21 mai 2012

NOUVELLE CREATION : L'ELEPHANT D'ASIE EN MARCHE

Voici une nouvelle petite (10 cm de haut) création, encore en terre : un éléphant indien en marche.

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Comme souvent après une période de quelques semaines sans sculpture, j'ai choisi de réapprendre à modeler la glaise avec un sujet "facile", que je connais bien. Du moins le croyais-je. Car il m'a finalement donné beaucoup de mal, cet éléphant !

Les différentes phases ont été l'illustration parfaite des étapes habituelles : l'appréhension avant de commencer, les doutes lorsque les premières formes encore très ébauchées apparaissent, un peu de crainte mêlée de joie quand l'animal commence à ressembler à quelque chose mais que rien n'est encore gagné, l'enthousiasme quand on sent qu'il sera réussi, une immense satisfaction lorsqu'on y met ce qu'on croit être la dernière touche, puis la désillusion quelques jours plus tard, alors qu'on a pris du recul par rapport à sa pièce et que les défauts sont criants.

Commence à ce moment-là une phase très pénible, où l'on retravaille très, très longuement ce que l'on pensait terminé, qui ressemble presque à ce qu'on l'on voulait faire mais ne donne pas satisfaction. C'est un éléphant mais il ne ressemble pas à l'éléphant que l'on voulait faire, et l'on ne sait pourquoi : sont-ce les pattes ? la tête ? la trompe ? le dos ? Cela tient parfois à un détail : un oeil à reculer de quelques millimètres, une oreille à raccourcir, un ongle à raboter... Malheur à soi quand on s'y remet à 21h : on y passe la nuit ! Pour mes dernières pièces (buffle, lionne, éléphant), j'y ai ajouté une difficulté : je ne travaille plus avec des photos mais entièrement de mémoire. Cela me donne plus de liberté mais m'oblige à tenter des améliorations parfois erronées : je creuse le dos puis finalement remet de la terre pour combler ce que je viens d'enlever, j'allonge une oreille avant de la diminuer...

De plus, un petit sujet est plus facile, au début du modelage, qu'une grande pièce, mais pour les finitions, c'est l'inverse : quand on a les doigts plus gros que les pattes du pachyderme, il faut beaucoup de patience et de précision. 

Plus on travaille et on manipule longtemps une pièce, plus on risque un geste maladroit. Il est vraiment désolant de casser la queue, la trompe, l'oreille sur un sujet presque terminé.

J'ai pris en photo ce fichu éléphant lors de ces dernières étapes, précisément alors que je le pensais terminé. Voici les changements intervenus. NB : mon appareil photo a tendance à déformer un peu les proportions, ce qui complique encore les choses. Une patte en réalité assez fine peut paraître étrangement épaisse sur le cliché.

 

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Les défauts qui sont apparus au stade ci-dessus sont les suivants : la croupe est trop arrondie, le bas des pattes postérieures est trop épais, les pattes antérieures sont trop rectilignes, le dos n'est pas assez creusé, la bouche doit être davantage remplie.

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Ces améliorations faites, il apparaît ci-dessus que le devant de la trompe, dans sa partie haute, est trop bombée, que l'arcade sourciliaire est trop prononcée, que les pattes postérieures sont encore trop épaisses et que les ongles sont trop longs.

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La version ci-dessus aurait dû être définitive, mais 3 jours après les précédentes modifications, il y avait encore quelque chose d'anormal sur l'épaule. Je me suis aperçu qu'elle était trop marquée, trop oblique. Il a donc encore fallu la retravailler. Avant d'arriver à ce qui est enfin, je crois, la version finale, ci-dessous... Il y a un moment où il faut se résoudre à arrêter là les travaux. La perfection n'est pas encore atteinte et c'est pour cela que les sculpteurs n'aiment pas, en général, garder leurs pièces chez eux car ils voient tout ce qu'il faudrait encore faire... Comme toujours, la queue sera affinée seulement lorsque l'animal sera en bronze car sur le modèle en terre, cela risquerait de la casser.

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Et pour finir, une photo du bain des éléphants au beau zoo de Romanèche-Thorins (Touroparc), près de Macon.

