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03 avril 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (12) : PANTHERE SAISISSANT UN CERF

Monsieur Nicolas S., qui a vu les précédents notes, m'envoie quelques photos d'un bronze. Que peut-on en dire ?Panthère et cerf 3.JPG

Il s'agit de la "Panthère saisissant un cerf", d'Antoine-Louis Barye. En ce qui concerne le sculpteur, on peut se référer à la note sur "Le Cerf bramant" où j'ai brièvement exposé la vie et l'oeuvre de celui qu'on a appelé le "Michel-Ange de la ménagerie".

Quant au bronze ici reproduit, il s'agit de la première version d'un thème que l'artiste a décliné à trois reprises, les dimensions et la terrasse (le "socle") étant alors un peu différents, tout comme la position des animaux. Par exemple, dans les versions suivantes, les bois du cerf sont moins développés, la panthère est beaucoup plus allongée alors qu'ici elle est assise, et la queue du fauve passe entre les postérieurs du cerf (ici, elle passe à côté).Panthère et cerf 1.JPG

 

Selon MM. Richarme et Poletti (in "Barye - Catalogue raisonné des sculptures" Gallimard), le modèle a été acheté par la maison Susse dans les années 1830 pour être édité jusqu'à la seconde guerre mondiale. Cette fonderie très prestigieuse a été créée vers 1840 et s'est peu à peu spécialisée dans l'édition, travaillant pour les plus grands sculpteurs.

Les dimensions données par Monsieur S. sont exactement celles précisées par MM. Richarme et Poletti : 54 cm de long, 25 cm de large, 33 cm de haut. Il ne s'agit donc pas d'un surmoulage, ce qui est d'ailleurs évident au vu des photos.Panthère et cerf 4.jpg

La scène représente une panthère attaquant un cerf. Dans cette version, il a la bouche entrouverte mais la langue ne pend pas, ce qui semble lui laisser plus de chance que dans les versions suivantes, où l'on voit que la panthère a déja gagné. Ici, rien de tel : le cerf est bien campé sur ses pattes, la panthère essaye de lui broyer la nuque mais la victoire n'est pas acquise. On voit parfois un herbivore qui semblait résigné à la mort sous la griffe des félins avoir soudain un sursaut et s'extraire des griffes et machoires d'un fauve qui veille surtout à ne pas se blesser. En effet, un coup de bois, de sabot ou de corne pourrait lui casser une patte et le condamner à mourir de faim puisqu'il ne pourra plus chasser.Panthère et cerf 5.jpg

 

La ciselure et la patine de cet exemplaire sont superbes : on voit, on sent le poil des deux animaux, les sabots du cerf sont fins, les bois sont plus vrais que nature et, en agrandissant la photo, on voit de très nombreux détails.

Nous avons une indication précieuse : la marque du fondeur "Susse Fres Edt. Paris". Cela indiquerait plutôt une fonte comprise dans la période fin XIXème-1940, la signature plus ancienne étant un cachet "SUSSE Edit".

 

Etape indispensable pour "expertiser" un bronze : l'examen du dessous. Là, je suis un peu décontenancé car je n'en ai jamais vu de tel. On voit un creux qui correspond à la panthère, ce qui est normal, mais la couleur est surprenante et on ne voit pas la moindre trace de vis pour tenir le cerf. N'étant pas familier avec les bronzes de Susse (je connais mieux ceux de Barbedienne), je ne sais pas s'ils sont tous ainsi ou non.Panthère et cerf 2.JPG

 

Quelle estimation donner à cette très belle pièce ? Ses atouts sont sa qualité de ciselure et sa patine, la marque du fondeur, ainsi que sa grande taille, mais elle a aussi un peu moins de mouvements que dans les modèles suivants, où la panthère et le cerf sont un peu plus en déséquilibre, ce qui crée une certaine dynamique. On peut l'estimer aux environs de 3 000 Euros. Elle a d'ailleurs été proposée récemment (17 janvier 2009) à l'étude de Provence et estimée de 2 800 à 3 000 Euros (environ 3 500 Euros frais compris).

 

Précision à propos des estimations : estimer une pièce à un certain prix ne veut pas dire qu'elle trouvera immédiatement preneur à ce prix-là. Encore faut-il qu'elle rencontre précisément un amateur de bronzes de cet artiste et pour ce thème. Lors des ventes aux enchères, bien que cela ne se voit pas, un très grand nombre d'objets ne sont pas vendus.

