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25 août 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (18) : LION ASSIS (N°4) DE BARYE

Pendant les vacances, j'ai reçu beaucoup de demandes d'expertises. J'ai répondu à toutes mais j'ai sélectionné en cette rentrée une très belle pièce d'Antoine-Louis Barye (1795-1875), envoyée par Madame Chantal A. Pour en savoir plus sur ce très grand sculpteur, tapez "Barye" dans le moteur de recherche de mon site en haut à gauche.

Lion n°4 5.jpg

Il s'agit, selon le Catalogue raisonné de Barye par MM.Richarme et Poletti, du "Lion assis n°4 (esquisse du Lion des Tuileries)". Ce titre singulier s'explique ainsi : selon les auteurs, Barye aurait modelé plusieurs variantes (cinq) de ce lion, dans des tailles permettant de faire le pendant avec les différents modèles du "Lion au serpent" bien connu. Ces fauves assis ont des attitudes légèrement différentes. Le 5ème est une simple ébauche éditée après la mort de Barye par Barbedienne mais elle a une force remarquable, qui la fait tendre vers le style Bugatti. Je me souviens de l'avoir vu chez un antiquaire à Lyon mais j'ai tardé à prendre ma décision et quand j'ai voulu l'acheter, elle avait déjà été vendue à une galerie spécialisée, à quelques mètres de là, qui avait en quasiment doublé le prix.

 

Le lion assis N°2 est un peu figé mais ce n'est rien à côté du N°3, surmonté dune crinière assez ridicule, parfaitement peignée et qui lui donne l'air de sortir tout droit de chez le grand spécialiste parisien des mise en plis. Ce lion-là n'a pas dû voir la brousse depuis longtemps !

Le lion N°4 - celui de notre internaute - est beaucoup plus réaliste. Selon MM.Richarme et Poletti, il est malgré son numéro (n°4) le premier de la série à avoir été modelé. Il est présenté comme le plus rare de tous. Je suis entièrement d'accord car je ne l'ai jamais vu en galerie et malgré mes recherches, je ne l'ai pas non plus vu dans les archives des salles des ventes, sauf peut-être dans la vente du 11 déc 2007 à l'étude Aguttes, mais la photo de mauvaise qualité et les dimensions approximatives ne permettent pas de certifier qu'il s'agit bien de cette pièce.

 

Ce bronze a été fondu par Barye lui-même, par Barbedienne, par Hector Brame et peut-être d'autres fondeurs (Bouchard ?). Notons d'ailleurs que Brame marquait parfois certaines pièces d'un petit "H" très difficile à dénicher et qui signalait que le bronze avait été réalisé par Henri Coupens, chef d'atelier chez Barye avant de passer chez Brame. Peut-être Madame A. le trouvera-t-elle sur sa pièce.

Lion n°4 4.jpg

Madame A. nous donne pour sa pièce les dimensions suivantes :  18 cm de haut et environ 17 cm de long. Ce sont bien, à 3 mm près, les dimensions "officielles". 

Une petite chose m'intrigue, toutefois : le catalogue raisonné précise bien que la signature est "AL Barye" (AL pour Antoine-Louis) alors que sur la photo, je ne vois ici que "Barye". S'agirait-il d'une copie ? Difficile à dire sans voir la pièce, mais sincèrement  je ne le pense pas car elle est fine, possède une jolie patine et l'on retrouve bien tous les détails, certes inévitablement moins prononcés que sur d'autres pièces de Barye puisqu'il s'agit d'une esquisse. Je crois plutôt que la signature "AL Barye" a été apposée sur la première édition, qui date de 1870, et pas sur les suivantes. Cette signature avec initiales du prénom est d'ailleurs rare chez Barye père (le fils Alfred signait soit "Barye" tout court - source de confusion, volontaire ou non, avec son père - soit "A Barye").

Lion n°4 2.jpg

Quelle valeur pour ce bronze ? Ce n'est pas une grande pièce mais elle a pour elle sa rareté. A la vente Aguttes de 2007 mentionnée plus haut, elle a été adjugée 719 Euros frais compris, ce qui est un prix ridicule (mais qui montre encore une fois qu'il y a parfois des affaires extraordinaires à faire en salles des ventes). Pour ma part, il me semble que cette pièce devrait valoir environ 2 000 Euros.

 

Je réitère ici mes avertissements sur les estimations : compte tenu des frais de vente, adjugé 2000 Euros en salle des ventes, ce lion coûterait en réalité environ 2500 Euros à l'acheteur et rapporterait environ 1500 Euros au vendeur. Un marchand ou une galerie en proposerait sans doute 1000 à 1300 Euros mais cela évite au vendeur les aléas des enchères.

Vous voulez en savoir plus sur votre bronze animalier ? Envoyez-moi (damiencolcombet@free.fr) quelques photos très nettes (vue générale, signature de l'artiste et, le cas échéant, du fondeur, dessous du socle) et ses dimensions précises.   

