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27 septembre 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (21) : LA GENETTE DE BARYE

Monsieur Jean-Claude T. nous soumet aujourd'hui (enfin, il y a quelques semaines car je suis très en retard pour répondre aux nombreuses demandes...)  un bronze  de Barye et même plus précisément de l'illustre Antoine-Louis Barye (1795-1875), dont j'ai beaucoup parlé dans mes précédentes notes. A la différence des pièces présentées jusqu'ici, nous avons cette fois un bas-relief. Il représente une genette emportant un oiseau (on ne peut distinguer de quel oiseau il s'agit !).

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Un mot sur la genette : c'est un petit carnivore commun en Europe, d'environ 50 cm de long pour un poids de 2 kg. C'est un animal solitaire, excellent grimpeur et pourvu de griffes semi-rétractiles. Il apprécie les poulaillers... Il paraît que les genettes étaient souvent apprivoisées au Moyen-Age et rendait les mêmes services que les chats aujourd'hui, chassant les souris voire les rats.

Comme bien d'autres sculpteurs, dont Pierre-Jules Mêne après lui, Barye a modelé plusieurs bas-reliefs : fauves, rapaces, scènes de chasse, etc. Dans son catalogue édité vers 1860, Barye indique que le léopard, la panthère (NB : je ne sais comment il put distinguer ces deux animaux qui sont de la même espèce, seules les appellations locales changeant...), la genette et le cerf de Virgnie, réalisés en 1831, forment un ensemble. Chacun d'eux était alors vendu 10 Francs avec cadre et 6 Francs sans cadre.

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Il paraît que cette genette est plus rare que les bas-reliefs de rapaces. On la voit pourtant de temps à autre en vente.

Monsieur T. nous donne les dimensions suivantes : 14 cm x 6,5 cm. Elles sont logiquement un peu plus petites que celles du bas-relief avec cadre.

Comme le relève fort justement notre internaute, le très grand intérêt de cette pièce vient du fait qu'elle est datée sur le côté, verticalement "Barye 1831". Dans leur catalogue raisonné de l'oeuvre de Barye, Messieurs Richarme et Poletti mentionnent bien que Barye a daté ainsi certaines pièces jusqu'en 1834, et ce bas-relief en fait partie. Il s'agit donc ici d'une très belle et authentique sculpture, ce qui est de toutes façons visible à la finesse de sa ciselure : bien que ce bas-relief soit tout petit, on distingue parfaitement les traits de la genette, ses machoires gonflées par la proie qu'elle serre, ses doigts et son pelage. Tout le génie et le don d'observation de Barye ! 

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Donner un prix à cette pièce n'est pas facile : un bas-relief, surtout très petit, est moins "spectaculaire" qu'une pièce en trois dimensions, mais son authenticité lui donne une valeur particulière. Ce bronze a été vendu chez Christies en avril 2003 pour 1673 US dollars (frais inclus), mais en juin 2005, on la trouvait (probablement pas si ancienne) estimée entre 500 Euros et 600 Euros (hors frais). Il me semble qu'un amateur éclairé recherchant des pièces rares de Barye serait près à débourser entre 1000 Euros et 1500 Euros pour l'ajouter à sa collection.

En terminant cette note, je relève les estimations suivantes pour deux ventes à venir :

- Etude Coutau-Bégarie - 7 oct. 2009 - Bas-relief de Barye daté 1831 - "Léopard" : 500 Euros à 600 Euros (soit environ 700 Euros frans compris)

- Etude Boisgirard - 13 oct. 2009 - Bas-relief de Barye - "Lion" : 800 à 1000 Euros (soit environ 1000 Euros à 1200 Euros frais compris).

Merci à Monsieur T. pour la qualité de ses photos, et celle, amusante, du dos de la pièce.

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Vous possédez un bronze animalier et vous en ignorez l'histoire ou la valeur ? Envoyez-moi quelques photos très nettes (vue générale, signature, marque de fondeur éventuelle, dessous) à : damiencolcombet@free.fr

23:21 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (2)

