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23 mai 2006

Note n°4 - UN BRONZE ORIGINAL ? UNE COPIE ? UNE SURMOULAGE ?

Certains s’étonnent de retrouver, au hasard des galeries et des ventes aux enchères, des bronzes identiques en multiples exemplaires ; d’autres pensent qu’un sculpteur contemporain pourra faire fondre 10, 20 50 exemplaires de son modèle ; on dit aussi qu’il y a beaucoup de faux bronzes et qu’il est très difficile de reconnaître les vrais…

 

En réalité, il faut distinguer la période avant et après le décret du 3 mars 1981, qui a réglementé la production d’éditions originales.

 

Ce décret prévoit que l’artiste doit choisir le nombre d’épreuves qu’il va produire :

-         soit « tirage original » : huit en chiffre arabes (1/8, 2/8,… 8/8) et quatre en chiffres romains (I/IV, II/IV, … IV/IV). Bien que de qualité identique aux huit premières, ces quatre dernières portent le cachet EA, soit « Epreuve d’artiste ». ; en principe, elles ne sont pas destinées à la commercialisation, mais à l’artiste, ses proches, ses amis…

-         soit pièce unique gravée « PU »

-         soit multiples au-delà des 12 exemplaires numérotés, par exemple 1/50, 2/50, jusqu’à 50/50.

 

Le texte prévoit que, outre le numéro de l’épreuve ainsi défini, un bronze doit obligatoirement comporter la signature du sculpteur, le cachet du fondeur et le millésime de l’année de la fonte.

Enfin, le décret précise qu’une reproduction est un « surmoulage réalisé lorsque l’œuvre est tombée dans le domaine public, c’est-à-dire 70 ans après la mort de l’artiste. Le mot « reproduction » est alors gravé sur la pièce. ».

 

Tout semble clair. Théoriquement… Car en fait ce texte est très récent (25 ans) et les bronzes antérieurs ne faisaient l’objet d’aucune réglementation de cette sorte. De plus, de nombreux fondeurs, comme Susse et Barbedienne, par exemple, fondaient volontiers les œuvres en plusieurs dizaines voire centaines d’exemplaires. Ce n’est pas pour autant qu’elles étaient de qualité médiocre : d’une part, le savoir-faire de ces grands fondeurs était exceptionnel, d’autre part, si le décret de 1981 a eu pour mérite de réguler le marché du bronze d’art, ce n’est pas parce qu’il prévoit qu’il y a 12 originaux que les pièces suivantes seraient de moindre qualité. Enfin, pour ajouter un peu à la confusion, certains fondeurs du XIXème siècle choisirent volontairement de numéroter leurs pièces.

 

Mes bronzes sont numérotés 1/8 à 8/8 et I/IV à IV/IV.

22:55 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0)

21 mai 2006

Note n°3 - LA FONTE

Les modèles en photo sur ce site ont été réalisés selon le procédé de la « fonte à cire perdue avec préservation du modèle original », même si cette préservation est souvent un peu théorique (cf. note « Le travail de la terre »). 

Ce travail est confié à une fonderie d’art expérimentée et reconnue dans toute la région Rhône-Alpes et Provence, la fonderie Barthélémy, située à Crest près de Valence.

C’est une technique ancienne, utilisée depuis la Renaissance et aujourd’hui de très loin la plus courante. Voici, très résumées, les principales étapes :

 

-         On applique sur le modèle en terre, cuite ou non, un produit protecteur puis une couche de produit élastomère qui va parfaitement épouser la forme et les détails du modèle. Puis après séchage, l’élastomère est retiré, en plusieurs parties, et le modèle original est théoriquement intact. En réalité, les parties fragiles sont souvent cassées mais peuvent parfois être recollées.

-         Dans le moule élastomère ainsi réalisé, on étale avec le plus grand soin une fine couche de cire. Puis le cœur est rempli plus rapidement avec de la cire (pour les petits modèles, qui seront donc pleins) ou avec du matériau réfractaire (pour les plus grands modèles, qui seront donc creux). Plus la couche est fine, plus le bronze sera fin et léger, ce qui est une grande qualité. Mais il faut reconnaître qu’il est bien difficile d’obtenir aujourd’hui des fontes aussi fines que celles d’autrefois, celles qui font que certains bronzes anciens de Barye sont extrêmement légers et même parfois troués quand ils sont un peu usés

-         Quand elles sont bien refroidies donc rigides, les différentes parties en cire sont assemblées et l’on obtient donc la réplique exacte en cire du modèle original en terre.

-         Ce modèle en cire est ensuite noyé dans un « moule de potée », épais (pour résister à la pression du bronze en fusion) et bien sûr non combustible. Il est constitué d’argile, plâtre, brique, etc. On laisse des « égouts » et des « évents » pour l’écoulement de la cire et l’arrivée du bronze. L’ensemble est cuit : la cire fond donc et s’écoule. Il ne faut pas qu’il reste la moindre parcelle de cire. Puis le bronze est coulé et occupe l’espace vide ainsi laissé par la cire.

-         Le moule de potée est brisé et il reste le modèle en bronze, qui doit encore être ébarbé, limé, réparé, ciselé, décapé voire assemblé lorsque des pièces sont coulées séparément.

-         La patine est réalisée avec des oxydes qui altèrent superficiellement le bronze, chauffé au chalumeau. Le « patinage » est un vrai travail d’artiste, difficile et délicat. A la fonderie, chaque patineur a son « coup de main » qui lui est propre. La pièce est ensuite cirée, à chaud (elle sera très brillante) ou à froid. On peut obtenir toutes les teintes de patine : rouge, bleu, jaune… De nos jours, les patines des sujets animaliers sont le plus souvent marron foncé ou noir (nitrate d’argent chauffé), alors que les bronzes plus anciens, en particulier ceux du XIXème siècle, étaient volontiers vert, marron clair, dorés, argentés.