Pour être certain de vendre une pièce, il faut minorer de façon importante l'estimation, ce qui est dommage. Néanmoins, quand on n'est pas très pressé, on est à peu près certain qu'un jour un acheteur se présentera si le prix est juste. Il peut arriver aussi qu'un amateur ait une raison particulière de mettre plus que l'estimation : parce que la pièce lui manque dans sa collection, parce qu'il a vu la même dans son enfance, parce qu'il ne connait pas la valeur exacte de la pièce, etc. On peut avoir, parfois mais très rarement, une bonne surprise...

 

Vous voulez connaître la valeur d'un bronze animalier ? Envoyez-moi ses dimensions et quelques photos (vue générale, dessous, signature du sculpteur, le cas échéant du fondeur) à damiencolcombet@free.fr

31 mars 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (11) : "CERF BRAMANT" DE BARYE

Madame P. de Lyon me demande que penser du bronze dont vous voyez les photos ci-dessous. Ces photos sont idéales pour donner un avis complet sur un bronze : profil, dessous, signature.

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Il s'agit du "Cerf bramant" de Antoine-Louis Barye. Il y a tant à dire sur ce sculpteur que je préfère être bref. Né en 1795 et mort en 1875, il a révolutionné la sculpture animalière. D'abord rejeté par le milieu académique de l'époque, il a connu un immense succès auprès du public dès 1831 avec son "Tigre dévorant un gavial" puis son "Lion écrasant un serpent" deux ans plus tard.

Très prolifique, il eut une vie riche et mouvementée, créa sa propre fonderie, eut de nombreux enfants et connut finalement une gloire immense. Il est véritablement à l'origine de la très grande école de la sculpture animalière française. Antoine-Louis eut un fils sculpteur appelé Alfred, qui signait souvent Barye tout court, ce qui a pu créer une certaine confusion (volontaire ?), mais les bronzes d'Alfred sont également magnifiques.

La contrepartie du succès fut la multiplication des exemplaires des bronzes de Barye, des plus beaux datés du vivant de Barye aux plus affreuses copies que l'on trouve sur certains sites internet de ventes aux enchères. Si l'on feuillette La Gazette de Drouot, on est sûr de voir chaque semaine des "Barye" à vendre ici ou là. Evidemment, tous n'ont pas le même intérêt et il faut s'y connaître un peu pour reconnaître les sujets les plus rares, les fontes les plus fines et les plus anciennes.

Le bronze ici présenté est un très bel exemplaire incontestablement ancien. Comment le sait-on ? On est grandement aidé ici par la plaque vissée sur le socle ("la terrasse"), qui précise "Offert par les ouvriers du XXX à leur patron M.XXX - 18 mars 1885" (pour des raisons de discrétion, j'ai masqué les noms).

Mais s'il n'y avait cette plaque, on aurait une indicaton précieuse en retournant le bronze (première chose à faire quand on examine une pièce) et en reconnaissant la barre transversale typique des fontes de Barbedienne vers 1880.

P1010137.JPG

On pourrait encore avoir l'assurance qu'il ne s'agit pas d'une copie en mesurant précisément les dimensions et en les comparant avec celles mentionnées dans "Le catalogue raisonné des sculptures de Barye", de MM. Poletti et Richarme (Univers du Bronze), qui fait référence : 18 cm x 5,6 cm pour la terrasse, ce sont bien les cotes exactes au millimètre près. En effet, les surmoulages sont toujours de taille légèrement différente. Je mentionne ce point dans un souci pédagogique car en l'occurence, ce contrôle est inutile tant l'authenticité du bronze est évidente.

Quatrième indice : la signature du fondeur, essentielle. On lit ici "Barbedienne fondeur", ce qui confirme que la fonte est du XIXème siècle, alors que "Barbedienne fondeur Paris" la daterait du début XXème.

Enfin, on voit un petit carré doré avec les initiales "FB" (comme Ferdinand Barbedienne). C'est ce que l'on appelle le "Cachet or". Pour certains collectionneurs, cela signale des pièces fondues du vivant de Barye. Selon André Fabius, spécialiste de ce sculpteur, ce cachet a été utilisé entre 1876 et 1889 donc après sa mort.

P1010138.JPG

Tout est cohérent : il s'agit bien d'une très belle pièce, qui semble, selon MM.Richarme et Poletti, être le pendant du "Cerf au repos". Estimation : environ 3 000 à 4 000 Euros, mais un connaisseur pourrait monter plus haut. J'ai noté que le 17 février 2008, à la salle des ventes de St-Germain-en-Laye, cette pièce estimée 3000 Euros à 4000 Euros avait été vendue 3 100 Euros (environ 3 800 Euros frais compris). Un "Cerf au repos" (rebaptisé pour l'occasion "Cerf à l'écoute" !), daté de 1888, est quant a lui en vente le 5 avril prochain à Lille (Etude Mercier) et estimé 3 000 à 3 500 Euros.