16 septembre 2009

LA MENAGERIE DU CIRQUE

J'aime beaucoup le cirque, surtout, évidemment, pour ses animaux. Oh ! Je sais bien que, malgré d'incontestables progrès et des règlementations plus strictes, bon nombre d'entre eux ont une toute petite cage et que les conditions sanitaires ne sont pas toujours extraordinaires. Mais c'est ainsi : depuis que suis petit, comme beaucoup, l'odeur de la paille, des éléphants, des fauves me ravit. Lorsque j'étais enfant, dans le village breton où je passais mes vacances, des petits cirques venaient l'été s'installer de nuit sur un champ à deux pas de la maison et nous étions réveillés par les coups de masse que deux monteurs assènaient en alternance sur les piquets destinés à monter la tente. On attendait avec impatience que les camions-cages s'ouvrent et l'on découvrait parfois des animaux fascinants : une hyène à moitié folle à force de tourner dans sa cage, un hippopotame somnolent dans une cuve douteuse, un ours, un méchant babouin... A force d'en voir, les lamas et les poneys nous agaçaient un peu et nous étions fort déçus quand la ménagerie se réduisait à ces animaux-là. Habilement, un des membres du cirque nous assurait qu'à la représentation, il y aurait des fauves mais que le camion était en panne à 10 km. On ne voyait évidemment jamais ce camion, qui n'était qu'un moyen de nous attirer.

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A Rennes, où la place du Champ-de-Mars offrait beaucoup plus de place, les grands cirques - Amar, Pinder, Jean Richard - déployaient leurs fastes. On apercevait parfois quelques "grands noms" et je me souviens de Jean Richard, Roger Lanzac, Achille Zavatta, Sampion Bouglione, Violette Medrano, Dick Chipperfield... Et quelle émotion en découvrant le fantastique "American Circus" : 3 pistes, plus de 60 chevaux, plus de 20 éléphants immenses...

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J'ai retrouvé cette fascination dans un tout petit livre intitulé "Célébration du cirque" de Jean Monteaux. En voici un extrait que j'aime particulièrement :

"L'entracte offre à l'amateur de Cirque une joie nouvelle. Il s'intègre à la foule mouvante, il entre dans la procession désordonnée qui le conduit à la ménagerie.

Il l'a déjà visitée, le matin ou l'après-midi. Mais y vivrait-il qu'il serait toujours ému par l'odeur dont il distingue tous les composants ; les éléphants fleurent le foin chaud, les chevaux dégagent une buée végétale, les fauves ont un parfum âcre et sensuel qui prend aux reins, les otaries sentent toujours l'eau de lessive, des chimpanzés montent un parfum de fête foraine à cause des cacahuètes qu'ils épluchent, la girafe, isolée dans son enclos, curieusement, est inodore.

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Il distribue le sucre, donne le pain dont il a empli ses poches en partant de chez lui ; et les baves qui se mélangent sur ses mains lui sont un délicieux plaisir. Puis il s'arrête devant le gorille.

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Il subit, tête basse, honteux d'être humain, les réflexions et les quolibets que les "curieux" adressent au géant résigné - résigné mais pas indifférent : il souffre de cette atroce incompréhension populaire. L'amateur n'a pas cette résignation ; l'ignoble sottise de la foule lui devient vite insupportable. Alors, il redresse la tête ; son regard rencontre celui du gorille.

Il ne s'éloigne pas : il s'enfuit comme s'il avait commis une mauvaise action en sachant qu'il ne pourra jamais la réparer. le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement ; les yeux du gorille en cage non plus.

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L'amateur regagne sa place vers la fin de l'entracte. Avant que se rallument les projecteurs, il a toujours quelque incident à observer. le cable retendu, la sciure ratissée, un trapèze libéré, un lustre remonté, l'ouvreuse qui précipite la vente de ses bonbons pour aller enfiler un maillot pailleté de cycliste ou de patineuse, sont autant de détails qu'il croit être le seul à remarquer.

Quand les musiciens s'asseyent à leur pupitre, il éprouve l'impression confortable du père de famille qui voit ses fils s'attabler pour un dîner de famille.

A la seconde ouverture, sa joie rebondit. Elle est aussi neuve, aussi intacte, aussi enthousiaste qu'à la première."

D'ici deux ou trois jours, les photos du vautour fauve et du phacochère en bronze seront dans l'album-photo.

23:34 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cirque, zoo, girafe, barye, mêne, gorille

10 septembre 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (20) : JUMENT NORMANDE DE P.J. MENE

Les demandes d'expertise affluent ! Est-ce parce que ces petites notes sans prétentions incitent les internautes à ressortir des placards et greniers les chevaux, lions et vaches que leurs grands parents aimaient et dont on découvre que finalement ils ne sont pas si vilains ? Je ne sais pas, mais c'est pour moi l'occasion d'avoir de merveilleux échanges et d'admirer de superbes pièces.

