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01 mai 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (14) : TIGRE QUI MARCHE DE BARYE

 Monsieur Gérard C. me soumet quelques photos d'un "bronze de lion" lui appartenant et dont il aimerait connaître la valeur.

Barye - Tigre marchant estim 5.jpg

Il s'agit en réalité du "Tigre qui marche" de Antoine-Louis Barye (1795-1875), l'un des plus renommés (si ce n'est le plus renommé tout simplement) des sculpteurs animaliers français. Pour en savoir plus sur ce merveilleux artiste, se référer à mes précédentes notes ou taper simplement "Barye" dans le moteur de recherche de ce blog, en haut à gauche de cette page.

Cette pièce est bien connue mais j'ai d'abord été un peu dérouté par les dimensions données par Gérard C. : 25 cm x 6,5 cm pour le socle, et 13,5 cm de hauteur. En effet, j'ai souvent vu cette pièce en plus grande dimension (40 cm de long). En fait, il s'agit tout simplement d'une réduction de la pièce originale de Barye.

Bien des fondeurs ont procédé à des agrandissements ou des réductions des modèles les plus appréciés, en utilisant divers procédés - dont le procédé Colas - qui permettaient de conserver tous les détails de la pièce originale. On a encore parfois recours à ces façons de faire mais l'ordinateur permet de nos jours de le faire plus facilement.

Barye - Tigre marchant estim 1.jpg

La pièce originale, dont les dimensions exactes sont : 39,4 cm de long x 10,1 cm de large x 21,3 cm de haut, a été créée par Antoine-Louis Barye, père d'Alfred Barye moins connu bien qu'extrêmement talentueux lui aussi, en 1841. Il fait le pendant du "Lion qui marche". Barye a repris ce tigre un peu plus tard, en 1874, mais il y a peu de différences : la queue part vers l'arrière et non vers l'avant et le fauve est un peu plus massif.

La réduction qui nous est montrée ici a été créée vers 1900 par la fonderie Leblanc-Barbedienne.

Barye - Tigre marchant estim 2.jpg

Le bronze de Gérard C. est correct : on aperçoit les griffes, les moustaches, les rayures du tigre. Il n'est toutefois pas très fin. Le dessous du socle montre un montage traditionnel, avec des écrous. La patine, un peu verte, semble belle. Je conseille simplement de nettoyer un peu cette pièce à l'eau tiède avec un peu de savon, au moyen d'une petite brosse, puis de lui appliquer du cirage marron avant de faire reluire 12 heures plus tard avec un chiffon doux. il retrouvera un très bel aspect. Le cirage marron n'effacera absolument pas la patine verte.

Cependant, que cela vienne de la fonte ou du fait que l'une réduction perd forcément en qualité, il ne s'agit pas d'une pièce exceptionnelle. En salle des ventes, elle serait probablement annoncée comme "d'après Barye".

Le modèle de grande taille - la pièce originale - se trouve assez fréquemment en salle des ventes et peut être estimé aux environs de 4000 Euros. Je pense que le modèle ici présenté pourrait être estimé aux environs de 1500 Euros environ.

Vous voulez connaître l'histoire et la valeur d'un bronze animalier ? Envoyez-moi (damiencolcombet@free.fr) quelques photos nettes (vue d'ensemble, dessous du socle, signature, marque éventuielle de l'artiste) et les dimensions exactes. Je ne mentionnerai pas votre nom.

06 avril 2009

LA VALEUR D'UN BRONZE (13) : BICHE COUCHEE DE BARYE

Monsieur Stéphane M. m'envoie quelques photos d'un bronze qui appartenait à son Grand-Père. Il s'agit probablement d'une copie, écrit-il, car il n'y a pas de marque de fondeur.

En réalité, la fonderie ne mettait pas toujours sa marque (alors que de nos jours c'est obligatoire). Bien sûr, un cachet or (cf. note "La valeur d'un bronze n°2), une indication que le bronze a été fondu par Susse, par exemple, Barbedienne, ou encore un numéro suivant la signature, sont une indication précieuse, mais ces indices manquent souvent.

Barye5.gif

Cette jolie petite biche est signée Barye (pour en savoir plus sur lui, cf. notes précédentes). Elle a été créée par ce génie  en 1840. Il avait donc 45 ans. On voit immédiatement toute la délicatesse de cet animal, dont le sculpteur a rendu à la fois la beauté un peu maniérée (les pattes bien ramassée sous le corps, la tête légèrement tournée) et les détails anatomiques comme la tête assez longue, beaucoup plus que celle d'un chevreuil, ou le larmier profondément creusé sous les yeux.