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15 mai 2012

LES MUSEES DE TOULOUSE (2) : SCULPTURES

Après les peintures (cf. ci-dessous la note n°1), les musées de Toulouse abritent aussi de magnifiques sculptures. Voici par exemple celles du Musée des Augustins.

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Notre-Dame de Grasse (Anonyme français - Vers 1450)

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Ci-dessus un des huit personnages en terre cuite provenant de St-Sernin.

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Quelle expression superbe sur ce buste ancien !

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Le Musée des Augustins présente également de belles sculptures du XIXème siècle, dont un Barye malheureusement trop peu mis en valeur ("Charles VI effrayé dans la forêt du Mans"). Ci-dessus, le très émouvant "Le retour" d'Auguste Seysses)

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"Le cauchemar"d'Eugène Thiviers.

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Immense, très spectaculaire, "Le Cardinal La Vigerie" d'Alexandre Falguière.

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Bien qu'il ne s'agisse pas d'une sculpture, je ne résiste pas au plaisir de montrer ici la voute de l'église des Jacobins, surnommée - on comprend pourquoi - "le palmier".

09 mai 2012

LES MUSEES DE TOULOUSE (1) : PEINTURES

A la suite d'un voyage à Toulouse via Montpellier, je vous livre quelques photos prises dans les magnifiques musées et à l'hôtel de ville de Toulouse.

En admirant ces immenses tableaux et plafonds peints, j'ai réalisé à nouveau à quel point la peinture XIXème et début XXème, que l'on a trop vite qualifiée, avec beaucoup de condescendance, de "pompière" avait de charme. J'aime ces grandes épopées, celles de Gérôme, de Jean-Paul Laurens, celles des orientalistes du Musée d'Orsay, les scènes parfois dionysiaques, pleine de vie, de joies et de folies, qui frisent même le comique tant elles sont exagérées. Elles incitent à l'optimisme et aux réjouissances. Au moins ces peintres savaient-ils dessiner !

En voici quelques exemples, issus presque tous de la "Galerie des illustres" de l'Hôtel de ville de la place du Capitole. Elles ont été réalisées par Jean-Paul Laurens et ses fils Pierre et Paul-Albert, par René Ravault, Paul-Jean Gervais, Benjamin Constant, Henri Rachou, Rixens...

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"L'île de Cythère" (J.-P. Gervais)

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Les deux tableaux ci-dessus font partie d'une série de J.-P. Gervais : "L'amour à 20 ans, à 40 ans, à 60 ans".

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"L'été", immense, l'un des dix tableaux d'Henri Martin que l'on peut admirer également à l'Hôtel de ville.

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"La défense de Toulouse contre Simon de Montfort" (J.P. Laurens)

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Une vue du plafond de la salle des mariages.

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Il est difficile de croire que ces peintres n'ont pas ri en peignant autant de chair rose, de fesses, de jeunes femmes nues finalement peu gênées de se montrer ainsi à des gentilhommes bien habillés faisant semblant d'ignorer la nudité de ces - plus ou moins - jeunes femmes.

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 De magnifiques ailes, toujours au plafond de la "salle des illustres" !

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"La séance solennelle des Jeux Floraux" (J.-P. Laurens) : le poète lit ses vers face aux troubadours.

 

Ci-dessous, un tableau présenté au musée des Augustins : "La folie de Titiana", de P.-L.Gervais. Dans Les Metamorphoses, d'Ovide, les soeurs des Titans sont appelées Titianas. Dans une pièce de Shakespeare, Titiana est frappée par un sort et s'endort. A son réveil, elle tombe amoureuse du premier venu, qui se trouve être un homme à tête d'âne.

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02 mai 2012

LA HYENE EN BRONZE

Voici quelques photos de la hyène en bronze, dont j'avais présenté ici l'exemplaire en terre. Sur un petit socle rectangulaire, elle semble narguer celui qui la regarde, et l'on voit près d'elle un grand os et un crâne d'antilope.

C'est un petit sujet, qui ne mesure que 10,5 cm de haut.

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Voici également un autre bronze : une version du rhinocéros et son petit, légèrement différente des précédentes ; cette fois, le petit est derrière la mère.