Je ne mets pas sur ce site tous les avis que je peux donner : je suis obligé de sélectionner les pièces les plus intéressantes par leur beauté, leur rareté mais aussi parce que les recherches ont été intéressantes. Je réponds néamoins à toutes les demandes !

Aujourd'hui, Monsieur Stéphane M., qui nous avait déjà montré une très belle biche couchée de Barye (cf. note du 6 avril 2009), envoie des photos d'un autre bronze qu'il nous dit tenir de son grand-père : un cheval de Pierre-Jules Mène (1810-1879). J'ai déjà parlé de ce très grand sculpteur dans la note du 8 juillet 2009.

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Ce bronze est en fait la "Jument normande seule". Cette adjectif la distingue de la "Jument normande et son poulain", qui la "met en scène" avec son petit sur une grande terrasse. Ce modèle a été créé par Mène en 1868.

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Je vais citer ici Messieurs Richarme et Poletti (in Pierre-Jules Mène - Catalogue raisonné - Univers du bronze - 2007) tant ils sont élogieux sur cette pièce : "L'artiste considérait [la Jument normande et son poulain] comme une de ses réussites et un de ses groupes majeurs. [...] Mais c'est l'édition de la Jument normande seule qui est une véritable réussite". Les auteurs précisent qu'il y a dans cette pièce l'aboutissement du travail de Mène sur les surfaces, et parlent ici d'un travail "impressionniste, presque abstrait". Il relève enfin que les éditions sont pratiquement toujours de bonne qualité.

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C'est assurément le cas ici. Grace aux très belles photos de Stéphane M., on voit la finesse des détails de ce bronze. Les dimensions qu'il nous donne sont bien, à très peu près (écart de mesure) celles du catalogue de Susse à la fin du XIXème siècle : 44 cm (haut) x 49 cm (long) x 18 (prof). C'est donc une très grande pièce. Pour l'anecdote, il était alors au prix de 250 Euros.

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A la différence de bien d'autres chevaux de Mène, cette pièce est rarement présente dans les ventes aux enchères. Je manque donc de point de repère précis. En revanche, j'ai noté les adjudications suivantes (hors frais) pour des modèles de taille analogue : entre 2500 Euros et 5600 Euros (trop cher !) pour "Djinn, cheval à la barrière" (39 cm de long), 3000 Euros pour "Ibrahim" (37 cm), 3100 Euros (pas très cher, cette fois) pour "L'accolade" (53 cm), 2300 Euros pour "Cheval au palmier" (42 cm). Je pense que, compte tenu de sa rareté mais, à l'inverse, de la baisse des prix actuellement sur les bronzes anciens, cette pièce trouverait probablement preneur dans une vente bien ciblée (grande maison de vente, à l'automne, sur un thème de chasse ou équitation) aux alentours de 3000 Euros.

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22:29 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (3)

07 septembre 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (19) : L'OURS ASSIS (N°1) DE BARYE

Monsieur Arthur M. m'interroge aujourd'hui sur "un ours couché" auquel il nous dit "ne pas porter réellement un grand intérêt, ni sentimental ni esthétique". Alors, a-t-il raison ou tort de ne pas s'enthousiasmer pour cette pièce ?

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Il s'agit d'un bronze appelé par certains "Ours couché sur le dos" et par d'autres "Ours assis". Il est vrai que sa position est un peu entre les deux. Le sculpteur est Antoine-Louis Barye (1795-1875). Pour en savoir plus sur ce génie, regardez ma note du 31 mars 2009 relative au "Cerf bramant".

Comme à son habitude, Barye a traité de plusieurs façons ce sujet de l'ours assis : "L'ours assis" de notre internaute, "L'Ours assis N°2" exactement dans la même position mais qui est en fait une ourse (facile à voir sur un animal couché sur le dos, pattes arrières écartées...) et ne diffère du N°1 que par quelques détails, "L'Ours dans son auge" que Barye ne voulait pas faire éditer mais qui l'a été quand même par Barbedienne, et encore un "Ours légèrement renversé" qui est sans doute le plus beau (et le plus rare).