 

Pour terminer, la composition du bronze, qui est donc un alliage : plus de 85% de cuivre (dont le prix flambe littéralement depuis un ou deux ans), environ 6% d’étain et quelques % de plomb, zinc, fer.

Le « régule » n’est pas du bronze mais un alliage contenant beaucoup moins de cuivre, donc plus léger, plus fragile aussi, et considéré comme de bien moindre qualité.

23:10 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0)

Note n°2 - LE TRAVAIL DE LA TERRE

Il existe plusieurs façons de sculpter. En réalité, les pièces présentées ici sont issues du modelage. En raccourci, on peut dire que lorsqu’on enlève de la matière, on sculpte (une statue en bois, en marbre…) et quand on en ajoute, on modèle (plâtre, terre, cire…). 

 

Ici, les animaux ont donc été modelés à partir d’un bloc de terre glaise, préparée spécialement à cet effet, alternativement avec les doigts et avec des petits outils en bois ou en métal, que l’on appelle mirettes. Mais de nombreux petits ustensiles de la vie quotidienne sont souvent bien utiles : crayon, clou, morceau de bois, pinceau…

 

La terre ne sèche pas tant qu’elle est étroitement couverte par un plastique. En revanche, à l’air libre, elle sèche, plus ou moins vite, ce qui oblige à la mouiller au vaporisateur. Mais cet inconvénient peut être un avantage : pour travailler certains parties fines, il vaut mieux parfois que la terre soit plus sèche, plus rigide. Pour coller des pièces entre elles, on a recours à un mélange de terre et de beaucoup d’eau, préparé un peu à l’avance, et qui a la consistance du beurre bien mou.

 

Il existe de nombreuses sortes de terre : blanche, grise, rouge, etc. Leur composition est différente et chaque artiste a ses préférences. La terre change radicalement de couleur selon qu’elle est humide, sèche ou surtout cuite (à très haute température et dans des fours particuliers). Par exemple, les modèles ici présentés ont tous été réalisés en terre rouge. Elle apparaît pourtant beige, mais c’est parce qu’elle est « crue ». Elle prend une belle couleur rouge brique à la cuisson. Cuite ou non, elle peut être teintée avec des pigments de toutes couleurs.

 

Pourquoi cuire les pièces ? C’est toujours un grand risque : une petite bulle d’air laissée pendant le modelage - ce qui est fréquent - fera éclater la pièce, au mieux en quelques morceaux que l’on recollera avant de lisser l’ensemble avec du plâtre, au pire en de nombreux petits morceaux irréparables. Mais cuire une pièce la rend beaucoup plus solide puisqu’elle devient dure comme de la pierre et pourra donc être conservée. Si elle est destinée à la fonte, elle pourra généralement être récupérée après la fonte, qui la malmène un peu. Une pièce en terre non cuite ressort en miettes de la fonte.

23:05 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2)

10 avril 2006

Note n°1 - SCULPTEUR ANIMALIER

C’est un bronze, " Héron pris au piège ", aperçu un jour chez un antiquaire de Rennes et dont j’ignore encore l’auteur, qui provoqua en moi le choc de la sculpture.

Ce fut une révélation, comme s’il devenait possible d’approcher à courte distance des animaux sauvages jusqu’alors trop farouches ou menaçants.

De nombreuses visites dans les zoos, les cirques, des voyages au Kenya et en Tanzanie, n’ont fait que renforcer le sentiment que chaque animal est un mystère que l’on ne peut que contempler et admirer longuement.

J’essaie de représenter dans mes animaux une certaine vie intérieure, lourdement marquée par l’instinct. Un peu comme Jules Renard, Colette ou Marcel Aymé décrivent " le cygne et la plomberie orgueilleuse de son cou ", l’écureuil qui meurt de peur, le loup qui ne peut se retenir de manger les petits enfants, j’imagine les animaux acceptant sereinement et avec lucidité leur statut officiel, l’aspect inéluctable de leur destin.

L’éléphant admet être lourd, placide et puissant ; le buffle reconnaît qu’il est obtus et brutal ; le gnou sait qu’il a pour fonction essentiel de servir de repas aux fauves ; le guépard souffre tout de même un peu d’être un athlète hors-pair mais fragile et vulnérable… Et chacun fait pleinement son métier d’animal.

 

Modeler est d’abord une bataille : avant de commencer, lutte contre l’appréhension de ne pas y arriver. Puis lutte contre le découragement quand une masse de terre ressemble si peu à la vie animale. Lutte encore quand les fragiles pattes ne supportent plus un corps trop lourd, quand une tête chargée de défenses s’incline et que le cou se brise, quand trois pattes touchant le sol n’assurent pas l’équilibre. On admire alors la perfection de la nature, qui sait faire, elle…

Et puis, il y a le moment de grâce, quand l’animal naît. Il suffit de peu de choses : un cou un peu plus court, des oreilles mieux placées, un dos plus creux. Et c’est le miracle : le fauve est là, l’antilope vous regarde, l’éléphant se mettrait presque en marche.

Si ce site vous plaît, vous pouvez laisser un commentaire.

 

Exposition :

 

ARTIS-BOROME – 54 rue Auguste Comte 69002 Lyon

Salon des Antiquaires d'Antibes (avril 2006)

23:25 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1)