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On peut voir davantage de photos de ces deux bronzes dans les albums photos, à droite de cette page.

22 avril 2012

LA VIE DE FREMIET (2)

Suite de la note ci-dessous "La vie de Frémiet (1)"

Il serait trop long de retracer ici toutes les étapes de la vie d'Emmanuel Frémiet (1824-1910). La précédente note retrace son enfance : je m'attacherai simplement ici à quelques épisodes remarquables.

Deux oeuvres majeures de Frémiet marquèrent les esprits du XIXème et constituèrent des étapes importantes dans la carrière du sculpteur : Le combat de l'ours et de l'homme, et Le gorille femelle emportant une négresse.

La première scène fut travaillée et retravaillée encore, changeant parfois de nom. On en connaît une version sous le nom du Dénicheur d'ourson. La première version date de 1850 (Frémiet a alors 26 ans) et il y en eut 6 autres ! Parfois le chasseur est déjà mort entre les bras colossaux du fauve, parfois il lutte encore ; les oursons sont soit vivants et cachés derrière leur mère, soit tués et pendent à la ceinture de l'homme. Cette oeuvre connut un succès considérable et valut une deuxième Médaille au sculpteur.

 

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Le combat du gorille et de la femme fut également réalisé en plusieurs versions. Dans la première, réalisée en 1859, le singe - qui semble être un curieux croisement de gorille et de chimpanzé - s'enfuit en courant, tenant par la taille le corps d'une femme inanimée ou morte dont les pieds traînent par terre. Cette oeuvre fit scandale car on y vit l'expression de fantasmes inavouables sur les rapports entre femme et singe (une femelle pourtant). Théophile Gauthier prit farouchement parti pour le sculpteur. La pièce, soumise au Salon, fut refusée et faillit être retournée à l'auteur. Le comte de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts et protecteur de Frémiet, obtint qu'elle soit simplement dissimulée derrière un rideau, dans un débarras. Mais la foule la chercha et souleva le rideau !

Nadar, ami de l'artiste, se moqua du jury en décrivant ainsi le gorille : "Il emporte dans les bois une petite dame pour la manger. M.Frémiet n'ayant pu dire à quelle sauce, le jury a saisi ce prétexte pour refuser cette oeuvre intéressante".

A l'issue de cette exposition, le groupe en plâtre fut entreposé dans un des ateliers de Frémiet. L'auteur du livre raconte ce qui arriva à l'artiste :

"Un matin, il trouva son oeuvre en miettes, brisée à coups de pioche. La veille, il avait eu une vive altercation avec des ouvriers travaillant dans le chantier voisin. La vengeance était évidente, mais Frémiet refusa de porter plainte, il vit là comme un avertissement, comme un signe que l'oeuvre n'était pas encore ce qu'elle devait être et qu'il fallait faire mieux."

Frémiet refit donc cette scène en 1887, mais cette fois le gorille est percé d'une flèche, il tient une pierre  dans sa main et la femme n'est pas inanimée : elle essaie de se défaire de la terrible emprise du singe. L'oeuvre fut accueillie avec enthousiasme et obtint la Médaille d'honneur.

 

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Comme presque tous les artistes de son époque, Frémiet participa aux travaux du Louvre et réalisa également les Chevaux ailés du pont Alexandre III. Il avait pourtant une grande aversion pour les architectes, ce qu'illustre bien l'anecdote suivante : "Se tournant un jour, à l'Institut, vers un de ses confrères qui plaisantait assez grossièrement, il lui dit mi-railleur mi-féroce : "Alors, il ne vous suffit pas d'être architecte, il faut encore que vous soyez mal élevé ?.."

C'est que Frémiet rêve de simplicité, de nudité autour de ses oeuvres, qui selon lui ne devraient pas se trouver enchâssées, étouffées par l'architecture environnante.

Dans son ouvrage, Ph.Fauré-Frémiet évoque longuement une curieuse histoire qui rend parfaitement compte du souci du détail, du perfectionnisme de Frémiet et de sa volonté irrépressible d'être au service de l'art et de la nature.