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Barye a également sculpté plusieurs scènes de bataille comprenant un ours : "Ours fuyant des chiens", "Ours terrassé par des chiens de grande race" (j'aime bien cette précision sur les chiens), "Taureau terrassé par un ours" et un très curieux "Ours monté sur un arbre mangeant un hibou" mais je n'ai jamais compris comment était représenté le hibou... Dans le même style, il a modelé un "Ratel dénichant des oeufs" : le ratel ressemble à un ours mais n'en est pas un. Je me demande où Barye est allé chercher ce curieux animal. Il devait aimer les curiosités car il a également fait un zibeth, un kevel, un hémione, animaux que peu de gens connaissent. Sa scène la plus curieuse est un orang-outang à cheval sur un gnou. L'ensemble est très bien fait mais franchement grotesque, le singe tenant la crinière de l'animal d'une main, la queue de l'autre. Il parait que c'était pour se moquer des officiels qui avait refusé ses oeuvres lors d'un salon.

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Mais je m'éloigne de notre ours. Ce modèle a été sculpté  vers 1833 et  édité vers 1838. Il existe au moins deux variantes de cette pièce : soit avec une terrasse assez esquissée, un peu brute, soit avec un "profil" comme celui présenté par notre internaute, c'est-à-dire avec une sorte de socle très régulier et travaillé comme un piedestal. Cette fonte est plus tardive que la première.

De quel ours s'agit-il ? Evidemment pas d'un ours polaire, au profil beaucoup plus effilé, ni d'un ours des cocotiers, plus chétif, et sans doute pas d'un ours noir (baribal). Il reste, en gros, l'ours brun de chez nous, l'ours à collier et le grizzly. Je pencherais bien pour l'un des deux premiers si Barye lui même n'avait momentanément précisé, lors du Salon de 1833, que l'ours dans son auge était un ours des Alpes. Et comme l'ours assis lui ressemble beaucoup, on peut dire qu'il s'agit d'un ours brun. Du vivant de l'artiste, il y avait encore beaucoup d'ours, sauvages ou apprivoisés par des montreurs d'ours. La viande d'ours était d'ailleurs commercialisée même à Paris. Je me souviens d'un écrivain évoquant de grands quartiers d'ours pendus à la devanture d'une boucherie.

Arthur M. nous donne les dimensions suivantes pour sa pièce : 21 cm x 13 cm x 15 cm. Curieusement, ce ne sont pas tout à fait les dimensions précises "officielles" de cette pièce, qui présente 2 cm de trop. Mais n'est-ce pas une simple petite erreur de mesure ?

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Autre élément introduisant un doute sur l'anciennté de l'ours qui nous est ici présenté : un certain manque de détail et de finesse. Le poil de la patte arrière levée ou de la patte antérieure posée est peu distinct. Pourtant, la marque du fondeur "F.BARBEDIENNE FONDEUR" et le curieux montage dessous, avec une barre transversale, sont ceux des fontes de Barbedienne fin XIXème.

Bref, c'est là que l'on voit les limites de l'expertise par photo : rien ne peut remplacer l'observation de la pièce en réalité et on ne peut exclure ici qu'il s'agisse d'une fonte très tardive voire d'une copie. Il faudrait vérifier ses dimensions exactes, le poids, les détails à certains endroits bien précis (naseaux, yeux, etc). Il faut aussi garder à l'esprit que, curieusement, on trouve fréquemment des plâtres de cet ours, pour une raison que j'ignore. En revanche, on trouve rarement en vente cet ours en bronze.

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Avec la réserve émise ci-dessus, si cette pièce est bien une fonte fin XIXème, le sujet étant plaisant, le bronze d'une certaine taille, malgré une patine verte passée de mode mais qui était courante autrefois, ce bronze est une belle pièce. A mon avis, sa fourchette de prix devrait se situer aux alentours de 2500 Euros.

Monsieur M. nous dit que ce bronze a une origine familiale. Il est certain que s'il sait qu'il est dans la famille depuis longtemps, c'est un atout supplémentaire dans l'authentification. Si c'est une copie, sa valeur ne tourne plus qu'autour de quelques centaines d'Euros.

Je comprends bien volontiers que tout le monde ne soit pas passionné par les bronzes animaliers, mais il s'agit tout de même d'une jolie pièce !

Bravo à notre internaute pour les photos parfaites.

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25 août 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (18) : LION ASSIS (N°4) DE BARYE

Pendant les vacances, j'ai reçu beaucoup de demandes d'expertises. J'ai répondu à toutes mais j'ai sélectionné en cette rentrée une très belle pièce d'Antoine-Louis Barye (1795-1875), envoyée par Madame Chantal A. Pour en savoir plus sur ce très grand sculpteur, tapez "Barye" dans le moteur de recherche de mon site en haut à gauche.