24 août 2009

LA RENTREE DES ANIMAUX

C'est la rentrée sur mon blog, avec plein de projets dès cet automne :

- Exposition à St-Mandé (à côté de Paris) en novembre, pendant deux semaines. Seront présentées une grande partie de mes bronzes et des oeuvres de l'immense Marin Marie, peintre de la marine.

- Deuxième participation au Salon des Artistes Animaliers de Bry-sur-Marne, en novembre-décembre, où l'on verra Aristote et le caméléon.

- Participation en novembre toujours à la grande vente aux enchères à Drouot sur le thème "Art animalier".

- Long article dans la toute nouvelle revue Art Animalier, qui sortira en octobre ou novembre.

- Ouverture de la Galerie Michel Estades à Paris, place des Vosges, où l'on pourra voir certains bronzes.

D'ici peu, la fonderie Deroyaume me livrera le Vautour ainsi que le Phacochère.

Sujet en cours : "Les vaches laitières". La première est presque terminée, mais je voudrais en faire d'autres, qui se suivraient sur le chemin de l'étable pour la traite. Si j'y parviens, ce sera une pièce longue.

Et toujours des expertises de bronzes animaliers, avec dès demain une très jolie et rare pièce de Barye, envoyée par Madame Chantal A.

Enfin, un projet qui j'espère verra le jour cette année : les Mémoires d'un Sculpteur animalier né en 1872.

23:16 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

10 juillet 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (17) : "IBRAHIM" DE P-J MENE

Après la jolie petite chèvre, voici un autre pièce appartenant également à Bruno Q. : un petit cheval de 14 cm de long et 12 cm de haut. Il est signé PJ Mène. Il s'agit du grand sculpteur français Pierre-Jules Mène (1810-1879) dont j'ai parlé dans la note sur la chèvre. Je ne reviens donc pas sur ce très grand artiste, si ce n'est pour recommander le catalogue raisonné de MM. Poletti et Richarme (Univers du Bronze).

cheval1.JPG
C'est un sujet beaucoup plus connu que la chèvre. Son nom exact est "Cheval arabe (Ibrahim) n°3". En principe, ses dimensions sont plutôt de 11 cm x 13 cm, mais il est parfois difficile de prendre parfaitement les cotes d'un bronze. J'invite néanmoins Bruno Q. à  vérifier les dimensions de son cheval.
 
Dans le catalogue de l'éditeur (fondeur) Susse, fin XIXème, ce bronze était vendu 30 francs ! On y découvre qu'il existe 4 modèles différents d'Ibrahim : trois sont à peu près identiques, mais de tailles différentes (longueurs : 37 cm pour le n° 1, 23 cm pour le n° 2 et 13 cm pour notre n° 3), et un dernier de la même taille que le n° 3, a un antérieur levé.
 
Ibrahim, en grand modèle (le n° 1, donc), fut le premier grand cheval créé par Mène, qui l'exposa au Salon en 1843. Ibrahim était un étalon ramené d'Egypte. MM.Richarme et Poletti expliquent que le modèle n° 3, celui de notre internaute, connût tout de suite un grand succès et fut fondu en de nombreux exemplaires au XIXème siècle.
 
Il est exact que ce sujet est relativement fréquent. A Lyon, je l'ai repéré récemment chez deux antiquaires différents.
cheval3.JPG
La signature est très nette, comme toujours chez Mène. Cette pièce est certainement une jolie édition ancienne, du XIXème siècle. Le montage (cf. photo du dessous du socle est d'ailleurs bien de cette époque.
cheval2.JPG
Malgré toute la qualité de cette pièce, j'ai un peu de mal à l'apprécier car je trouve que la bouche du cheval et ses naseaux sont exagérés : trop grands, trop marqués, ce qui lui donne une curieuse allure et ne correspond pas, en tout cas, aux canons de l'étalon arabe ! Ceci n'est d'ailleurs pas propre à l'exemplaire de notre collectionneur : ils sont tous ainsi.
 
Quant à la valeur de cet "Ibrahim n°3", elle devrait se situer à mon avis autour de 1300 Euros. Les antiquaires de Lyon le mettent en vente beaucoup plus cher (plus de 2000 Euros), ce qui n'est pas sérieux. Ils ne sont d'ailleurs pas vendus.
 
Si vous recherchez les résultats de vente aux enchères pour cet objet, ne vous méprenez pas : regardez bien le numéro. Ibrahim n° 1 est évidemment beaucoup plus cher car de dimensions plus importantes.
 
Bravo à Bruno Q. pour la qualité de ses photos.
 