Frémiet reçut commande d'une grande Jeanne d'Arc, à placer à Paris. Il entame alors une réflexion autour de la sainte et de son cheval que l'auteur raconte à sa manière :

"En chair ou en bronze, il s'agit d'une femme - d'une jeune fille - vraisemblablement de taille moyenne, juchée, en toute maîtrise, sur un cheval de bataille énorme. Le réel, sans nul effort romantique, offre un contraste d'épopée. Il est certain que le génie et la mission de Jeanne n'ont aucun rapport avec sa taille. Géante, elle étonnerait à contresens. Ce qui est admirable, c'est qu'elle fut une fille de simple apparrence et de taille ordinaire équilibrée au moral comme au physique. Voilà qui isole, purifie, glorifie, et son génie et son état d'illumination. Cette combattante, venue des champs, demande un cheval : "Monseigneur, donnez-moi un cheval" dit-elle à Baudricourt. Il serait surprenant que Baudricourt lui offrît un cheval de course. Le seul cheval qui vaille est celui qui peut, tour à tour, faire guerre et labour. Jeanne le connaît ; elle en fera son docile serviteur mieux que d'un exécrable cheval distingué, d'autant plus qu'elle a un pouvoir de domination extrardinaire sur toute force physique. Jeanne ira donc, frêle comme une femme, sur un grand cheval de combat. [...].

Or ses proportions de femme exigent que les pieds, jambes tendues - la selle d'arme est, relativement, assez haute - ne dépassent pas le ventre du cheval et demeurent au-dessus de son niveau.

Frémiet tient également à faire de Jeanne ni une exaltée, ni une femme en prière. Pour lui, elle est habitée par sa vision mais elle en est au temps de l'action, dans la confiance. Il veut donc qu'elle ait l'air "normale".

 

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Jeanne d'Arc est donc installée place des Pyramides en 1874. La princesse Mathilde félicite le sculpteur : "Bravo, soyez satisfait de votre Jeanne d'Arc, les sots seuls la critiqueront." Hélas, les sots furent nombreux et se déchaînèrent... Selon eux, rien ne manifestant visiblement la mission de la Pucelle d'Orléans, ni sa haute stature, ni son air de piété ou de "folie mystique", on en vint à déclarer que Frémiet avait bafoué l'héroïne nationale. On lui dit que sa Jeanne a l'air d'un gamin, ou même d'un gavroche.

Tant et si bien que Frémiet en vient à douter : il se dit que la place où elle est installée manque de dégagement, que Jeanne d'Arc ne peut lui appartenir donc que son image doit être conforme à ce qu'en attendent les Parisiens, même s'ils ont tort. Le sculpteur décide alors de refaire une nouvelle Jeanne d'Arc, dont le corps passe de 1m73 à 1m96 et qui monte un cheval moins massif. On peut voir la maquette de la 1ère version au Musée d'Orsay : les différences sont assez subtiles !

Frémiet fait donc fondre la 2ème version et la donne à Nancy. Il voudrait remplacer la 1ère version par celle-ci mais ni l'Etat ni la Ville de Paris ne pourraient financer ce nouvel exemplaire. Une importante commande arrive alors des Etats-Unis : Frémiet la réalise et consacre l'argent ainsi gagné à faire fondre, à ses propres frais, un nouvel exemplaire de la 2ème version, ce qui dut représenter une somme colossale pour le pauvre artiste qui n'était pas riche. Il devient alors obsédé par la nécessité d'installer cette nouvelle Jeanne d'Arc à la place de l'ancienne, mais l'Administration s'opposerait à ces frais. Il la garde donc en réserve.

Or, en 1900, lors du creusement du métro sous la rue de Rivoli, le sol s'effondre un peu et Jeanne d'Arc s'incline un peu. Il faut l'enlever d'urgence et consolider ses fondations. Huit jours plus tard, la statue est réinstallée, en patine dorée. Certains trouvent que cette nouvelle patine la changent un peu. Et pour cause : c'est la 2ème version qui, en toute discrétion, a été installée. La précédente est détruite. Frémiet ne veut pas que cela se sache et veut garder le secret jusqu'à sa mort. Mais en 1905, le pot aux roses sera découvert.

