à Liège, Chapelain-Midy à Orléans, etc.

Je suis très fier que mon Casoar à casque fasse la Une de cette belle revue, qui présente mon travail sur 6 pages.

Pour en savoir plus, rendez-vous à cette adresse internet : http://www.artanimalier.fr/2009/10/27/sommaire/

Renseignements pratiques :

Abonnement 1 an (6 numéros) : 30 Euros

A adresser à Editions Abbate-Piolé - 10 rue de Bagnolet - 75020 Paris

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17:41 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)