La patine marron-vert n'est pas altérée, mais il y a un peu de vert-de-gris et la pièce a besoin d'un petit nettoyage. Je recommande de la laver à l'eau savonneuse, avec une petite brosse à dent, puis de bien la sécher et de la cirer, avec du cirage à chaussure traditionnel (pas de crème) puis de faire reluire. Elle prendra un éclat magnifique.

Merci à Mme P. de nous avoir montré un si beau bronze !

Si vous voulez en savoir plus sur vos bronzes animaliers, écrivez-moi à : damiencolcombet@free.fr, en joignant les dimensions et quelques photos de la pièce (profil, dessous, signature)

29 mars 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (10) : "CHIEN ACCROUPI" DE DELABRIERRE

Suite à ma précédente note "Quelle est la valeur d'un bronze animalier ancien ?", vous avez été nombreux à m'envoyer des photos de vos bronzes animaliers. Il y a un peu de tout : des pièces remarquables que je n'avais jamais vues, d'autres plus courantes, mais toutes ces photos sont très intéressantes, d'autant plus que toutes les images reçues sont nettes et permettent de bien identifier la pièce.

 

Je vous propose d'examiner ensemble, pour commencer, un sujet original, envoyé par Amaury C. de Dax. Il s'agit d'un "chien se soulageant", ou "chien déféquant" ou "chien accroupi". je pense que le thème, un peu embarrassant quoique fort naturel, a multiplié les appellations de ce bronze en vue d'atténuer le sujet...

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C'est un bronze d'Edouard Paul Delabrièrre, né en 1829 et décédé en 1912. Curieusement, le nom de ce sculpteur est souvent écorché. Si Pierre Kjellberg, dans "Les bronzes du XIXème siècle" (Editions de l'Amateur), respecte parfaitement à l'accent près la signature de l'artiste, le Dr Hachet, dans son indispensable "Dictionnaire illustré des sculpteurs animaliers et des fondeurs" (Editions Argus Valentines) l'écrit Delabriere, comme de très nombreux commissaires-priseurs.

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On ne sait pratiquement rien de la vie de l'artiste, si ce n'est qu'il a d'abord étudié la peinture avec le peintre Delestre, fut comme beaucoup à l'époque très influencé par Barye et présenta très régulièrement ses oeuvres au Salon de 1848 à 1898. On lui doit l'un des frontons en pierre du Louvre.

 

Le jugement de ses oeuvres varie : Kjellberg estime qu'il pousse beaucoup moins loin que Barye le détail alors pour le Dr Hachet, au contraire, il travaille très en détail. Pour ma part, je trouve qu'il y a de profondes différences d'une pièce à l'autre. Le "Premier gibier" (1892), qui représente un lion triomphant rapportant un lièvre à deux lionceaux, n'est pas fin et a un côté franchement pompier. Au contraire, "Les deux chiens au relais" ou le "Retour de chasse" est superbe.

 

Au delà du thème, qui peut rebuter, le chien envoyé par notre internaute fait incontestablement partie des très belles pièces. Il mesure 16 cm de haut mais voyez comme la tête du chien en plein effort est bien rendu, comme le renflement du cou serré par le collier est criant de vérité, comme les oreilles sont fines. Il possède de plus une patine superbe, comme on n'en voit plus guère sur les bronzes contemporains.

Delabrièrre a fait le pendant "Chien pissant", que j'aimerais beaucoup voir. Si vous l'avez chez vous, envoyez-moi une photo.

 

Le chien accroupi n'est pas une pièce très rare mais on la voit cependant assez peu (on rencontre davantage des oiseaux comme "Le Faisan"). Quant à sa valeur, elle n'est pas très élevée car Delabrièrre, à tort, n'est pas très coté. J'estime cette pièce autour de 700 à 800 Euros. Si vous la trouvez à ce prix, n'hésitez pas à l'acquérir car elle vaut vraiment le coup.

Le hasard fait que justement ce bronze sera mis en vente le 8 avril à l'étude de Beaussant-Lefèvre, à Paris (avec encore une faute : "Delabriere" avec un seul R...). Il est estimé 300 à 500 Euros. A ce prix-là, même avec 20% de frais en plus, ce serait une très belle affaire !

Si vous voulez en savoir plus sur vos bronzes, écrivez-moi (avec photos de la pièce) à damiencolcombet@free.fr