Quelle extraordinaire leçon d'humilité, de conscience professionnelle et artistique, de générosité !

 

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Je voudrais terminer ces deux notes par un extraordinaire témoignage de cet immense artiste. Philippe Fauré-Frémiet raconte que le 15 août 1910, 25 jours avant sa mort, alors que Frémiet a 86 ans, il se confie à ses proches :

 "Je crois en un Etre formidable, un Maître incompréhensible qui crée la Nature et règle ses lois comme il lui plaît. Or cet Etre, je L'ai senti, je L'ai touché, le L'ai prié toute ma vie.

Quand je préparais ma première communion, à Saint-Eustache, je L'ai connu pour la première fois. J'étais à lui, je me demandais si j'aurais la force d'être un martyr...

C'est dans ma quarantième année surout, dans mes plus terribles luttes pour faire mes grandes statues, que j'ai touché cet Etre. J'étais seul dans mon atelier avec le modèle, toute la journée, éperdu, tendu à me briser pour comprendre et saisir la nature. Il était là, autour de moi. J'étais tremblant de ce contact... Je travaillais sans relâche, cherchant la nuit, par la pensée, à m'élever encore pour l'oeuvre du jour, priant tous les matins et tous les soirs. Je Lui demandais la force de faire mon devoir, de ne pas faiblir dans mon labeur, de ne pas succomber entre tant d'épreuves. Souvent, je recevais des avis admirables. Une pensée me venait à laquelle je sentais devoir obéir. Récemment encore j'ai reçu encore plusieurs conseils. Toujours je l'ai prié...

Un soir dans mon atelier, j'appris soudain par une lettre d'un ami, qu'une de mes plus ferventes prières était exaucée : dans mon élan de reconnaissance, je me trouvai debout, la tête penchée, les bras en croix, étendus ; je murmurais ma foi entière. J'ai sculpté mon Credo  en témoignage."

 

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En lisant ce magnifique texte, un parallèle s'établit aussitôt avec la foi de Rosa Bonheur telle qu'elle l'exprime très simplement elle-même (source : "Rosa Bonheur - Une artiste à l'aube du féminisme" - Marie Borin - Pygmalion - 2011 - 444 p. - Un livre remarquable qui balaie bien des idées reçues et des élucubrations hâtives sur la fascinante Rosa Bonheur - C'est LE livre à lire sur le sujet) :

"Celui qui se sent ému devant la nature, toute la sagesse de Dieu, éprouve un sentiment de vraie religion. Je crois en la justice de Dieu, soit en ce monde, soit dans l'autre. L'Esprit Créateur n'a pas voulu qu'il nous fût donné avant la mort de connaître le secret de la vie. Il a tenu à nous laisser libres de la diriger chacun selon notre conscience. Nous ne pouvons rien affirmer sans orgueil déplacé ou imposture : l'Esprit Créateur ne peut être ni conçu, ni jugé par notre humanité."

Et Rosa formule de très belles prières, quoique parfois un peu curieuses, inspirées du Notre Père, du Credo ou d'autres :

"Je crois en Dieu, le Père tout puissant, éternel, créateur de tout chose éternelle ; je crois en son Fils bien-aimé, le couple sauveur, Christ androgyne, unique sommet de transformation humaine, sublime manifestation de Dieu vivant qui est en tout ce qui est ; qui a été conçu dans le sein de la glorieuse nature humaine, toujours mère et toujours vierge, qui est né, qui est mort, pour renaître toujours plus parfait, qui est monté vers l'avenir qu'il nous ouvre où seront jugés les vivants et les morts. Je crois au saint amour, Dieu vivifiant toutes choses, à la sainte Eglise où tous sont appelés en corps et en esprit, à la communion de tous les hommes, sanctifiés par le travail saint, car tous seront sauvés ; à la rémission des fautes ; à la vie éternelle".

Que l'on rejoigne ou non Frémiet et R.Bonheur dans leurs convictions, il est en tout cas frappant de voir à quel point leur foi est personnelle et pas du tout extérieure, conventionnelle, imposée par les habitudes de l'époque.