 

Il ne faut pas confondre cette pîèce avec les faons et daines (femelle du daim) que Barye a représentés dans la même position. Pour l'anecdote et sans rien retirer au talent de l'artiste - qui n'a vraiment pas besoin d'être défendu ! - sculpter un animal couché est beaucoup plus facile qu'un animal debout car on ne rencontre évidemment pas les problèmes d'équilibre des pattes, d'armature à positionner. C'est un détail purement technique qui ne retire rien à la beauté du sujet.

 

Monsieur M. donne ces dimensions pour sa biche : 15 cm x 6 cm x 9,3 cm. Ce sont bien les dimensions du modèle original.

Regardons le dessous de la pièce : en l'occurence, il ne nous apprend rien car une petite pièce simple de cette taille ne peut comprendre de vis, dont les écrous sont souvent riches d'enseignement.

 

barye4.gif

Il reste un dernier point : la ciselure. Elle est jolie, c'est-à-dire que l'on voit bien les détails, notamment les sabots, les onglons, la pupille, les naseaux. Un surmoulage donnerait une impression de fonte "molle", sans relief ni finitions. Néanmoins, si l'on compare cette pièce avec les éditions les plus anciennes, on voit que le poil n'est pas rendu avec autant de réalisme : le dos et les joues semblent un peu trop lisses.

Je pense donc qu'il ne s'agit pas d'une copie mais d'une fonte un peu tardive, probablement du début ou milieu du XXème siècle.

 

barye1.gif

Cette ravissante petite biche n'est pas rare : on la voit assez souvent en salle des ventes, avec des différences de prix - parfois exagérées - selon l'ancienneté de la fonte. Ainsi, un exemplaire a été vendu 3000 Euros (3600 Euros environ frais compris) il y a moins d'un mois à Marseille (Etude Damien leclere) mais il s'agissait d'une fonte Barbedienne cachet or. On a même vu en mai 2008, à St-Germain-en-Laye (SGL Enchères), un exemplaire fonte Barye (la plus rare) estimé 8000 Euros mais il n'a pas été vendu, ce qui n'est pas étonnant à ce pirx. En général, sans marque distinctive, cette pièce peut être estimée aux alentours de 700 à 1000 Euros (ex : Etude Deburaux Aponem en août 2007, Versailles en août 2007, Tajan en novembre 2004).

 

Vous voulez connaître la valeur d'un bronze animalier et son histoire ? Envoyez-moi quelques photos nettes (vue générale, dessous, signature, marque éventuelle de fondeur) et les dimensions exactes à damiencolcombet@free.fr

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24 juin 2017

LA VALEUR D'UN BRONZE : QUELQUES PRECISIONS

Il me semble nécessaire d'apporter quelques précisions quant aux estimations de bronze qui peuvent être données, en général et dans mes notes précédentes en particulier.

Les chiffres qui sont données sont des estimations :

Comme leur nom l'indique, il ne s'agit pas de prix fixes et indiscutables mais d'une approche faite à partir de résultats de vente et d'estimations relevées pour des pièces analogues. Une estimation peut être dépassée si cette pièce est recherchée par un amateur pour une raison bien précise, ce qui est rare. Au contraire, l'estimation peut ne pas être atteinte parce que le marché est plus dur, comme c'est un peu la tendance actuellement, ou bien parce que le catalogue d'une vente a été peu diffusé, ou encore parce que la vente a eu lieu en semaine (généralement défavorable en province). On peut aussi faire de très bonnes affaires lorsqu'un bronze se retrouve en vente au milieu de pièces très différentes (argenterie, porcelaines, livres, etc).

A titre d'exemple, j'ai donné il y a peu de temps deux estimations, qui n'ont pourtant pas été atteintes lors de ventes récentes : la première pour le chien de Delabrierre, finalement vendu 450 E (soit 550 E frais compris) le 8 avril, la seconde pour la panthère saisissant un cerf, de Barye, invendue le 17 janvier malgré une estimation raisonnable entre 2800 E et 3000 E. Je maintiens pourtant les chiffres que j'ai donnés car ils me semblent justes.

Estimation ne veut pas dire prix de vente :

Cette phrase un peu paradoxale signifie que si je possède un bronze estimé à 1000 Euros, j'ai peu de chance de le vendre ce prix-là, car sauf si par miracle je rencontre le particulier qui veut cette pièce et que je traite directement avec lui, il faudra que je passe par un marchand, qui va prendre une importante commission (50%, par exemple) ou bien par un commissaire-priseur qui, s'il vend la pièce 1000 E frais compris, me versera seulement 700 Euros (il aura perçu environ 170 Euros de frais sur l'acheteur et 130 Euros sur le vendeur).

En résumé, si une pièce est estimable à 1000 Euros, il est illusoire d'espérer en obtenir ce prix d'un marcahnd ou d'un commisaire-priseur, car alors les frais la feraient monter à 1500 Euros voire plus et elle sera alors hors de prix.