 
 
Si vous voulez, vous aussi, connaître l'histoire et la valeur d'un bronze animalier, envoyez-moi quelques photos nettes (vue générale, dessous du socle, signature de l'artiste, signature du fondeur le cas échéant), ainsi que ses dimensions exactes, à : damiencolcombet@free.fr
Je ne peux donner d'avis sans photo. Les demandes et photos ne doivent pas être mises en commentaire de cette note mais bien adressées à l'adresse mail suivante : damiencolcombet@free.fr

00:16 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : artiste animalier

08 juillet 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (16) : "PETITE CHEVRE" DE MENE

Monsieur Bruno Q. m'envoie plusieurs photos de bronze, qu'il nous dit avoir hérités. Comme il s'agit de jolies pièces, que les photos sont bien prises, je vais y consacrer plusieurs notes. Nous commençons aujourd'hui par une petite chèvre.

chevre1.JPG
 
Ce bronze est tout petit : 8 cm de long et 7 cm de haut. Selon le catalogue raisonné de Pierre-Jules Mène (Richarme et Poletti - Univers du Bronze), cette "mignonnette" a été créée après 1846 et a été édtiée par l'atelier Mène, puis par l'atelier Mène-Cain et par Susse. Elle doit être assez rare car je ne l'avais jamais vue et MM. Richarme et Poletti n'en disent rien. Ils n'en donnent pas les dimensions et ne montrent qu'une photo en noir et blanc. Ils mentionnent un exemplaire à la Franses Gallery de Londres.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La ciselure est très belle : voyez le collier, le dos creusé qui rend bien la morphologie osseuse des chèvres. Les cornes, quasiment inxistantes, ne sont pas cassées : la pièce a bien été concue ainsi à l'origine. La signature est très nette, profondément creusée, comme le faisait Mène à la fin de sa carrière.
 
Pour l'anecdote, cette chèvre est mentionnée dans la catalogue de Susse  de la fin du XIXème siècle au prix de de 15 francs ! Pour comparaison, les plus grandes pièces, de 75 cm de long, sont au prix de 1500 francs.
chevre3.JPG
 
Qui est Pierre-Jules Mène ? Né en 1810 et mort en 1879, il a commencé à travailler chez son père tourneur de métaux, a exercé divers métiers et s'est fait connaître en exposant au Salon en 1838. Son oeuvre comprend beaucoup de chiens, de chevaux et de cerfs, mais il a étendu son art aux renards, bétail - dont des moutons tout à fait dans le style de Rosa et Isidore Bonheur - et oiseaux de bassse-cour, et même aux scènes exotiques, comme "La lionne (ou jaguar ?) et le caïman". Cain, très grand sculpteur bien qu'un peu pompier (cf. "Lion et autruche" au jardin du Luxembourg), était son gendre.
 
 
Il est souvent présenté comme le plus grand sculpteur animalier après Barye. Je ne suis pas tout à fait de cet avis, Frémiet le dépassant à mon avis par sa précision, sa sensibilité et surtout sa diversité.
 
On voit très très souvent en ventes certaines pièces de Mène : lévriers jouant à la balle, braque à l'arrêt, chasseur écossais tenant un renard, cerf à la feuille, et tous ses chevaux.
 
 
 
 
 
 
 
Contrairement à Frémiet, qui faisait tout pour en obtenir, Mène n'a pas fait beaucoup de commandes publiques.
 
 
 
Comme pour tous les grands sculpteurs, les oeuvres de Mène ont été beaucoup produites, avec malheureusement beaucoup de pâles copies et de fontes tardives, parfois assez bonnes malgré tout. Ce n'est pas le cas de cette chèvre, certainement ancienne.
chevre2.JPG
 
 
 
Quelle estimation donner à ce joli petit animal ? C'est difficile, surtout en ce moment où le prix des bronzes anciens baisse à vive allure. Il s'agit d'une petite pièce, donc forcément de faible valeur. Mais elle a pour elle sa qualité et sa rareté. Il me semble qu'elle pourrait se situer dans une fourchette de 400 Euros à 700 Euros.
 
Renez-vous dans quelques jours pour une autre pièce de Monsieur Bruno Q.

28 juin 2009

ARISTOTE EN BRONZE

Voici - enfin - les photos d'Aristote, son fils et leur caméléon, en bronze (voir l'album-photo). L'explication de cette scène se trouve dans ma note du 11 avril 2009. Ce bronze a été fondu par Deroyaume, à Vesoul, qui travaille remarquablement : tous les détails y sont bien, le petit est soudé au mâle mais de façon très discrète, et la patine est superbe.

Le relief de cette pièce fait qu'il est très difficile d'en faire de bonnes photos : elles sont soit trop sombres soit trop brillantes. Après plusieurs essais, j'ai sélectionné celles-ci bien qu'elles ne soient pas parfaites.

P1010937 light.jpg

Ce grand bronze sera présenté au Salon des Artistes Animaliers de Bry-sur-Marne, à l'automne 2009 puisque, pour la deuxième année, le jury a bien voulu retenir mon travail. Chaque année, une centaine d'artistes animaliers - peintres, sculpteurs, photographes - sont sélectionnés parmi plus de 200 dossiers et présentent une oeuvre, exceptionnellement deux.

21:58 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)