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Il s'agit, selon le Catalogue raisonné de Barye par MM.Richarme et Poletti, du "Lion assis n°4 (esquisse du Lion des Tuileries)". Ce titre singulier s'explique ainsi : selon les auteurs, Barye aurait modelé plusieurs variantes (cinq) de ce lion, dans des tailles permettant de faire le pendant avec les différents modèles du "Lion au serpent" bien connu. Ces fauves assis ont des attitudes légèrement différentes. Le 5ème est une simple ébauche éditée après la mort de Barye par Barbedienne mais elle a une force remarquable, qui la fait tendre vers le style Bugatti. Je me souviens de l'avoir vu chez un antiquaire à Lyon mais j'ai tardé à prendre ma décision et quand j'ai voulu l'acheter, elle avait déjà été vendue à une galerie spécialisée, à quelques mètres de là, qui avait en quasiment doublé le prix.

 

Le lion assis N°2 est un peu figé mais ce n'est rien à côté du N°3, surmonté dune crinière assez ridicule, parfaitement peignée et qui lui donne l'air de sortir tout droit de chez le grand spécialiste parisien des mise en plis. Ce lion-là n'a pas dû voir la brousse depuis longtemps !

Le lion N°4 - celui de notre internaute - est beaucoup plus réaliste. Selon MM.Richarme et Poletti, il est malgré son numéro (n°4) le premier de la série à avoir été modelé. Il est présenté comme le plus rare de tous. Je suis entièrement d'accord car je ne l'ai jamais vu en galerie et malgré mes recherches, je ne l'ai pas non plus vu dans les archives des salles des ventes, sauf peut-être dans la vente du 11 déc 2007 à l'étude Aguttes, mais la photo de mauvaise qualité et les dimensions approximatives ne permettent pas de certifier qu'il s'agit bien de cette pièce.

 

Ce bronze a été fondu par Barye lui-même, par Barbedienne, par Hector Brame et peut-être d'autres fondeurs (Bouchard ?). Notons d'ailleurs que Brame marquait parfois certaines pièces d'un petit "H" très difficile à dénicher et qui signalait que le bronze avait été réalisé par Henri Coupens, chef d'atelier chez Barye avant de passer chez Brame. Peut-être Madame A. le trouvera-t-elle sur sa pièce.

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Madame A. nous donne pour sa pièce les dimensions suivantes :  18 cm de haut et environ 17 cm de long. Ce sont bien, à 3 mm près, les dimensions "officielles". 

Une petite chose m'intrigue, toutefois : le catalogue raisonné précise bien que la signature est "AL Barye" (AL pour Antoine-Louis) alors que sur la photo, je ne vois ici que "Barye". S'agirait-il d'une copie ? Difficile à dire sans voir la pièce, mais sincèrement  je ne le pense pas car elle est fine, possède une jolie patine et l'on retrouve bien tous les détails, certes inévitablement moins prononcés que sur d'autres pièces de Barye puisqu'il s'agit d'une esquisse. Je crois plutôt que la signature "AL Barye" a été apposée sur la première édition, qui date de 1870, et pas sur les suivantes. Cette signature avec initiales du prénom est d'ailleurs rare chez Barye père (le fils Alfred signait soit "Barye" tout court - source de confusion, volontaire ou non, avec son père - soit "A Barye").

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Quelle valeur pour ce bronze ? Ce n'est pas une grande pièce mais elle a pour elle sa rareté. A la vente Aguttes de 2007 mentionnée plus haut, elle a été adjugée 719 Euros frais compris, ce qui est un prix ridicule (mais qui montre encore une fois qu'il y a parfois des affaires extraordinaires à faire en salles des ventes). Pour ma part, il me semble que cette pièce devrait valoir environ 2 000 Euros.

 

Je réitère ici mes avertissements sur les estimations : compte tenu des frais de vente, adjugé 2000 Euros en salle des ventes, ce lion coûterait en réalité environ 2500 Euros à l'acheteur et rapporterait environ 1500 Euros au vendeur. Un marchand ou une galerie en proposerait sans doute 1000 à 1300 Euros mais cela évite au vendeur les aléas des enchères.

Vous voulez en savoir plus sur votre bronze animalier ? Envoyez-moi (damiencolcombet@free.fr) quelques photos très nettes (vue générale, signature de l'artiste et, le cas échéant, du fondeur, dessous du socle) et ses dimensions précises.